Le principal enjeu de l’élection du prochain(e) Président(e) de la Commission de l’Union Africaine

ou le Bras de Fer entre Abdoulaye Bathily (Sénégal) et Hon Amina Mohamed (Kenya). Moussa Faki Mahamat (Tchad), le outsider.

A la fin de ce mois de janvier s’ouvrira le 27ème Sommet de l’Union Africaine (UA) à Addis-Abeba la capitale éthiopienne. A cette occasion sera connu le prochain président de la Commission Africaine. Rappelons que cette élection n’a pu avoir lieu en juillet 2016 pour défaut de candidatures crédibles. Ce report a relancé dans la course 5 candidats issus de la Guinée Equatoriale (Agapito Mba Mokuy), du Sénégal (Abdoulaye Bathily), du Botswana (Pelonomi Venson Moitoi), du Tchad (Moussa Faki Mahamat) et du Kenya (Hon Amina Mohamed). Certaines candidatures violent la logique dans le cadre de la rotation sous régionale.

En tant qu’Africain et Tchadien, je suis tout d’abord révolté par ce qui se passe dans mon continent et plus particulièrement par la candidature de l’Honorable Moussa Faki Mahamat, Ministre des Affaires Etrangères du Tchad. Cette candidature, à mon sens, ne respecte aucune éthique.

Tout d’abord la biographie de l’Honorable Moussa Faki Mahamat est truffée d’incohérences. On évoque brièvement son parcours à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville entre 1984 et 1991, achevé par une maitrise en droit public. D’autres qualifications se sont ajoutées au cursus sans qu’on ne sache bien comment.

Sa filiation ethnique avec le Président Idriss Deby Itno lui a ouvert grandement les portes du gouvernement. Il fût Premier ministre de juin 2003 au février 2005. Depuis 2008, il est à la tête de la diplomatie tchadienne. Dans tous ces départements ministériels, Monsieur Faki s’est distingué par des nominations scandaleuses de personnes sans qualification réelle, objet le plus souvent de conflits d’intérêts manifestes basés sur des liens familiaux. Les Ambassades tchadiennes sont peuplées de ces individus au détriment des cadres méritants. Le détournement des fonds alloués au bon fonctionnement de nos chancelleries reste une épine dans les pieds de Monsieur Faki qui, normalement, l’empêcheront de marcher vers la station de la Commission Africaine.

Sous sa supervision, l’image de la diplomatie tchadienne et celle du Tchad ont été sérieusement écornées. La crise politique en République Centrafricaine (RCA) marquée par l’intervention de l’armée Tchadienne qui a permis à la coalition rebelle (SELEKA) d’arriver au pouvoir en Mars 2013. Beaucoup de soldats Sud-Africains ont péri dans les attaques de la SELEKA. De même que de centaines de civils Tchadiens vivant en RCA ont été victimes de représailles du régime du Président François Bozizé et de ses alliés. Des crimes abominables passés sous silence par Moussa Faki et le gouvernement tchadien.

Même constat en Libye où l’intervention militaire du Tchad aux côtés du feu Colonel Khadafi a eu des conséquences désastreuses. Des innocents Tchadiens paient encore ce soutien au prix de leur vie, ils sont victimes de représailles et d’assassinats ciblés en Libye. Malgré tout, le Tchad flirte avec le Général Khalifa Aftar et se met à dos le gouvernement de Tripoli reconnu par la communauté internationale. Ce qui a eu comme conséquences la fermeture de la frontière sud de la Libye, privant tout le nord tchadien d’importants approvisionnements.

Le Darfour reste une plaie béante au Tchad où de milliers de réfugiés soudanais sont laissés pour compte. La campagne médiatique mondiale en faveur des Darfouris s’est subitement tue au profit du partage du Soudan en deux Etats. La diplomatie de tchadienne a été piégée dans ce dossier et a servi de bouc émissaire.

Les campagnes militaires au Mali en appui à l’armée française, au Cameroun et Nigéria contre la secte islamiste Boko Haram ont été un véritable désastre financier pour le trésor public tchadien. La diplomatie tchadienne n’a pas su ou pu anticiper sur les mesures d’accompagnement pour couvrir ces interventions militaires couteuses et le Tchad s’est retrouvé devant un fait accompli. D’où la banqueroute actuelle observée au Tchad ces dernières années, source de conflits sociaux, de répressions sur les leaders syndicaux, de la société civile, violation des libertés d’opinions, de viols de jeunes filles, d’assassinats crapuleux, etc.

En sus de tout ce qui précède, la diplomation tchadienne sous la supervision de Monsieur Moussa Faki Mahamat a connu des échecs retentissants. L’organisation des jeux de la Francophonie, la présidence de la BAD, le Secrétariat général de l’OCI, l’organisation du sommet de l’UA de 2015, etc. Moussa Faki a usé d’une diplomatie de chèques pour les seuls résultats brandis. En définitif, les tchadiens ont une appréciation négative de l’action de Monsieur Moussa Faki à la tête de la diplomatie tchadienne. Il y a eu beaucoup de sommets, de rencontres et réunions à Ndjaména mais sans retombées réelles pour le pays. En revanche, les dépenses ont explosé car on dépensait sans compter. Le gouvernement se souciait plus de la politique étrangère que du quotidien des tchadiens. Voilà le succès de Monsieur Moussa Faki.

