L’affaire des avions (suite sans fin !)

 

 

Le Tchad vit ces dernières semaines une situation convulsive indescriptible due certainement aux événements survenus concomitamment au même moment :

  • Le décret du Pdt américain interdisant aux citoyens tchadiens de visas touristiques et d’affaires ;
  • L’affaire des avions révélée par notre confrère « Lettres du Continent en date du 13/09/17.

Les deux affaires sont-ils liés ? Certainement, mais contrairement à une certaine opinion publique relayée par les médias d’Etat insinuant que le décret a été pris par méprise ou d’une manière irréfléchie, ces deux actes sont en fait l’aboutissement des longues et studieuses investigations qui ont duré pendant presque deux ans et le second n’a fait que précipité le premier.

On n’y revient pas sur les détails de ces deux affaires qui ont été déjà disséquées amplement par soit les différents confrères ou à travers des réseaux sociaux ; d’ailleurs après avoir traversé la période de surprise et de flottement, on tente de minimiser la portée de l’acte du president américain. Toutefois au niveau des services concernés, le cafouillage est total et font semblant de s’y intéresser tout en évitant de soulever le couvercle.

Cependant il y a un point focal qui n’a pas été abordé directement par les uns et les autres. A qui appartient l’agence « AIR INTER » qui a bénéficié frauduleusement l’immatriculation de l’avion présidentiel ? Comment cette petite agence de location de petits avions de transport à l’usage interne et une ligne de frets occasionnels, a acquis subitement deux gros avions (Air Bus, Iliouchine, un Boeing 341. . .)

Il est de notoriété publique qu’aujourd’hui rien ne se fera au Tchad sans l’accord tacite ou indirect du Palais dans le sens large du terme ; en ce sens que l’Agence de voyage « Air Inter » appartient bel et bien à la famille de la 1ère Dame et les actionnaires sont naturellement les membres de sa famille y comprise l’ex ministre de l’aviation civile. La gestion de la direction de l’agence est assurée par les proches du PM. C’est dire que c’est l’Etat tchadien en grandeur nature qui est impliquée dans cette fructueuse affaire. Et tout le monde est au fait de cette histoire qui n’est pas unique en son genre.

Rappelons-nous de BOEING 737 tchadien acheté en 1987-1988 avec le produit de vente des matériels libyens récupérés des combats du Nord. La gestion de cet avion avait été confié à un grec du nom Mourzouki qui s’adonnait pratiquement aux mêmes activités jusqu’à le holà des services occidentaux en 1992 ; depuis lors on a plus entendu parler ni de lui moins encore de l’avion ; sauf que les mauvaises langues disent qu’il est un visiteur fréquent de nuit chez le Sultan.

L’agence de voyage n’a pas de gros avions mais les narcotrafiquants ont simplement acheté le transfert de l’immatriculation de l’avion VIP avec un certificat de navigation ; par ce fait ils deviennent ipso facto des avions tchadiens appartenant à l’agence ”Air inter ». Ainsi depuis début 2016 les trafiquants effectuaient leurs trafics en toute impunité dans le monde entier où l’interdit et l’illicite sont roi.

Comment a-t-on découvert le pot aux roses ? Une telle affaire ne pourrait passer inaperçu aux yeux de veilleur de nuit que sont les différents services de sécurité des ambassades, principalement les américains qui surveillaient les nombreux escales suspectes de ces avions.

L’affaire a été signalée dans un rapport circonstancié très exécrable par l’ancien ambassadeur américain en fin de mission. Ledit rapport qui était distribué dans tous les services centraux de l’administration américaine, décrit minutieusement le fonctionnement de l’administration tchadienne et les différentes ramifications maffieuses qui aboutissent toujours au Palais. Prenant la suite du dossier, la nouvelle ambassadrice qui avait lié entre temps une relation très cordiale avec la Ministre de l’aviation, s’était rendue au bureau de son amie pour l’informer des inquiétudes de Washington sur les incessants déplacements de l’avion « vip » sans un ordre de mission officielle. Profanes-en la matière et novice dans l’imbroglio de l’administration, la Ministre a confondu ses relations mondaines avec l’ambassadrice et a feint d’ignorer les questions pertinentes que celle-ci lui posait.

