Tchad: La vogue de l’énergie solaire, solution possible à la désertification – IPS

Les Tchadiens se tournent de plus en plus vers l’énergie solaire comme source d’énergie. Les femmes l’utilisent pour faire sécher la viande, le poisson, les légumes, et l’Etat pour pomper l’eau et alimenter les villages arides. D’un côté, on préserve les arbres, de l’autre, on est désormais sûr de disposer d’eau pour les arroser dès qu’ils sont plantés.

David Madingar est débordé de commandes. « La demande de séchoirs solaires est très forte en ce moment au Tchad. Elle est de loin supérieure à l’offre« , confie-t-il à IPS.

Madingar est comptable au bureau tchadien de l’Institut africain pour le développement économique et social.

La demande de séchoirs solaires est passée, d’à peine sept demandes par mois, au début de 2007, à plus de 20 demandes par mois, au milieu de l’année, et ce n’est qu’un début, indique Madingar.

Face à cette hausse des demandes, le comptable de l’institut avoue ses difficultés à répondre aux besoins de la clientèle malgré le long délai de livraison de 45 jours.

Le séchoir solaire permet de sécher de la viande, du poisson, des légumes, des pratiques traditionnelles très courantes au Tchad. Si le séchage des légumes nécessite simplement une exposition au soleil, sécher la viande et du poisson requiert souvent du bois ou du charbon qu’ils vont chercher dans les plantations de bois déjà peu nombreuses du pays.

« Le séchoir solaire, en dehors de son caractère économique, comporte un grand avantage : il n’altère pas la qualité des légumes, du poisson ou de la viande comme c’est le cas avec le bois ou le charbon« , explique Madingar.

Il permet, en outre, aux femmes de faire de véritables économies.

« Les femmes ne dépensent que 40 dollars US pour acquérir un séchoir solaire qu’elles peuvent utiliser pendant plusieurs années. Il suffit simplement de le mettre au soleil« , jubile Madingar.

Mieux, chaque femme qui acquiert un séchoir solaire se détourne ainsi du charbon de bois, et sauve de la destruction des dizaines d’arbres. Par ricochet, ce sont des forêts sauvées, des espaces de verdure protégés, argumente le comptable.

Le coordonnateur national du Programme régional solaire, Mahamat Oumara, ne tarit pas non plus d’éloges pour l’énergie solaire.

« Avec le soleil, on peut tout faire : électrifier le pays, mettre l’eau potable à la disposition de tout le monde grâce aux pompes solaires, et, par conséquent, reverdir le désert« , déclare Oumara, très enthousiaste.

Le Programme régional solaire qu’il dirige a déjà réalisé 70 systèmes de pompage d’eau qui fonctionnent grâce à l’énergie solaire dans des villages arides à l’intérieur du pays.

Dans ces villages, notamment ceux situés dans la zone septentrionale du pays, déjà très désertifiée, rapporte-t-il, les villageois ont compris qu’ils peuvent désormais se mettre à reboiser leur village parce qu’ils disposent maintenant de l’eau en abondance grâce aux pompes solaires installées par le programme.

Il naît ainsi dans des villages arides du nord du Tchad comme Batalaye, Am Guissel, Ndjamena Koura, Djarmaya, Mani, Karal, Guettou et Mafandé une nouvelle végétation enviée par tous les voisins vers qui la technologie n’est pas encore allée, indique Oumara.

Le succès des pompes solaires est tel que Oumara ne sait plus où donner de la tête. Aujourd’hui deux cents demandes de pompes salaires remplissent son bureau. « Mais les moyens du Programme ne permettent pas encore de satisfaire à toutes ces sollicitations« , déplore-t-il.

Oumara souhaite vivement avoir plus de ressources financières et matérielles pour répondre rapidement à ces dizaines de demandes en attente.

Les coupures intempestives d’électricité ont également poussé les Tchadiens les plus fortunés à se tourner vers l’énergie solaire.

« Depuis deux ans que j’utilise l’énergie solaire pour alimenter ma maison, je peux dire que je suis l’homme le plus heureux du monde. A part l’investissement initial, je n’ai plus rien à dépenser et j’ai l’électricité en permanence« , confie-t-il, tout joyeux.

En conséquence, les vols de panneaux solaires sont devenus fréquents. Une fois volées, ces plaques solaires sont vendues à N’Djamena, la capitale tchadienne, où la demande est la plus forte.

Le Dr Adoum Ngabawaye, directeur du Centre régional de formation et de lutte contre la désertification, qui forme des cadres supérieurs en environnement, soutient qu’avec « l’énergie solaire, le Tchad peut faire de grandes choses : préserver les arbres, reboiser le pays, repousser les limites du désert. C’est juste une question de volonté politique et de choix stratégique« .

Michael Didama et Michée Boko
N’Djamena


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