Le Tchad d’Idriss Deby s’enfonce dans la crise

Idriss Déby, 27 ans au pouvoir est dans une mauvaise passe. Au bout d’un règne sans partage sur le Tchad, il a réussi à mettre le pays en banqueroute et à dresser tout le monde contre lui.

Les Tchadiens n’ont pas fini de manger leur pain noir.

Cette semaine encore, une circulaire du Premier ministre annonce le gel des effets financiers des avancements. Autrement dit, les fonctionnaires qui devaient avoir des augmentations, le temps pour le gouvernement de finir un audit général des diplômes pour maîtriser les effectifs et la masse salariale de la fonction publique. Mais ce n’est qu’une énième parade d’Idriss Déby. Et la circulaire a fait bondir les syndicats qui parlent d’une nouvelle provocation de la part du gouvernement et demandent « l’annulation pure et simple » de cette circulaire. Seize mesures visant les fonctionnaires ont déjà été prises par le président.

Des députés reconduits sans élection.

Idriss Déby a renvoyé sine die début février l’organisation des élections législatives. Son argument ? La crise économique ! En réalité, c’est la deuxième fois que les députés ont vu leur mandat prorogé sans passer par les urnes.

La banqueroute économique.

Mais le problème est plus profond que ça. « Les cotonculteurs, les planteurs de canne à sucre, de riz, de mil et des milliers de cueilleurs et saisonnier sont laissés sur le carreau », nous indique un connaisseur du pays. Plusieurs sociétés tournent dans le vide. La Cotontchad qui représentait plus de 2 millions de cotonculteurs est en baisse de production, ce qui fait perdre au Tchad sa place de grand producteur de coton. La Sonasut est liquidée après les déficits cumulés. Dans l’une comme dans l’autre, la p résidence se servirait de tiroir-caisse. Pas seulement, c’est le lobby de l’importation qui prend la main sur l’économie grâce à la rente pétrolière entre autres. L’entreprise Colas (biens immobiliers et matériels) a été cédée à un conglomérat familial des Déby pour un franc symbolique. La méthode ? On liquide les entreprises nationales et on importe ensuite ! A la manœuvre ? Le clan Déby qui a mis en 27 ans de règne en coupes réglées l’économie tchadienne. De nombreuses entreprises sont à l’abandon, des régions entières oubliés par les autorités.

Les ressources générées par l’exploitation du pétrole sont gérées d’une manière opaque. « Elles sont l’objet d’un détournement unique au monde », soutient Taher Ali Nanaye, chargé des relations extérieures du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), un mouvement politico-armé opposé au régime de Déby. L’ancien ambassadeur et opposant ajoute que « la rente pétrolière est utilisé par Déby pour acheter des armes et faire la chasse aux opposants ». Une armée d’ailleurs que la France trouve dans ses opérations extérieures, que cela soit au Mali voisin ou en République Centrafricaine.

Un régime paranoïaque

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N’Djaména est à l’arrêt. La crise ne rassure plus le clan Déby qui ne peut presque plus satisfaire l’appétit de ses nombreux soutiens. Régulièrement, Idriss Déby annonce avoir déjoué un coup d’Etat. La parade est aussi ancienne que les dictatures. Dès que l’opposition se fait menaçante, il invente un complot pour emprisonner ses opposants. L’année dernière, l’opposition politique a été la cible de nombreuses arrestations. Les prisons de N’Djaména sont remplis d’opposants, les étudiants sont réprimés, embastillés régulièrement et les syndicats empêchés d’organiser le moindre rassemblement.
L’opposition ne désarme pas

Après presque trois décennies de règne Idriss Déby a réussi à mettre les Tchadiens contre lui. Il ne reste à ses côtés que les Bidyat, un petit clan des Zaghawa. Méfiant, l’autocrate de N’Djaména a fait le vide autour de lui. Nombre de ceux qui étaient dans son entourage au début sont passés dans l’opposition.

Même l’armée est essentiellement constituée d’hommes issus du clan du président.

L’opposition ne désarme pas.

Outre l’opposition politique, le FACT replié quelque part en Libye attend son heure. « Nous sommes un mouvement d’opposition républicaine, notre projet est de renverser Idriss Déby et son régime tyrannique », déclare Tahar Ali Nanaye. Le représentant extérieur du FACT ne mâche pas ses mots : « Il y a des régions comme le Kanem, abandonnée par le régime, les enfants tchadiens meurent de faim ».

Une plateforme politique

Pour prouver sa bonne foi, le FACT a rendu publique une plateforme politique. « Notre objectif après la chute de ce régime est la mise en place d’une période de transition et d’une constituante pour rédiger une constitution digne du Tchad », prévoit Tahar Ali Nanaye qui promet de n’exclure aucun opposant tchadien. « Nous allons mettre un terme à l’exclusion des Tchadiens, rendre l’école obligatoire jusqu’à 16 ans et surtout installer une armée nationale, pas clanique », détaille l’opposant. Et poursuit : « Le devoir de notre génération est désormais de mettre en place des institutions viables pour les jeunes générations ».

Sofiane Ayache (Le matin d’Algérie)

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