Françafrique: la "rupture" promise par Sarkozy tarde à se concrétiser – Afp

Les fossoyeurs de la « Françafrique » attendront encore un peu: neuf mois après son arrivée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy entame mercredi sa deuxième tournée en Afrique sans avoir, selon ses détracteurs, définitivement rompu avec la politique décriée de ses prédécesseurs.

Avant son élection, le président avait multiplié les annonces d’un « partenariat rénové » avec le continent noir, enfin débarrassé « des réseaux d’un autre temps » ou des « scories du passé« .

Mais ses premiers pas sur la scène africaine n’ont pas convaincu. « Il a fait quelques gestes positifs en recevant la veuve du juge Borrel, assassiné à Djibouti, ou en évoquant à Lisbonne les « faiblesses ou les erreurs » de la France au Rwanda, mais la plupart des signaux n’ont pas été dans le bon sens« , regrette Fabrice Tarrit, de l’association Survie.

Parmi ces signaux: la visite, dès sa première tournée africaine en juillet, au président gabonais Omar Bongo, doyen des chefs d’Etat du continent noir, « caricature des relations incestueuses de la France avec ses ex-colonies« , selon Tarrit, et surtout le très controversé discours de Dakar.

« Ce discours a vraiment choqué partout en Afrique« , juge l’universitaire et ex-Premier ministre centrafricain Jean-Paul Ngoupandé. « Il contenait des passages forts sur la dénonciation du colonialisme et la responsabilité des Africains, mais la phrase sur +l’homme africain (qui) n’est pas assez rentré dans l’histoire+ a tout gâché avec ses relents de XIXe siècle« .

Au sein même du gouvernement, le secrétaire d’Etat à la Coopération Jean-Marie Bockel n’a pas caché en janvier qu’il regrettait que la « rupture » annoncée sur ce front par Nicolas Sarkozy « tarde à venir« .

L’ex-membre du PS avait prôné une « piqûre de rappel » pour « mettre nos principes en actes« , notamment en exigeant de certains dirigeants africains « un engagement de transparence sur l’utilisation des matières premières« .

« Le vieux système a déjà disparu« , assure un diplomate français, « même si, c’est vrai, les clichés sur le pillage de l’Afrique par la France perdurent et qu’il reste des adhérences, comme Bongo, le Congolais Denis Sassou-Nguesso ou le Tchadien Idriss Deby« .

Le Tchad justement où, début février, le soutien décisif en logistique et en renseignement apporté par Paris au président tchadien menacé par les rebelles, a ressuscité les clichés d’une France « gendarme de l’Afrique« .

« Le Tchad était un test grandeur nature de la rupture annoncée, ce ne fut qu’une énorme occasion gâchée« , déplore Fabrice Tarrit. « Une fois encore, la France a contribué, en soutenant un régime criminel, illégitime et corrompu, au nom de la stabilité, à perpétuer l’instabilité pour des années« .

Pourtant, l’armée française s’est cette fois bien gardée d’intervenir directement, préférant se retrancher derrière le droit international.

« Nous ne voulons plus agir seuls en Afrique, mais avec les Européens et les Africains », assure un diplomate. « Il y a aura donc une remise à plat de la question des accords de défense et de nos bases militaires », ajoute-t-il, « mais sans tout jeter aux orties. La rupture, non, la modernisation, oui ».

« Nous jugerons sur pièces », répond le très sceptique Fabrice Tarrit, « mais la France doit changer maintenant si elle veut régler son problème de désamour en Afrique et éviter de futurs drames ».

« Pour améliorer leur image en Afrique, la France et l’Europe doivent passer à l’acte en traitant enfin nos Etats comme des partenaires économiques normaux », abonde Jean-Paul Ngoupandé. « Il y a des Etats corrompus sur notre continent, c’est vrai, mais il y en a aussi qui ont fait de gros progrès. Les Africains veulent être traités comme les autres ».


Commentaires sur facebook