Toumaï, 7 millions d’années, est le "doyen de l’humanité" – Le Monde

L’âge de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis), le plus ancien préhumain connu, est bien de 7 millions d’années, ainsi que le confirme une étude réalisée par une équipe française et publiée dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences du lundi 25 février.

Le fossile avait été découvert au Tchad, dans le désert du Djourab, en 2001, dans le cadre d’une mission dirigée par Michel Brunet, professeur au Collège de France. Dans un premier temps, une équipe de scientifiques menée par celui-ci avait estimé l’âge de Toumaï à 7 millions d’années en se fondant sur le degré d’évolution des faunes de mammifères présentes à ses côtés, par comparaison avec d’autres faunes africaines similaires.

Mais le paléoanthropologue français était à la recherche d’une autre datation pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. C’est maintenant chose faite. Une datation absolue vient d’être réalisée grâce au béryllium 10, isotope radioactif du béryllium, un métal. Elle donne à Toumaï l’âge de 7,04 millions d’années. Selon les signataires de l’article, cette estimation fait de Sahelanthropus tchadensis le « doyen de l’humanité ». Il était probablement très proche de la divergence chimpanzés-hominidés, qui recule ainsi à au moins 8 millions d’années.

L’étude précise aussi l’âge de l’australopithèque Abel (Australopithecus bahrelghazali), découvert au Tchad, en 1995, par Michel Brunet. Il est crédité de 3,58 millions d’années, alors que son âge précédent était estimé entre 3 et 3,5 millions d’années.

Jusqu’à présent, les méthodes de datation absolues connues et utilisables en paléontologie – potassium/argon ou carbone 14 – ne pouvaient être utilisées pour le désert du Djourab. En effet, la datation au carbone 14 ne peut aller au-delà de 50 000 ans. Et les cendres volcaniques – dont la présence sur les sites d’hominidés d’Afrique de l’Est date de manière absolue les terrains fossiles – sont extrêmement rares au Tchad.

ANALYSE DES SÉDIMENTS

Les chercheurs ont donc eu l’idée de recourir à la datation au béryllium 10, déjà utilisée pour les sédiments marins, et dont la technique a été mise au point par Didier Bourlès, directeur adjoint du Centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement (Cerege), à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Ce dernier a adapté cette méthode aux sédiments terrestres présents sur les sites où ont été mis au jour Toumaï et Abel.

Il s’agit de comparer les quantités de béryllium 9, un isotope stable fabriqué dans la nucléosynthèse stellaire et incorporé à la Terre lors de sa formation, et celles du béryllium 10, un isotope radioactif produit par le choc des rayons cosmiques sur les molécules de l’atmosphère terrestre. Cet isotope s’accroche aux particules en suspension, reste dans l’atmosphère environ une année, puis arrive sur Terre avec les précipitations et se retrouve piégé dans les sédiments.

Christiane Galus


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