Les Brèves de N’djaména : Les fantasmes des Deby

Avec la bataille de N’djamena, les Deby avaient cru un moment que le pouvoir leur a définitivement échappé. Ils avaient commencé à envisager leur avenir sans le Tchad, les tchadiens et le pétrole. Mais la France et les contradictions internes de la rébellion les ont sauvés ; et petit à petit ils reviennent à eux, mais pour autant, ils n’ont pas encore récupéré tout leur esprit : ils fantasment et affabulent.

A chaque fois qu’il y a des combats, suivis des morts et des blessés, des notables zaghawa se précipitent chez Deby pour le sommer d’arrêter cette guerre qui ne fait que sacrifier leurs enfants de deux cotés ; c’est un rituel. Il en fut de même pendant la bataille de N’djaména. En plein combat, Deby a fait comprendre aux notables qu’il est prêt à accorder au RFC tout ce qu’il demande, jusqu’au poste de PM, que les notables fassent beaucoup de pression, que les goranes sont en train de prendre le pouvoir, que ceux-ci ne laisseront aucun zaghawa vivre au Tchad, ce sera la vengeance pure, etc., etc. Deby était visiblement aux abois et désespéré selon un témoin oculaire. Il a dit des mots tellement gentils et affectifs à l’endroit de certains responsables, en évoquant un passé récent. Après le retrait des rebelles, les mêmes notables sont repartis le voir et le ton fut tout autre : « Mais, vous n’avez rien à faire ou quoi, vous là », leur a tout simplement rétorqué. « Vous n’êtes au courant de rien, les rebelles demandent à rentrer au bercail sans condition, un à un, par petits groupes, tous veulent revenir, ils sont désespérés, je n’ai même pas besoin d’intermédiaires ; mon seul problème est que le Sultan Timan Deby ne veut pas voir certains rebelles revenir à la légalité, surtout le sultan ne veut plus voir Issakha Diar revenir, alors je suis en train de négocier avec le Sultan ; pour le reste occupez vous de vos oignons. »
Depuis, un groupe de charlatans et bouffons a élu domicile à l’ex résidence du CEMGA et distillent des informations invraisemblables. Dans la vaste cour de cette résidence, on trouve des hommes assis en groupe de deux, trois ou même seul, téléphone thuraya collé à l’oreille, en train d’appeler tel ou tel correspondant rebelle qui veut rallier. Un de ces bouffons raconte, hilare : « on n’a aucun correspondant de l’autre coté de la ligne, personne n’est en train de téléphoner à personne, personne ne veut rallier, on se trompe entre nous et on trompe le patron ; pourvu que le patron croit et que l’argent tombe ».

Le choix du Dr Khalil Ibrahim du MJE – Le patron du MJE a définitivement compris que sans la présence de Deby au pouvoir, il n’a aucune chance d’émerger sur la scène politique soudanaise. Ainsi donc le pouvoir de Deby constitue une base arrière solide pour lui. Alors quand Deby a demandé son secours, il n’a pas hésité une seconde pour répondre favorablement. A ce jour, toute son armée est à la disposition de Deby. Toutes les composantes du MJE ont entièrement évacué leurs positions au Soudan, positions vite occupées par l’armée soudanaise. Tous les éléments du MJE sont placés sous commandement de l’armée tchadienne et sont repartis par elle. Ainsi, les éléments qui font face aux rebelles dans le Dar silla sont en majorité des éléments du MJE. Dr Khalil n’a aucune autorité sur ces éléments, dès que les choses se calmeront, il récupérera le prix de son secours pour regagner son Soudan et continuer son combat.

Toroboro = légionnaires des années 70 ? On se rappelle encore et toujours du comportement des légionnaires français dépêchés par la France pour soutenir le régime de Tombalbaye, face aux assauts du Frolinat. Pillage, vols, viols, séquestrations, assassinats gratuits, visites nocturnes aux domiciles privés, etc. Tels étaient quelques actes de ces mercenaires ; il a fallu des soulèvements dans plusieurs villes du Tchad pour évacuer les légionnaires. Il semble qu’aujourd’hui à N’djamena, rien ne distingue les comportements des toroboro de celui des légionnaires des années 70. Et la population a tellement peur qu’aucun soulèvement anti toroboro n’est à envisager. Cette situation va encore perdurer et s’étendra sur les autres villes du Tchad, car Deby a donné le feu vert aux toroboro. Les tchadiens ne sont pas au bout de leur peine, car bientôt ce sont tous les chômeurs, criminels et autres délinquants qui vont se déverser au Tchad sous le label des toroboro.

Beremadji Félix
N’djaména


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