SAHEL: Deby, un gendarme essoufflé

C’est un aveu d’impuissance qui en dit suffisamment sur l’état d’esprit des dirigeants du Sahel, confrontés à la problématique de la lutte contre le terrorisme. Si des voix se sont élevées dans la région pour saluer l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies d’une résolution édulcorée au sujet du déploiement des troupes du G5 Sahel, Idriss Deby, lui, n’est pas content et l’a fait savoir dans l’entretien qu’il accordé ce week-end à nos confrères de RFI-Le Monde-TV5monde. Ayant des troupes dans tous les conflits de la sous-région, le président tchadien trouve la facture de plus en plus insupportable. Conséquence, il s’agace et dénonce le peu de solidarité de la communauté internationale. Dans la foulée, il fait recours au chantage et menace de retirer ses troupes. Sauf qu’il s’agit là d’une manœuvre dilatoire révélatrice des problèmes économiques auxquels le Tchad est confronté. Problèmes consécutifs à la baisse conjoncturelle des prix du pétrole et qui, de la part des autorités tchadiennes, sont révélateurs d’une gouvernance peu responsable et d’un manque notoire d’anticipation.

Complaintes inadmissibles

Tout d’abord, les complaintes d’Idriss Deby Itno ne tiennent pas. Qu’il se présente en victime dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, n’est pas conforme à la réalité. Tout au contraire, il en est un des grands gagnants. D’ailleurs, c’est le lieu de rappeler que son choix d’intervenir à tout-vent dans la région n’était pas nécessairement justifié par un intime désir d’aider à éradiquer le phénomène terroriste. Il y avait envoyé ses hommes avec l’espoir qu’en s’impliquant dans une bataille aussi stratégique pour les occidentaux, il en tirerait de la part de ces derniers une certaine reconnaissance et qu’il redeviendrait fréquentable. Pari plutôt gagnant, il faut l’avouer. Parce qu’en dépit de la dictature qu’il impose aux siens, des libertés qu’il confisque, des droits qu’ils bafouent et de l’opacité qui caractérise sa gouvernance, il reste un interlocuteur adulé par les puissances occidentales. En particulier, François Hollande, jusqu’à son récent départ de l’Elysée, l’a littéralement traité en partenaire qu’il avait en haute estime. Autant de choses qui lui ont entre-temps permis d’occuper la tête de l’Union africaine et de propulser son ex-ministre des Affaires étrangères, au sommet de la Commission de l’instance panafricaine. Idriss Deby n’est donc pas légitime dans le scénario de la victimisation. Les troupes ont peut-être souffert. Mais lui et entourage ont plutôt trinqué.

Menaces pathétiques et humiliantes

Pour ce qui est de l’appel à l’aide, il faut dire qu’il y a quelque chose d’à la fois pathétique et humiliant dans les menaces proférées par le président tchadien. Qu’en 2017, autrement près de 60 ans après les indépendances, un dirigeant africain en soit encore à faire chanter l’ancien colon pour que ce dernier vienne au secours de ce continent, voilà qui n’a rien d’honorable. Ce type de comportement délégitime de fait tous les apprentis dictateurs qui, quand ils sont en porte-à-faux avec les principes, sont prompts à sortir le fameux souverainisme et l’expression toute faite de « non-ingérence dans les affaires intérieures » de leur pays. Et le comble de la contradiction, c’est qu’Idriss Deby est justement un de ceux qui aiment brandir l’étendard de la souveraineté.

Idriss Deby, la source du problème

Or, dans le cas présent, le président tchadien ne réalise même pas (ou refuse de l’admettre) qu’il est en fait la source du problème qu’il dénonce. En effet, si l’Afrique ne parvient pas à prendre en charge les défis auxquels elle est confrontée dont celui de sa sécurité, c’est certainement parce que beaucoup de ses dirigeant ont le comportement d’Idriss Deby Itno. Autrement, ils créent un contexte sociopolitique si tendu qu’il n’y a aucune place pour les enjeux sociaux et économiques. La politique politicienne règne de manière souveraine. Les membres de l’élite politique passent l’essentiel de leur temps à s’épier et à se neutraliser. Et même quand la nature pourvoie le pays, la corruption et le népotisme font que c’est une minorité qui confisque les richesses au détriment du grand ensemble, obligé de végéter dans la pauvreté et la misère. Les yeux rivés sur les robinets qu’ils surveillent en permanence, les dirigeants n’ont même pas le temps de réaliser la pertinence et la nécessité d’une diversification de l’économie, dans le cas tchadien. Et bien sûr, quand une crise pointe son nez, ils sont enclins à faire porter le chapeau à quelqu’un d’autre.

Boubacar Sanso Barry

ledjely.com


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