TCHAD: Insécurité et VIH, la lutte sur deux fronts – Plusnews

Les personnes vivant avec le VIH risquent d’être des victimes à retardement des dernières explosions de violence au Tchad : plusieurs organismes de lutte contre l’épidémie ont été pillés et des structures sanitaires endommagées lors des combats début février –une insécurité qui est de toute façon un obstacle permanent à la lutte.

De nombreux bâtiments et structures ont été pillés dans la confusion qui a accompagné les affrontements entre l’armée tchadienne et des troupes rebelles venues de l’est du pays, en plein coeur de la capitale N’Djamena au cours des premiers jours du mois de février 2008.

Le Fonds de soutien pour les activités en matière de population (FOSAP) – l’organisme chargé de la gestion des financements VIH/SIDA de la Banque mondiale et du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme au Tchad – et l’Association pour le marketing social au Tchad (AMASOT), dont l’un des objectifs est la réduction du nombre d’infections au VIH, n’y ont pas échappé : leurs locaux ont été partiellement, voire entièrement, vidés de leurs matériels informatiques, fournitures et parfois même de leurs meubles et portes.

« On [venait] d’installer des ordinateurs pour permettre aux jeunes de naviguer sur les différents sites [internet] que nous avons installés afin de leur permettre d’avoir des informations sur le sida et les IST [infections sexuellement transmissibles] », a dit à IRIN/PlusNews le docteur Kadah Dokblama, contrôleur interne et directeur par intérim d’AMASOT. « Ce n’est pas normal de saccager une ONG qui cherche à lutter contre le sida ».

« On a tout perdu, ils nous ont juste laissé les cartons de préservatifs et d’Orasel [eau pour la réhydratation] », a ajouté un employé de l’ONG. « C’est vraiment regrettable ».

Par ailleurs, l’hôpital général de référence nationale de N’Djamena, situé non loin du quartier de la présidence et qui fournit des services VIH/SIDA, a été touché par des éclats d’obus et d’armes automatiques lors des combats – des tirs qui n’étaient pas dirigés intentionnellement contre l’hôpital, a affirmé son directeur.

Si les dommages causés à cette structure ne sont pas aussi importants que l’état d’autres bâtiments alentours aurait pu le laisser craindre, en revanche, l’intensité des combats a fait fuir de l’hôpital des patients paniqués, dont certains ne sont pas revenus.

Un obstacle permanent

Au-delà des derniers événements, l’insécurité constitue de toute façon un obstacle permanent à la lutte contre le sida dans ce pays qui affiche un taux de prévalence de 3,3 pour cent selon les autorités et est confronté à des explosions régulières de violences depuis plusieurs décennies.

Pendant longtemps, la priorité donnée à la lutte contre l’insécurité a détourné l’attention des autorités et des bailleurs de fonds de la menace que représentait la propagation de l’épidémie, ont noté plusieurs acteurs.

Ces dernières années, l’engagement politique des autorités tchadiennes et l’arrivée de bailleurs de fonds ont permis de lancer des programmes VIH/SIDA.

Mais même si « le gouvernement a fait un effort incroyable [dans la lutte contre le sida] en essayant de mobiliser les ressources et en en donnant de son budget, … l’insécurité reste une contrainte : elle empêche la décentralisation [des services VIH/SIDA] et le passage à l’échelle [l’expansion de ces services] », a noté Claire Mulanga Tshidibi, coordinatrice pays du Programme commun des Nations Unies sur le sida, ONUSIDA, au Tchad.

Enock Nodjikwambaye, administrateur gestionnaire du FOSAP, chargé du volet IDA (Association internationale de développement, de la Banque mondiale) du financement VIH/SIDA, connaît bien ce problème.

« L’insécurité nous limite », a-t-il dit à IRIN/PlusNews. « On n’ose pas envoyer des personnels [dans les zones à risques], où on peut perdre des gens et des véhicules. On a déjà perdu un véhicule [volé par des combattants armés], on ne peut pas prendre le risque d’envoyer quelqu’un aux enfers ».

Dans l’est du pays, à la frontière avec le Soudan, où vivent aujourd’hui quelque 240 000 réfugiés soudanais et 180 000 déplacés tchadiens, l’insécurité permanente constitue un frein majeur au développement des programmes du FOSAP.

« Nous finançons [par exemple] un sous-projet VIH/SIDA à Abéché [principale ville de l’est tchadien], mais nous n’avons pas de candidat pour aller le superviser », a dit M. Nodjikwambaye. « Nous sommes vraiment affectés par cette insécurité ».


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