Le terrorisme islamique et la réponse tangentielle de l’Occident : le revers de la médaille.

Le titre de cet article est la traduction du titre de mon livre intitulé : Islamic Terrorisme and the Tangentiel Réponse of the West : the Other Side of the Coin, publié à l’édition Authorhouse, de Londres GB et de Bloomington, Indiana US.  Comme il a été rédigé en anglais, j’ai jugé nécessaire de revenir sur le thème général du livre, le terrorisme étant toujours d’actualité et touche toute notre vie.

La raison qui m’a poussé à écrire sur ce sujet est le fait que le soi-disant terrorisme islamique ou le Djihadisme et la guerre contre ce fléau se déroulent sur nos sols et touchent, naturellement, toutes nos vies dans leurs plus petits détails.

J’aimerai aborder ce thème sur trois points essentiels à avoir (1) le djihadisme comme idéologie, (2) l’instrumentalisation de ce fléau et (3) la leçon à retenir.

  • DJIHADISME COMME IDIOLOGIE

 

Pour le mot djihadisme comme idiologie, j’utilise ce terme malgré moi, parce qu’il n’est pas approprié au motif que le terme djihad signifie une obligation religieuse que tout musulman est appelé à remplir si les circonstances lui permettent. J’aimerais donc qualifier les activités que ces groupes de « fanatiques », malgré le fait qu’ils s’octroient toutes les appellations d’excellence en Islam : Ah’lou Sounna wal Jama’a, As-Salafiya, Al-Mourabitoun, etc, plutôt que d’« extrémistes »  car, ici encore, le terme  sous-entend   l’existence d’une gamme de positions commençant d’une extrémité à une autre. Par contre le fanatisme signifie une connaissance erronée des principes d’un credo. En politique, par exemple, Il est de notoriété publique que les pays qui se sont faits appeler de « République Démocratique » sont souvent les plus autocratiques du monde !

La naissance du fanatisme comme tendance en islam remonte à l’époque d’or de l’islam. L’époque où les califes dits orthodoxes –les Khoulafa’a Ar-Rachidoun, étaient en charge des affaires du tout premier Etat Islamique dont le père fondateur ne fut tout autre personne que le Prophète Mohammad (SAS) lui-même. Le phénomène du fanatisme n’est pas, pour autant, à confondre avec la guerre d’apostasie qui a commencé juste après la démise du Prophète (SAS) mené par le premier Calife de l’Islam Sayidna Aboubakr (RA). Néamoins, le fanatisme comme noyau de l’idéologie avait commencé au vivant même du Prophète quand un certain Ibn Houwaissir interpella le Prophète(SAS), en lui demandant d’être juste, en disant : « ô Mohammad, sois équitable » quand il n’eut pas reçu la part à laquelle il s’attendait lors d’une distribution de butins de guerre, et la prédiction du Prophète (SA) sur ce type et ses acabits futurs. La première victime de ce fléau fut le deuxième Calife de l’Islam, en la personne du Calife Oumar Ibn al-Khattâb qui fut tué le 3 novembre 644, alors qu’il dirigeait la prière de l’aurore (Soub’h) dans le Mihrab (créneau de l’Imam) même de la Mosquée du Prophète (SAS) à Médine.

Cependant, ce groupe de fanatiques prit sa forme organisationnelle distincte comme conséquence directe du conflit entre, d’une part, Sayidna Ali Ibn Abi Talib, gendre du Prophète, quatrième et dernier Calife orthodoxe de l’Islam et d’autre part, Sayidna Mouawiya Ibn Abi Soufyane, le fondateur et le premier Calife (Emir) de la Dynastie Omeyyade. Après la bataille dite de Siffin sur la rive d’Euphrate près d’Ar-Raqqa, en Syrie actuelle, du 19 -20 juillet 657, les belligérants acceptèrent d’observer une trêve et de se soumettre à un arbitrage mené par un comité composé des membres de deux côtés. Ce groupe qui fut désormais connu sous le nom de Khawaridj dirigé par Abdoullah Ibn Wahab As-Siby, qui faisait pourtant  partie des combattants du Calife Ali, refusa l’idée même de l’arbitrage entre Sayidna Ali et Mouawiya. Les combattants du groupe raisonnèrent que si Sayidna  Ali fut le Calife légitime, alors Mouawiya serait un rebelle et l’Islam est clair sur ce sujet, argumentant aussi  que « l’arbitrage appartient à Allah » se basant sur les versets du Coran ci-dessous:

    « Si deux partis de croyants se combattent

    Rétablissez la paix entre eux

    Si l’un se rebelle encore contre l’autre,

    Luttez contre celui qui se rebelle

    Jusqu’à ce qu’il s’incline devant l’ordre de Dieu. »

– Le Coran, ( Surat :49,V : 9 )

