Libye : Idriss Déby serait-il parvenu à convaincre Macron d’agir ? – Mediapart

Le président Idriss Déby n’a jamais fait mystère de son hostilité vis-à-vis de l’intervention occidentale en Libye, en 2011. La jugeant précipitée et insuffisamment réfléchie, il avait mis en garde les gouvernements de Nicolas Sarkozy et David Cameron sur les conséquences désastreuses que le vide brutal créé à Tripoli serait susceptible d’avoir pour toute la région. Et face au désengagement rapide des armées française et britannique une fois le régime renversé, Idriss Déby s’était inquiété de l’absence totale de « service après-vente » occidental en Libye.

La suite est connue : moins d’un an après la chute du régime de Kadhafi, une colonne de jihadistes lourdement armés -grâce au pillage des arsenaux libyens- fondait sur Bamako, après avoir conquis sans difficulté tout le nord du Mali. C’est au prix d’une intervention rapide de l’armée française, puis de l’engagement dans la durée d’un important contingent tchadien que la situation a pu être rétablie, dissipant la menace de voir un pays du Sahel tomber sous la coupe d’un groupe jihadiste.

Mais le chaos libyen continue de faire peser une menace sur la stabilité de l’ensemble du Sahel, et au-delà. Dans un récent entretien à RFI et Le Monde, Idriss Déby rappelait : « Le soutien à Boko Haram se fait par des structures terroristes qui sont en Libye et qui ont la possibilité de bénéficier de l’argent du pétrole, de la drogue, de la vente des êtres humains. Cet argent sert à grossir les rangs de Boko Haram, d’al-Qaëda au Maghreb islamique ». Impossible, donc, de prétendre faire disparaître ces menaces sans traiter le problème de la Libye.

Le processus politique libyen été récemment relancé à Paris. Le président Macron a reçu le Premier ministre Fayez el-Sarraj, chef du gouvernement, et le maréchal Khalifa Haftar, commandant de l’Armée nationale libyenne, qui se disputent le pouvoir en Libye. Une feuille de route a été adoptée, prévoyant entre autres des élections générales au printemps 2018. Cette avancée mérite d’être saluée, tant la situation politique libyenne semblait jusque-là sans issue, sur fond d’affrontements armés, d’absence d’État droit, et de prolifération de trafics en tous genres.

Difficile de ne pas faire le rapprochement entre ce déblocage fin juillet, et la rencontre entre Idriss Déby et Emmanuel Macron le 11. La situation sécuritaire de la région ayant occupé l’essentiel de la rencontre entre les deux chefs d’État, la Libye a sans aucun doute fait partie des principaux sujets abordés. Et une partie de cette rencontre s’est tenue totalement à huis clos : les deux hommes ont passé une demi-heure en tête à tête, sans les conseillers et ministres qui les accompagnaient. Est-ce à ce moment-là qu’Idriss Déby a convaincu le président français d’assurer, enfin, le « service après-vente » ?


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