Au Tchad, le pouvoir étouffe une jeune voix dissidente – Libération

Nadjo Kaina Palmer, porte-parole du mouvement citoyen Iyina, a été arrêté le 6 avril sans explication. Il appelait à les jeunes Tchadiens à se mobiliser pour l’alternance, un an jour pour jour après la réélection d’Idriss Déby.

Un leader étudiant de 27 ans ferait-il peur à Idriss Déby ? Ou bien les réflexes répressifs du régime tchadien sont-ils si prompts que Nadjo Kaina Palmer a fait les frais du zèle de l’Agence nationale de sécurité (ANS) ? Le porte-parole du mouvement citoyen Iyina – «on est fatigués» en dialecte arabe tchadien – a été arrêté jeudi à N’Djaména. Depuis, l’activiste est détenu au secret. Il avait lancé un appel à la jeunesse pour marquer l’anniversaire de la réélection du président tchadien, ce lundi. Afin d’exprimer leur «ras-le-bol au régime en place et dire non à la mauvaise gouvernance, à l’impunité et à l’humiliation», les Tchadiens avaient été invités par Nadjo Kaina Palmer à s’habiller en rouge ce jour-là.

Cette action symbolique, non-violente, n’a pas été particulièrement suivie. Une dizaine de militants portant un tee-shirt rouge, rassemblés à la Bourse du travail pour réclamer la libération de Nadjo Kaina Palmer, ont été embarqués par les forces de l’ordre. «Ils ont été interdits de manifester. Malgré cela, ils ont décidé de perturber et donc ils ont été arrêtés», a indiqué le porte-parole de la police. «Iyina a été lancé l’an dernier, pour s’opposer au cinquième mandat d’Idriss Déby [à la tête de l’Etat depuis vingt-sept ans, ndlr], explique Makaila Nguebla, un influent blogueur tchadien d’opposition installé en France. Mais le collectif venait de rejoindre le mouvement transnational Tournons la page, une initiative du Secours catholique qui a des ramifications dans plusieurs pays d’Afrique. Cette internationalisation dérange le pouvoir, qui redoute son écho médiatique.»

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Amnesty International a condamné des «arrestations et détentions arbitraires» : «Cette manœuvre des autorités tchadiennes qui consiste à arrêter systématiquement des membres des mouvements citoyens qui veulent jouir de leur droit de manifester pacifiquement prouve une fois de plus que la liberté d’expression est toujours mise à rude épreuve dans le pays», a alerté Balkissa Idé Siddo, de l’organisation de défense des droits de l’homme. Nadjo Kaina Palmer avait déjà été arrêté en 2016, et condamné à quatre mois de prison avec sursis pour avoir organisé des marches en faveur d’une alternance politique.

Ce tour de vis répressif intervient à un moment délicat pour le régime tchadien. Il entrevoit tout juste l’issue de la profonde crise sociale qui agite le pays depuis le début de l’année. Samedi, le gouvernement et les syndicats ont signé un accord sur la formation d’un comité tripartite chargé de revoir les deux principaux points de la loi à l’origine de la colère des fonctionnaires tchadiens : la restriction du droit de grève, et la réduction de 50% de leurs primes. Une convergence des luttes citoyennes et sociales viendrait compliquer la tâche d’Idriss Déby.
Célian Macé


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