Haut Déby pour la connexion Françafrique – L’Humanité

Tchad . Nicolas Sarkozy a rencontré son homologue tchadien sans convaincre sur les ruptures de la diplomatie française annoncées. Il est aujourd’hui en Afrique du Sud.

Nicolas Sarkozy a rencontré hier soir le président tchadien, Idriss Déby, dans le cadre d’une visite éclair, sur le chemin de l’Afrique du Sud. Pour le président français, il s’agit de démontrer que « la Françafrique, c’est fini », selon l’expression d’un de ses collaborateurs qui, malgré les apparences, ne plaisantait pas. Avant son élection, le président avait multiplié les annonces d’un « partenariat rénové » avec le continent noir, enfin débarrassé « des réseaux d’un autre temps » ou des « scories du passé ».

sceau du paternalisme et du néocolonialisme

Son discours prononcé à Dakar en juillet dernier aura démontré, s’il en était besoin, que Nicolas Sarkozy s’inscrit bien dans une certaine vison des relations de la France avec l’Afrique, marquée du sceau du paternalisme et du néocolonialisme (dévolu non plus aux besoins de l’État mais à ceux de quelques entreprises privées, comme, par exemple, Bolloré).

Tâche ardue, difficile donc, tant la continuité de la politique africaine de la France saute aux yeux à peine arrivé au Tchad : les militaires français s’occupent de toute l’intendance sans que le moindre uniforme tchadien ne se pointe à l’horizon. Avant son élection, Sarkozy avait multiplié les annonces d’un « partenariat rénové » avec le continent noir. Tout comme il affirmait mordicus que les troupes françaises n’avaient rien à faire en Afghanistan…

Il convenait donc, pour le président français, de marquer dans les apparences un attachement aux droits de l’homme. À cet égard, la condition posée officieusement à cette étape à N’Djamena – avoir des nouvelles des opposants arrêtés – n’aura pas tenu très longtemps. Ainsi, mercredi, à la sortie du Conseil des ministres, Bernard Kouchner a dit avoir « certaines nouvelles » de Ngarlejy Yorongar, un opposant de toujours. « Des gens l’auraient vu mais nous devons absolument nous en assurer », a déclaré le ministre français, précisant être sans « aucune nouvelle » d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la principale coalition de partis d’opposition tchadiens.

Mais la France n’a pas opposé de démenti formel, mercredi, aux affirmations d’Amnesty International selon lesquelles Paris savait « dès le 11 février » que trois opposants tchadiens disparus étaient détenus. « M. Sarkozy nous a expliqué que le président Déby s’est engagé à répondre à un certain nombre de demandes… », a expliqué le responsable d’Amnesty.

Que penser, dans ces conditions, de l’affirmation de Laurent Wauquiez, lors du compte rendu du conseil des ministres, selon lequel « Il n’y avait pas de condition posée » par la France au Tchad avant ce déplacement présidentiel. « Par contre, ajoutait-il, il est clair que le président de la République évoquera toutes les questions au Tchad ».

Carla Sarkozy, « nouvelle infirmière française »

Parler d’élections pour 2009 ne doit effectivement pas gêner Idriss Déby, pas plus que la molle volonté française de demander la constitution d’une commission pour enquêter sur le sort des opposants. En marge de cette rencontre, Carla Sarkozy est allé visiter un établissement de santé consacré aux enfants. Une sorte de piqûre pour cette nouvelle infirmière française, qui n’est pas sans évoquer l’Arche de Zoé dont les principaux protagonistes sont toujours en prison en France, dans l’attente d’une grâce présidentielle tchadienne.

Gageons qu’un des résultats – sinon le seul – de cette visite résidera dans ce geste à venir. Annoncé en présence de Sarkozy, cela aurait comme un relent de « réseaux d’un autre temps », voire de « scories du passé ».

Pierre Barbancey


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