Nicolas Sarkozy se rend au Tchad alors que l’incertitude demeure sur le sort des opposants arrêtés – Le Monde

Comme l’avait d’abord annoncé mardi le gouvernement tchadien, Nicolas Sarkozy a confirmé qu’il ferait bien escale au Tchad, mercredi 27 février, avant son voyage officiel en Afrique du Sud, les 28 et 29 février. Cette visite intervient plus de trois semaines après l’attaque de trois groupes rebelles, armés et soutenus par Khartoum, contre le pouvoir d’Idriss Déby, à qui la France a apporté un soutien décisif.

Selon une source diplomatique à Paris, l’objectif du président est double : demander la relance du dialogue politique intertchadien, en vue d’élections démocratiques, et obtenir de N’Djamena la mise en place d’une commission d’enquête sur la disparition de deux opposants au régime, le 3 février.

Le sort du député Ngarlejy Yorongar, une des plus anciennes figures de l’opposition, a fait l’objet ces derniers jours de déclarations contradictoires de la part des autorités tchadiennes et de son entourage. Mardi, le ministre des affaires étrangères tchadien, Ahmad Allam-Mi, a affimé qu’il était vivant et à N’Djamena, et qu’il devrait faire une déclaration dans la journée de mercredi. Jeudi 21 février, un autre ministre avait déjà prétendu que M. Yorongar était réapparu à son domicile, laissant entendre qu’il se cachait, une version démentie par les proches du député : « S’il était vivant, il viendrait directement à sa maison« , affirme le chauffeur de M. Yorongar. Olivier Bercault, chercheur de Human Rights Watch (HRW), qui revient de N’Djamena, confirme : « Yorongar est une grande gueule, il n’est pas du genre à se cacher ou à se taire. »

Aucune déclaration n’a, par contre, été faite au sujet du second opposant, Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la principale coalition de l’opposition tchadienne, également disparu le 3 février.

RÉSIDENCE SURVEILLÉE

Dans un premier temps, le ministre des affaires étrangères français avait conditionné la visite au Tchad du président français au sort des opposants, avant de faire des déclarations plus conciliantes avec les autorités tchadiennes, lundi, en citant des témoins « assez crédibles » selon lesquels M. Yorongar était en vie.

Mardi, le Tchad a semblé vouloir jouer l' »apaisement » en décidant de « placer en résidence surveillée chez lui » un autre opposant, l’ancien chef de l’Etat Lol Mahamat Choua, également arrêté début février, et un temps porté disparu avant que le Tchad reconnaisse qu’il était détenu comme « prisonnier de guerre« .

Pour les proches des deux disparus et l’organisation Human Rights Watch, il ne fait pas de doute que les deux hommes ont été arrêtés à leur domicile par les forces de sécurité du président Idriss Déby et sont toujours retenus par le pouvoir. HRW, qui a publié mardi 26 février une enquête sur le sort des deux opposants, est formel : « Leur arrestation a fait partie d’une vague de répression contre les opposants politiques. Nous tenons le gouvernement pour entièrement responsable de leur état de santé et leur retour en toute sécurité. Le gouvernement tchadien doit publiquement avouer où se trouvent Yorongar et Ibni. »

Amnesty International affirme, pour sa part, que Paris était au courant « dès le 11 février » du lieu « où se trouvaient les trois figures de l’opposition tchadienne arrêtées« . L’association cite « une correspondance privée » établissant que la France savait « qu’ils étaient détenus au célèbre quartier général des services de renseignement à N’Djamena« . Par contre, Amnesty ignore où se trouvent ces hommes aujourd’hui.

LES DEMANDES DE GRÂCE DES MEMBRES DE L’ARCHE DE ZOÉ

Lors des discussions mercredi, le président français devrait évoquer également le cas des six Français de L’Arche de Zoé condamnés au Tchad pour tentative d’enlèvement de 103 enfants à une peine de huit ans de prison, qu’ils purgent actuellement en France.

Idriss Déby s’était dit « prêt » à « pardonner » rapidement les six condamnés en leur accordant une grâce présidentielle. On précise toutefois, de source diplomatique, que les demandes de grâce n’entrent « pas dans les objectifs du voyage« . Paris ne souhaiterait pas « mélanger ces demandes » avec les autres buts de la visite.


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