Tchad: Nicolas Sarkozy à Ndjamena – Rfi

En chemin pour l’Afrique du Sud, le Président français Nicolas Sarkozy s’arrêtera mercredi à Ndjamena pour une brève visite au cours de laquelle il sera reçu par son homologue Idriss Déby Itno, a annoncé mardi après-midi la présidence tchadienne sur son site internet, avant que l’Elysée confirme, mardi soir.

Pourtant, à Paris, on avait demandé que toute la lumière soit faite sur la disparition des opposants tchadiens disparus depuis le 3 février, avant que soit envisagée une telle visite du président français. Or, si l’opposant Lol Mahamat Choua a été placé mardi soir en résidence surveillée, on est toujours sans nouvelles d’Ibni Oumar Mahamat Saleh et de Ngarlejy Yorongar.

Lol Mahamat Choua est arrivé en fin d’après midi à son domicile accompagné du directeur général de la police, le général Idriss Dokony. Selon ses proches, l’ancien président de transition est en bonne santé mais il est affaibli par les 23 jours qu’il vient de passer en détention. Lol Mahamat Choua, qui avait été arrêté par les forces gouvernementales le dimanche 3 février à l’issue de la bataille de Ndjamena, n’a cependant pas recouvré la liberté puisqu’il est toujours en résidence surveillée.

Ahmad Allam-Mi, Ministre tchadien des Affaires étrangères: « La résidence surveillée pour Lol Mahamat Choua est une coincidence, ce n’était pas une condition pour la venue de Nicolas Sarkozy… Ce n’est pas non plus un geste de bonne volonté… »

Quoi qu’en dise le gouvernement tchadien, cette mesure apparaît comme un geste à l’égard de la France avant la venue de Nicolas Sarkozy mercredi à Ndjamena. Paris avait conditionné l’escale du chef de l’Etat français à des éclaircissements sur le sort des trois opposants.

Nous en avons donc désormais concernant Lol Mahamat Choua mais pas concernant Ibni Oumar Mahamat Saleh et Ngarlegy Yorongar, dont on est toujours sans nouvelles. Manifestement, cela ne devrait pas empêcher le président français de s’entretenir demain avec Idriss Déby Itno.

Hamid Mahamat Dahalob, Porte-parole adjoint de la CPDC, la principale coalition de l’opposition tchadienne: « Le président français vient alors que les conditions qu’il avait posées, à savoir, la libération des opposants ou la clarification de leur situation, ne sont pas remplies. Je lance un appel pour la libération des opposants et à une aide internationale afin de sortir de cette crise ».

Nicolas Sarkozy veut une commission d’enquête crédible

« Le message du président à son homologue tchadien sera très clair : il faut une enquête crédible donc il faut une commission d’enquête crédible », a déclaré le porte-parole de l’Elysée, David Martinon. « Le président de la République dira au chef de l’Etat tchadien que l’amitié entre nos deux pays ne pourra grandir et se renforcer qu’à condition que le processus de démocratisation du pays reprenne et s’accélère », a-t-il expliqué.

Nicolas Sarkozy demande l’ouverture d’une commission d’enquête internationale: « Ne pas aller au Tchad était isoler un peu plus le président tchadien et l’abandonner à toutes les dérives, explique l’Elysée. »

Nul doute que les deux hommes évoqueront l’affaire de l’arche de Zoé. A l’issue des combats de début février, le président tchadien avait déclaré qu’il pourrait, si Paris le lui demande, gracier les six Français qui purgent actuellement une peine de huit ans de prison. La requête est arrivée, et on peut imaginer qu’en guise de remerciement à l’appui militaire et diplomatique que lui a fourni la France dans la bataille de Ndjamena, Idriss Déby Itno accordera sa clémence aux membres de l’arche de Zoé.

Sidiki Kaba, Président d’honneur de la FIDH: « La France a la capacité d’influencer le cours des événements dans ce pays… L’Afrique ne comprendrait pas si le seul résultat de cette visite était la grâce des membres de l’Arche de Zoé ».

Eléments de controverse

Que sait le gouvernement français du sort des opposants disparus, et depuis quand ?

Arnaud Royer, Chercheur pour Amnesty International: « Amnesty a eu accès à une communication prouvant que des officiels français ont su, dès le 11 février, que les 3 opposants avaient été arrêtés, et où ils étaient détenus… ».

Controverse sur le sort de Ngarlejy Yorongar

Ngarlejy Yorongar est à Ndjamena et devrait s’exprimer ce mercredi, a réaffirmé mardi à New York le ministre des affaires étrangères du Tchad, Ahmad Allam-Mi. Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait fait état en début de semaine d’informations crédibles selon lesquelles l’opposant serait effectivement retrouvé. Mais ces propos sont démentis par le propre fils de Ngarlejy Yorongar, Rocolmian Yorongar.

Rocolmian Yorongar, Fils de l’opposant porté disparu, Ngarlejy Yorongar: « Je doute de la crédibilité des informations de Bernard Kouchner et je pense qu’il reprend « les affabulations du gouvernement tchadien. » Mon père n’est pas homme à se cacher… Tous les témoignages disent qu’il a été pris par le gouvernement, qui doit faire la lumière sur ce qui lui est arrivé…»



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