Soulignons que cette candidature de Moussa Faki Mahamat a été présentée hors délais, un dimanche par le représentant de l’Algérie à la Commission de l’Union Africaine. Cette candidature n’obéit pas au principe de rotation sous-régionale comme ce fût le cas depuis la création de cette organisation. L’Afrique centrale a aujourd’hui deux candidats : Tchad et Guinée Equatoriale. Rappelons qu’entre 2008 et 2012, M. Jean Ping a été élu au nom de la sous-région pour diriger la Commission africaine.

L’honorable Ministre Moussa Faki utilise le slogan « Paix et de sécurité » pour faire triompher sa candidature alors que le Tchad, malgré ses interventions militaires tous azimuts en Afrique, n’assure pas la quiétude à ses propres populations victimes de tous les crimes odieux. Pire, le pays de Moussa Faki Mahamat est souvent pointé du doigt par les populations secourues comme auteur de graves violations des droits de l’homme. L’ancien Président du Nigeria Goodluck JONATHAN n’avait-il pas accusé le Président Idriss Déby d’avoir créé Boko-Haram ?

Quid de la candidature du Professeur Abdoulaye Bathily ?

Plusieurs fois ministres dans les différents gouvernements des régimes de Diouf et Wade, le Professeur Abdoulaye Bathily marchera t-il sur les pas d’Amara Essi et d’Alpha Oumar Konaré, tous deux de l’Afrique de l’Ouest ayant présidé la Commission Africaine ?

Si M. Bathily passe, les deux présidences de l’organisation continentale seront dirigées par des Ouest Africains car on sait que le Président Alpha Condé relèvera Idriss Deby.

Durant son mandant comme Représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU au Mali et en RCA, M. Bathily n’a pas donné grande satisfaction. Cependant, l’absence d’une autre candidature de l’Afrique de l’ouest joue en sa faveur. La proximité du Sénégal avec le Maroc est un autre avantage car le Maroc présente une belle étoffe diplomatique. Ce qui exclut de facto le soutien de l’Algérie qui a une vieille tradition politique au sein de cette organisation continentale, ce sera sans doute un handicap majeur pour sa candidature jugée déjà forclose par ses adversaires.

Les atouts de la Kenyane Hon Amina Mohamed

Après vérification et suivant le principe de rotation, la présidence de la Commission de l’UA devrait revenir à l’Afrique du Nord. Mais aucun de ces pays n’a souhaité postuler. Du coup, la candidate de l’Afrique de l’Est, en l’occurrence Hon Amina Mohamed, actuelle Ministre des Affaires Etrangères du Kenya, doit être élue sans passer par une compétition.

Dr Hon Amina Mohamed, Ministre des Affaires Etrangères du Kenya, diplômée de l’université d’Oxford, a représenté son pays pendant plusieurs années à l’ONU.

Entre 2000 et 2006, elle représente son pays à Genève en tant que chef de mission de l’État kényan auprès de l’Office des Nations unies.

En 2006, elle est nommée, au ministère des Affaires économiques et du Commerce extérieur kényan, directrice chargée de l’Europe et des pays du Commonwealth ainsi que la diaspora kényane à l’étranger.
2008 la voit passer au ministère de la Justice, de la Cohésion nationale et des Affaires constitutionnelles en tant que Secrétaire permanent auprès du ministre de tutelle.

Le 13 mai 2011, elle est nommée par le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon directrice exécutive adjointe du Programme des Nations unies pour l’environnement.

Sa longue expérience en relations internationales persuade le président Uhuru Kenyatta de la nommer au poste de ministre des Affaires étrangères en date du 23 avril 2013.

Elle bénéficie d’une bonne réputation et une expérience internationale notamment à l’ONU et sur les questionnes Africaine. Elle est aujourd’hui la seule à même de régler la question de la réorganisation de l’Union africaine qui souffre de carence de leadership et de lui redonné une vision claire adapté aux besoins de notre continent.

La bataille diplomatique de ce derniers mois entre les différents candidats pour la présidence de la Commission Africaine n’a jamais été aussi rude et dépasse l’habituel clivage francophone/anglophone. Le scrutin aura lieu à huis clos, pour être élu, il faudra obtenir 27 voix sur 54 au premier tour et au deuxième tour une majorité de 36 voix pour désigner le cinquième président(e) de la Commission de l’Union Africaine.

Dans ce bras de fer, soulignons le duel à distance entre le Maroc et l’Algérie, chacun fait de son mieux pour soutenir son candidat de choix.

En définitif, il faut un nouveau visage, neutre et libre des ingérences françafricaines pour diriger la Commission de l’Union Africaine. Les défis sont nombreux, il faut impérativement une Présidente de poigne pour faire bouger les choses dans ce continent trop en retard, toujours dominé par les puissances étrangères.

Ainsi, j’appelle aux soutiens de l’ensemble des Etats Africains pour faire élire au premier tour la candidate du consensus, du changement et de l’espoir, Dr. Hon. Amina Mohamed pour l’intérêt de l’Afrique et des Africains.

Eng. Djimet OURADA
Doctorant en Sciences Politique à l’Université de Versailles
France.
djimetourada@gmail.com


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