Le président français se présente en médiateur – MTM

Après avoir défendu à maintes reprises, depuis l’attaque rebelle début février, la légitimité du gouvernement tchadien, Nicolas Sarkozy est venu demander une commission d’enquête sur les événements de ces quelques jours de chaos, notamment la disparition de deux opposants.

Après les 34°C de la journée, il faisait doux dans les jardins de la résidence de l’ambassadeur de France où le président français est venu présenter un bilan de ses entretiens avec les autorités tchadiennes et les représentants de la société civile et des opposants.

Nicolas Sarkozy l’a affirmé devant la communauté française, qui devrait gagner au passage le droit d’élire des députés (elle n’avait jusque-là que des sénateurs), il a choisi de faire escale à N’Djamena sur le chemin de l’Afrique du Sud pour rappeler aux autorités tchadiennes que la légitimité des urnes ne donne pas le droit de « se permettre n’importe quoi ». Il a donc demandé au président Idriss Déby que soit mise en place une commission d’enquête internationale propre à élucider ce qui s’est passé. Commission qui devrait s’organiser autour du commissaire européen Louis Michel, du ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, du président Diouf pour la Francophonie, et de plusieurs organisations non-gouvernementales que M. Sarkozy estime ne « pas avoir à choisir », bien qu’il ait proposé la participation de la Croix-Rouge, très présente sur le terrain.

Mais il a également demandé aux opposants tchadiens de « ne pas pratiquer la politique de la chaise vide » et de revenir à la table des négociations dans le dialogue inter-tchadien visant à préparer dans de bonnes conditions la prochaine échéance électorale. La reprise du dialogue inter-tchadien était donc au cœur de la visite française à N’Djamena, où M. Kouchner et M. Michel sont restés après le départ du président français, pour participer à la résurrection du Comité de suivi de l’Appel à la paix et à la réconciliation au Tchad.

Il semble malheureusement que pour certains opposants, la chaise vide ne soit plus, aujourd’hui, une politique choisie. La diplomatie française reste sans nouvelles de Mahamat Saleh, porte-parole de la Coalition pour la défense de la démocratie dont le président, Lol Mahamat Choua, vient d’être transféré de sa prison à son domicile, où il reste en résidence surveillée, accusé de participation au combat des rebelles. Carla Bruni-Sarkozy, qui effectuait là son premier voyage officiel en tant que première dame, a reçu en entretien privé l’épouse de M. Saleh, alors que son mari rencontrait les avocats des disparus. M. Sarkozy a précisé à la presse qu’il avait demandé que M. Choua soit libre de ses mouvements, indépendamment de la procédure judiciaire qui pourrait s’ensuivre et sur laquelle la France n’a aucun droit de regard. Il n’a obtenu pour l’instant que son transfert en résidence surveillée.

Concernant le président de la Fédération action pour la République (Far) et opposant historique d’Idriss Déby, Ngarléjy Yorongar, « nous avons des informations contradictoires : celles de l’Élysée et de l’ambassade de France (via les services de renseignement, ndlr), et celles de ses avocats qui nous font part de leur très grande inquiétude à son sujet. » Une source évoque une conversation téléphonique de sa femme captée par les services d’écoutes qui laisse à penser qu’il est vivant et caché. Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner avait évoqué quelques jours plus tôt le témoignage d’un Tchadien qui se dit proche de la Far, et qui aurait vu M. Yorongar dans son quartier de Moursal. Une version défendue par la délégation ministérielle tchadienne en France, qui déclarait le 22 février que M. Yorongar était vivant et « se terrait dans son quartier ». Mais ses proches, que ce soit la famille, les avocats ou des membres de son parti, démentent avoir la moindre nouvelle de lui.

Une médiation Tchad/Soudan en préparation

Une fois de plus, la communauté internationale va mettre en place une médiation dans l’espoir de participer au règlement du vieux conflit entre le président tchadien et son voisin soudanais Omar el-Béchir. « Idriss Déby a raison quand il dit que le Tchad ne doit pas être la victime collatérale du conflit du Darfour », juge M. Sarkozy. Sur demande de M. Déby, il a donc accepté d’impulser cette médiation, tout en précisant que la France ne la mènerait pas seule. Doivent y participer des représentants de la Commission européenne, de la Francophonie, les ministères des Affaires étrangères libyen et congolais (les deux pays nommés par l’Union africaine à la médiation entre forces gouvernementales et rebelles dans la crise de début février) et, s’il le souhaite, le président sénégalais Abdoulaye Wade qui avait proposé de mettre en place une telle médiation en marge du sommet de l’Organisation de la conférence islamique qui se déroulera à Dakar du 8 au 14 mars 2008.

A propos du déploiement en cours de la force européenne de maintien de la paix Eufor, M. Sarkozy a annoncé que « tout sera prêt fin mars », avant d’ajouter : « Nous ne voulons pas qu’une autre percée rebelle vienne tout compliquer ». Or les forces rebelles, réarmées grâce à l’aide soudanaise et renforcées en effectifs venus en majorité de l’armée nationale tchadienne, affirment préparer une nouvelle attaque. « Je sais que des forces se préparent là où l’Eufor se déploie. (…) Incontestablement, quand la force hybride (Nations unies-Union africaine, ndlr) au Darfour, et l’Eufor au Tchad seront déployées, ce sera plus difficile pour une colonne rebelle de traverser le frontière. L’Eufor n’a pas mandat pour les empêcher d’entrer, mais au moins la provenance de telles forces sera claire. »

Des jardins de l’ambassade à la base Adji-Kosseï

Cette série d’entretiens au pas de course s’est terminée sous un hangar de la base militaire française Adji-Kosseï, à N’Djamena, pour un repas au milieu de plusieurs centaines de militaires français ayant participé à l’évacuation des ressortissants étrangers et à la sécurisation de divers points de la ville, dont l’aéroport. Tous étaient représentés : les forces fixes de l’opération Epervier (les marines du 21e Rima, les légionnaires du 2e Rec, l’armée de l’air aux commandes des Mirage et Transall français), mais aussi les renforts venus de Libreville au moment des combats, les 3e et 4e compagnies de parachutistes du 3e Rpima. Avant le dessert, une vingtaine de soldats torse-nu ont effectué un impressionnant « Haka », à l’image de celui des rugbymen néo-zélandais qui a tant marqué les esprits des supporters adverses. Mais le dessert à peine avalé, l’avion présidentiel s’est envolé pour Cape Town, où le président Sarkozy était attendu par son homologue sud-africain Thabo Mbeki.


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