Un malheur n’arrivant jamais seul, l’un des avions a été bloqué à Kazakhstan pour défaut de certificat de navigabilité aérien (CNA). Sentant venir la souffre la Ministre refuse de le renouveler mais le PM en personne lui intime l’ordre de s’exécuter ; elle remet donc le dossier au DG/ADAC pour exécution, celui-ci refuse arguant que tout ceci est illégal et on ne pourrait plus continuer dans cette voie tant beaucoup des corbeaux commencent à tournoyer autour du dossier. Devant l’entêtement justifié de son collaborateur, la Ministre n’insiste pas et remet le dossier à son directeur technique pour étude et le repasse ensuite au DGA pour la délivrance du Certificat sans l’avis du titulaire. Fin du 1er acte.

Les services de sécurité américains décident de prendre le dossier en main et débarquent à Ndjamena et se rendent aussitôt accompagnés de l’Ambassadrice américaine au Ministère de l’aviation civile qui les reçois avec beaucoup d’amabilité mais reste évasive aux questions de ses visiteurs. Les américains font ensuite le tour de tous les services concernées et intéressés : en 1er lieu la direction générale de l’ADAC, ensuite tous les services de sécurité (ANS, RG, DGRM, . . .) La moisson est très faible. Tous les responsables rencontrés sont « soit sont hésitants, évasifs et la peur se lit sur leur visage » (sic). Dans rapport, les américains n’hésitent pas d’exprimer leur déception pour ne pas dire leur désarroi face « à une administration désarticulée et aux fonctionnaires d’une incompétence notoire et d’une mauvaise foi manifeste ».  

Après s’être assurés du retour des enquêteurs en Amérique, les différents responsables de la sécurité et ceux du Ministère de l’aviation civile se sont empressés, pour se disculper semble-t-il, chacun en ce qui le concerne de rédiger un rapport sur les tenants et aboutissants de l’affaire et transmettre directement au Cabinet de la Présidence. Le directeur du Cabinet a transmis à son tour à la Secrétaire Particulière (SP). Depuis, le dossier dormait dans ses tiroirs jusqu’au coup de patte du president américain.

Début août, une équipe renforcée d’une quinzaine d’agents des services américains débarque à Ndjamena. Cette fois-ci ils ne trouvent aucun responsable, aucun interlocuteur. Tout le monde les a évités en désertant les bureaux. Après avoir erré pendant une semaine, ils repartent et déposent un rapport avec copie au Chef de la Maison Blanche. Leur conclusion est sans appel : Etat maffieux administré par des analphabètes corrompus ; en d’autres termes, Etat néant et voyou.

La suite est connue.

Après le couperet, le régime tatillonne et gesticule, mais malheureusement il frappe à côté, crie à l’étonnement à la victimisation et in fine incarcèrent des responsables de seconds couteaux, c.-à-d. des fretins. Or les principaux responsables du pays (Idriss Deby, Mme Hinda Deby , Le PM et les principaux Ministres) sans parler de tous les services du Ministère sont tous parfaitement au courant du dossier. Naturellement on évite de s’adresser aux vrais responsables ou les sanctionner en conséquence et on fait comme si . . .  jusqu’à-ce que le temps l’étouffe.

Correspondance particulière)

 


Commentaires sur facebook

2 Commentaires

  1. S’informer pour bien informer l’opinion devrait être la mission de tout être humain normal. Ne pas apprécié la gestion de quelqu’un est une opinion personnelle. Mais vouloir diaboliser absolument les responsables de ton pays te fais gagner quoi ? Il faut plutôt faire des propositions pour amener les dirigeants à changer leurs façons de nous gérer que de desinformer l’opinion.

  2. abyssus

    … et on espère que cette affaire ne s’arrêtera pas là. L’expérience tant à démontrer qu’aucun dictateur n’a passé une retraite paisible. Si c’est la CIA qui met son dans cette affaire, on pense illico au sort qu’avait été réservé à un certain Manuel Noreiga !!!

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