Tchad: commission d’enquête mais aucune nouvelle sur les opposants disparus – Afp

Le président français Nicolas Sarkozy a obtenu la création d’une commission d’enquête internationale sur les opposants disparus au Tchad lors de sa brève escale mercredi soir à N’Djamena, mais aucune information sur leur sort qui inquiète de plus en plus leurs proches.

« Ce n’est pas parce que le gouvernement du Tchad est légitime qu’il peut se permettre de faire n’importe quoi« , a fermement indiqué M. Sarkozy après avoir rencontré le président tchadien Idriss Deby Itno.

Le chef de l’Etat français, critiqué par les défenseurs des droits de l’Homme tant en France qu’au Tchad pour son appui au président Deby et pour s’être rendu à N’Djamena, a estimé que cette visite avait été « utile« .

M. Deby a en effet promis une « une enquête internationale qui fera la lumière sur l’ensemble des choses qui se sont passées« , lors de la bataille de N’Djamena les 2 et 3 février.

M. Sarkozy avait émis le souhait que la commission dirigée par le président de l’Assemblée nationale tchadienne, Nassour Ouaïdou, comprenne des représentants de la Commission européenne, de la France et de la Croix-Rouge.

Mais, jeudi, le Comité international de la Croix rouge (CICR) a opposé une fin de non-recevoir limpide. « Nous ne participerons pas à cette commission. Cela va à l’encontre de nos principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance« , a déclaré à l’AFP Anna Schaff, porte-parole du CICR à Genève.

Au cours de la bataille de N’Djamena, la rébellion tchadienne a été à deux doigts de renverser Idriss Deby, auquel Paris a apporté un soutien décisif en contribuant à son réarmement tout en lui fournissant des renseignements sur les positions des assaillants et en protégeant l’aéroport de la capitale.

Moins d’un mois après l’attaque, Nicolas Sarkozy, venu renouveler son soutien à son allié tchadien, n’a guère obtenu d’éclaircissements sur le sort des deux opposants disparus.

M. Deby s’est borné à évoquer les 400 « disparus ou morts » civils causés par les combats, sans préciser clairement dans quelle catégorie il rangeait le député fédéraliste Ngarlejy Yorongar et le porte-parole de la principale coalition d’opposition Ibni Oumar Mahamat Saleh.

Les proches des disparus qui ont confirmé jeudi à l’AFP qu’ils n’avaient toujours pas « la moindre nouvelle« , affirment qu’ils ont été enlevés par les service de sécurité peu après le départ des rebelles de N’Djamena, mais les autorités nient savoir où ils se trouvent.

« La commission d’enquête ne servira à rien (…). Il n’y a plus le moindre doute sur le fait que c’est le gouvernement de Deby qui a arrêté les opposants« , a déclaré à l’AFP Delphine Djiraibé, une porte-parole de la société civile tchadienne, appelant les autorités françaises à ne pas « s’inscrire dans cette logique de manipulation et de mensonges« .

« Nous craignons plus que jamais pour la vie de ces deux hommes« , a renchéri le porte-parole de Human Rights Watch (HRW), Reed Brody, très sceptique sur une commission d’enquête dirigée par « un proche d’Idriss Deby« .

« Cette commission (…) a été créée pour endormir l’opinion internationale« , a affirmé à l’AFP Moussa Mahamat Saleh, cousin de M. Ibni, qui estime que M. Deby « a roulé dans le sable le président Sarkozy« .

Alors que le président tchadien s’était engagé à la recevoir, la famille d’Ibni Oumar Mahamat Saleh a fait savoir jeudi, par la voix d’un de ses avocats, qu’elle refusait de « serrer la main de l’assassin » de l’opposant, qu’elle considère mort en l’absence de nouvelles sur son sort.

Seul avancée concrète, le troisième opposant arrêté le 3 février, l’ex-chef de l’Etat Lol Mahamat Choua, placé mardi en résidence surveillée, est désormais « apparemment » libre, a rapporté jeudi son entourage.

Avant la bataille de N’Djamena, il présidait le comité de suivi de l’accord du 13 août 2007 entre pouvoir et opposition devant aboutir à des élections démocratiques en 2009.

M. Sarkozy a demandé que cet accord soit réactivé pour mettre fin à l’instabilité politique qui mine le Tchad depuis plus de trente ans.


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