«  Ceux qui ne jugent pas selon ce que Dieu a révélé, ceux-là sont des infidèles », (Surat :5, V :44)

C’est ainsi qu’ils traitaient tout musulman ne s’adhérant pas à leur idéologie de mécréant y compris le Calife Ali lui-même qui tua plusieurs milliers de leurs combattants dans des batailles qui s’ensuivirent après cet événement tragique de l’histoire de l’islam. Finalement ce sont eux qui tuèrent le quatrième et dernier Calife dans la mosquée, 27 janvier 661 à Koufa, (en Irak) de la même façon qu’Abou Loulouwa tua le Calife Oumar. Le terme moderne pour designer ce groupe c’est les « takfiriyoune » c’est-à-dire des Musulmans qui traitent les autres Musulmans de koufour ou de mécréant.

Un autre groupe de ce genre qui eut macabrement marqué l’histoire de l’Islâm c’est les « Quaramita » du nom de son fondateur Hamdane Quirmit, un leader chiite de la confrérie Ismaïlia se réclamant d’Ismail Bin Ja’afar As-Sadiq Bin Baquir, arrière-petit-fils du Prophète Mohammad (PSL). Ce groupe établit son Etat dans la péninsule arabe entre le Bahreïn d’aujourd’hui et Al-Eh’sa’a et Qatif, en Arabie Saoudite en 317 AE (vers 939). Le 8 Zoulhidja(12ème mois du calendrier de l’Hégire)  de la même année les combattants de ce groupe attaquèrent la Mecque et tuâmes presque 30 000 pèlerins et emportâmes la fameuse pierre noire, insérée dans l’une des angles de la Ka’abah, jusqu’ordonner aux musulmans d’aller à Al-Eh’sa’a là où ils eurent déposé la pierre noire, pour leur rite de Hadj. Ce groupe-là eut empêché l’organisation du Hadj à la Mecque pendant trois ans.

Néanmoins, le fanatisme confessionnel n’est pas du tout propre à l’Islam. En Europe par exemple, tout le 16ème siècle a été marqué par des guerres religieuses entre catholiques et protestants ou entre différentes sectes catholiques. Ceci sans parler des guerres menées par des Etats pour la conquête des lieux saints, comme la 1ère croisade ordonnée le 27 novembre 1095, par le pape Urbain II, contre le califat islamique, puis celle ordonnée par le Pape Louis VII, dont les évènements marquant furent la conquête par les croisés des lieux saints en Orient comme leur conquête de Jérusalem le 15 juillet 1099, leur échec en 1148 à Damas, puis la reprise de Jérusalem par le Calife Saladin le 3 juillet 1187.

Les années 90s du siècle dernier ont été marquées par l’émergence des organisations fanatiques se réclamant du christianisme, comme l’Armée de la Résistance du Seigneur(LRA), créée par l’Ougandaise Alice Lekoina et Joseph Kony, en 1987, et dirigée présentement par ce dernier après la disparition de première. La LRA, sévisse toujours dans les régions des grands lacs tuant des milliers et des milliers des innocents. Une autre organisation de genre est celle de David Quraish aux Etats Unis qui périra dans son sanctuaire de Waco, avec plusieurs de ses disciples après l’assaut donné par les forces de sécurité, autorisé par le Président Clinton.

Un acte de terreur est un acte de terreur, nonobstant l’identité de son auteur ou le motif. Il n’y a qu’une seule définition pour un acte de terreur, il ne doit pas faire l’objet d’une interprétation partisane.

Les mots sont cruellement inadéquats pour qualifier ce qui se passent en Afghanistan, Pakistan, Kashmir, Irak, Libye, Syrie, Palestine, etc. Les planificateurs, les théoriciens, les acteurs, les promoteurs, de ces actes sont biens des terroristes, voire des « terrorissimes » quel que soit leurs motifs ou justifications ou ce qu’ils représentent. Tant que justice n’est pas faites pour les victimes de ces actes grandioses de terreur à grande échelle, il n’y aura jamais la paix.

  • INSTRUMENTALISATION DES GROUPES FANATIQUES PAR DES PUISSANCES ETRANGERES

Les puissances étrangères qui ont, des siècles et des siècles durant, extrêmement bénéficié, et bénéficient toujours, des vastes ressources naturelles de leurs possessions coloniales dont l’indépendance avait été inévitable, à certain temps, pour plusieurs facteurs dont la lutte armée très coûteuse dans certains cas- comme en Algerie- mais aussi due au coût d’administration, ont voulu garder coûte que coûte leurs influences sur ces Etats, nommément indépendants. Ce en les rendant constamment dépendants de ces puissances étrangères. Beaucoup de ces puissances trouvent que leurs intérêts sont mieux protégés si ces Etats de tiers monde sont confrontés à des conflits contrôlables « confined conflicts », de la même façon que les cultivateurs de chez nous défrichent leurs champs en brulant certaines portions inaccessibles de leurs champs. A l’époque de la guerre froide par exemple, les puissances se confrontaient à travers des mouvements armés luttant contre des pouvoirs centraux. Mais comme aujourd’hui le monde est unipolaire ou même apolaire, du point de vue idéologique, c’est dans les milieux des soi-disant djihadistes qu’il faut chercher des groupes ultra engagés, prêt à tout pour atteindre leurs objectifs.  Voilà donc la nature de l’alliance entre les djihadistes et les puissances étrangères.

