Tchad/Hissein Habré : le passé sombre qui guette !

La confirmation de la condamnation à perpétuité de l’ancien dictateur tchadien, Hissein Habré, par les Chambres africaines extraordinaires au sein des juridictions sénégalaises, pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité, tortures, a le mérite d’avoir poussé les farouches partisans de l’ancien régime dictatorial dans leurs derniers retranchements.

La commission d’enquête tchadienne, qui a été mise sur pied au lendemain de la chute de cette féroce dictature, a estimé le bilan de la répression de (1982-1990) à quelque 40.000 morts, chiffres bien en deçà de la réalité. Et pourtant, les farouches partisans de l’ancien régime dictatorial s’obstinent à s’enfermer dans une sorte de déni de réalité.
Réduire ces crimes contre l’humanité à d’erreurs minimes, de petites fautes commises dans l’exercice d’un pouvoir absolu, revoie chacun de nous à sa propre capacité à faire la distinction entre l’horreur la plus absolue et le bien. Aussi, elle renvoie chacun de nous, en son âme et conscience, à sa capacité à savoir où situer le curseur sur la sacralité de la vie humaine.

Ces milliers de morts, qualifiés d’erreurs minimes, ne sont pas que des chiffres sur un papier volatilisé. Loin d’être une invention montée de toute pièce pour accabler une ancienne dictature féroce connue pour ses atrocités par tous les Tchadiens, ces milliers de morts ont tous de visages, de familles, des êtres chers à qui ils manquent pour toujours.

Bien que tous les complices et exécutants de ces crimes contre l’humanité, à commencer par l’actuel Président tchadien, Idriss Deby, soient absents des bancs des accusés, cette condamnation a marqué, indéniablement, un précédent. Dorénavant, plus personne ne sera à l’abri, aussi Chef d’Etat soit-il, dès lors qu’il commette d’atroces crimes.

Quelles que soient les qualités que les farouches partisans de l’ancien régime dictatorial attribuaient à l’ancien dictateur, Hissein Habré, les milliers de morts, qui ont tous été, soit, exécutés sommairement, soit torturés à mort, soit laissés mourir dans les mouroirs de la sinistre police politique la D.D.S, ne peuvent être sacrifiés sur l’autel d’une quelconque explication.
A un moment charnière dans notre quête de changement, ces genres de discours négationnistes passent mal. Pire, ils alimentent la thèse selon laquelle, certains œuvrent, au nom du changement, à vouloir substituer en lieu et place de la tyrannie actuelle, une autre forme de tyrannie, sur fond de vengeance dans la conquête du pouvoir.
Malgré l’oppression infligée au peuple tchadien par l’actuel régime mafieux, corrompu et criminel d’Idriss Deby, on peut être amené à comprendre, avec lucidité, la méfiance de la majeure partie de Tchadiens, à accorder le moindre crédit à tous ceux qui prétendent lutter au nom de la libération et du bien-être du peuple, de peur de s’engouffrer dans une tyrannie cyclique.
Toutes ces contradictions révèlent, au grand jour, l’incapacité des Tchadiens à définir un projet commun au nom de l’intérêt supérieur de la nation et du bien-être du peuple. Entre un passé sombre qui guette et un présent qui est, tout, aussi, obscur, il est urgent de tirer des leçons, non pas seulement, pour éviter de les réitérer, mais, aussi, pour pouvoir se projeter en tant que peuple uni. Et pourtant, ce ne sont que les prémisses du changement tant attendu et tant espéré par notre peuple.

Mahamat Saleh Abderahim Dahab
Militant pour l’instauration d’un Etat de droit, la justice sociale et la bonne gouvernance.

 


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