Cependant, n’est-il pas légitime de se poser la question, « comment les puissances étrangères (états soi-disant démocratiques) s’allient avec des « djihadistes » « archi-autocrates » ?  Pour n’importe quelle raison que ce soit ! Bien évidemment c’est une alliance contre nature, hautement tactique, mais dangereux. Au demeurant, elle a fini très mal dans plusieurs des cas, car les objectifs stratégiques sont diamétralement opposés. C’est peut-être un cas de banqueroute idéologique.

Pendant la guerre en Afghanistan dans les années 80s, pour chasser les soviétiques, les occidentaux se sont, par exemple, alliés avec les Moudjahidines. Dans le cadre de cette alliance, ils ont aussi encadré les combattants moudjahidines dont les « Afghans Arabes ». Ce sont des citoyens des pays arabes, qui se sont retourné contre leurs anciens alliés, une décennie après, comme conséquence directe de la deuxième guerre du Golfe, en se métamorphosant en Al-Qu’aida. Un autre groupe djihadiste qui n’envie rien à Al-Qu’aida, dans l’atrocité de leur modus operandi, c’est sans doute le Groupe d’Etat Islamique (GEI) dont l’émergence est intimement liée à l’invasion de l’Irak par les alliés occidentaux en 2003. Cette fois-ci l’émergence de groupe n’est pas due à un raté d’alliance mais plutôt aux erreurs stratégiques commises par les Américains. Un exemple typique de mauvaise gestion d’après-guerre ou plutôt un raté de DDR (désarmement, démobilisation, et réinsertion) politique. La plus grande erreur qui a eu un lien direct avec la naissance de ce groupe, est sans nul doute, la dissolution pure et simple de l’Armée irakienne : l’une des plus grandes armées, plus anciennes, plus aguerries, et mieux formées des toutes les armées de la région. Le fait que l’épine dorsale du GEI soit l’ancienne Armée irakienne est un secret de polichinelle. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il serait très, très difficile pour les membres de la coalition occidentale contre DAECH ou encore moins la présente armée irakienne, fortement ethnique et sectaire, de défaire le GEI. Ceci est valable pour la crise malienne qui est la conséquence directe et claire de l’élimination de Kadhafi, et ici aussi les occidentaux se sont alliés avec les Djihadistes pour finir le « boulot ». La conséquence est connue de tout le monde.

Le fanatisme a toujours existé, depuis que le monde est monde, mais son usage comme outil d’exécution des plans stratégiques politico-économiques qui est nouveau. Ceci a commencé après que les prédateurs étrangers aient épuisé toutes leurs cartes tactiques classiques pour atteindre leurs objectifs stratégiques qui n’ont, d’ailleurs, jamais changé. C’est un fanatisme religieux au service du néocolonialisme. Sinon comment expliquer ce paradoxe, quand un leader occidental compare la chute de Tripoli en 2011 aux mains des Djihadistes à la chute de la Mecque au mains du prophète Mohammad (psl) le  20 Ramadan de l’an 10 de l’hégire. Si aujourd’hui les prédateurs ont des difficultés avec leurs chiens de chasse eh bien c’est la sorcellerie qui se retourne contre le sorcier !

L’Islam et les Musulmans n’ont rien à faire avec ces conflits entres les « alliés ennemis ». L’Islam en tant que religion et les Musulmans ont coexisté avec des adhérents d’autres confessions pendant presqu’un millénaire et demi sans que le monde soit près de ce que nous vivons aujourd’hui.

LA LEÇON A TIRER POUR L’AVENIR

A mon humble avis l’occident doit, sans réserve, accepter sa responsabilité directe dans le désordre généralisé dans le monde musulman et ailleurs, et accepter de trouver les solutions idoines, en traitant directement la pathologie plutôt que les symptômes, et qu’il cesse, surtout, d’accroître la cause.

Le traitement de la pathologie consisterait à chercher la cause et la raison qui poussent ces « terroristes » à mener des actions terroristes. La justesse de la cause doit être séparée de celle du moyen choisi pour y atteindre ou la confession des acteurs des actes de violence. Chercher à tout prix à lier ces actes de violence à l’enseignement d’une religion est très simpliste et superficielle comme analyse.

Les rebelles FARC qui combattent le pouvoir central en Colombie depuis 50 ans, perpétraient toutes sortes d’atrocité : attentats, kidnapping, trafic de drogues, etc, leurs actes n’ont rien à voir avec leur idiologie politique qui est le communisme ou leur objectif, qui est la prise du pouvoir.

Les organisations palestiniennes ou libanaises qui luttent contre l’occupation israélienne (qui sont considérées par certains comme terroristes), mènent des actions que l’on peut qualifier d’atroces, mais leurs actions ne sont pas liées à leur confession. L’histoire macabre de la lutte des Tigres Tamils au Sri Lanka, est bien connu de tout le monde, ils ne sont pas des Musulmans. Durant l’occupation allemande de la France, les membres de la résistance menaient toutes sortes d’actions que l’on peut qualifier de terroristes.

Les atrocités qui se perpétuent sur les sols Musulmans depuis au moins quatre décennies sont suffisamment graves pour avoir des conséquences dont l’effet peut se pressentir au-delà des frontières de ces pays-là et l’occident « establishment » doit convaincre le monde qu’il n’est pour rien dans tout cela pour s’étonner de la propagation de l’effet de ces conflits.

Toujours est-il qu’à chaque fois qu’il y a un acte de violence perpétré par des personnes d’origine non-occidentale, en occident, les « experts » en sécurité ou en ceci et cela, essaient de convaincre, en procédant à des analyses simplistes, à la Trump, comme quoi les auteurs se sont radicalisés dans tel ou tel pays ou ces personnes ne veulent pas le mode de vie de l’occident, elles sont contre le monde libre, etc. Ce sans pour autant évoquer le lien clair et persistent entre ces événements et ce qui se passe dans certains pays de l’Asie du Sud et du Proche Orient et l’implication directe de l’establishment occidental dans ces conflits.

Lors d’un discours tenu lundi 11 mai, 2015 le Pape François n’a-t-il pas condamné moralement « ces gens puissants qui ne veulent pas de la paix parce qu’ils profitent des guerres ».

Le Pape François a aussi décri la situation de violence généralisé dans le monde aujourd’hui, en ces termes « quand je parle de guerre, je parle d’une guerre d’intérêts, d’argent, de ressources, pas de religions. Toutes les religions veulent la paix, ce sont les autres qui veulent la guerre » lors des 31èmes Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ), en Septembre 2016, à Cracovie, en Pologne.

C’est là la vérité. Ceux qui persistent que leurs intérêts sont mieux protégés en instrumentalisant des conflits, doivent revoir leurs doctrines de protection d’intérêts ou d’enrichissement voire rééquilibrer leurs ambitions.

Le monde change et change très vite. Par conséquent, l’occident – de l’establishment-doit comprendre que le monde du 21ème siècle ne peut pas être géré avec une mentalité des siècles lointains, pour ne pas dire du Moyen Age. Dans le dictionnaire de la diplomatie du 21ème les mots domination, invasion, pré carré, zone d’influence, économie de guerre, etc, doivent disparaître pour céder la place aux mots partenariat, complémentarité, entente, paix, sécurité, quiétude, etc. Avec le GEI et compagnie il n’y a pas un ilot de paix à partir duquel une partie du monde observe, avec une vue panoramique, des conflits et des violences dont les conséquences seront limitées à la zone du théâtre.

Ce système mondial basé sur le pré-carré-isme et l’influence forcée va, tôt ou tard s’effondre, comme un château de cartes. Par conséquent, et pour qu’il n’y ait pas une chute brutale, les acteurs de ce système doivent préparer et amorcer une descente douce et apaisée. Car ce système est macabrement coûteux, et très coûteux pour perdurer. Les exemples des empires puissants par la forme et intérieurement pourris, s’effondrant brutalement sont nombreux- la défunte Union soviétique a toutes les caractéristiques d’un système opaque, brute et moyenâgeux, mais personne n’a pu prévenir la rapidité et la brutalité avec lesquelles il a été emporté par la tempête de la GLASNOST à vitesse exponentielle !

Si les acteurs et les décideurs de la politique internationale ne se réveillent pas de leur sommeil de la politique de l’Autriche, la crise migratoire, les attentats par ci et par là, sur le sol européen et ailleurs, la persistante crise économique mondiale, etc, ne sont, qu’à mon humble avis, le côté visible de l’iceberg. Un problème ne se résout pas à lui seul, comme l’on ne peut pas non plus lui imposer une solution particulière, mais plutôt la solution qui s’impose. Il est bien temps de chercher un autre modèle de transaction entre les peuples.

       Al-Amine Mohammed Abba Seid

Elkanemi2@hotmail.com


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