Tchad : cité dans une affaire de corruption aux Etats-Unis, le président Déby nie tout en bloc – latribune

Le gouvernement tchadien a apporté un démenti formel aux accusations du Secrétaire d’Etat-adjoint à la justice qui a cité le président Idriss Déby comme bénéficiaire d’un pot-de-vin versé par une entreprise chinoise dans le cadre de l’attribution d’un marché. C’est dans le cadre de l’instruction de ces affaires que l’ex-chef de la diplomatie sénégalaise Cheick Tidiane Gadjo a été interpellé puis inculpé par la justice américaine. Pour les autorités tchadiennes, il ne s’agit-là que de la poursuite d’un acharnement contre le président et son pays.

Cette nouvelle affaire va certainement crisper davantage les relations entre le Tchad et les Etats-Unis.  Cité par un membre du gouvernement américain comme bénéficiaire d’un pot-de-vin de 2 millions de dollars, dans le cadre de l’attribution d’un marché à une entreprise chinoise, le président tchadien a réfuté tout en bloc. L’affaire est prise au sérieux au plus haut niveau de l’Etat, puisque c’est le gouvernement tchadien, à travers son porte-parole Madeleine Alingué, qui a tenu à démentir les accusations de corruption internationale et de blanchiment d’argent, évoqués lundi dernier par le Secrétaire d’Etat américain à la justice, Kenneth Blanco.

«Face à cette énième allégation mensongère, le gouvernement de la République du Tchad tient à apporter un démenti formel à cette honteuse affabulation», se sont indignées les autorités tchadiennes dans un communiqué publié ce mardi 21 novembre par la ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement. Pour le régime de N’Djamena, il ne s’agirait là que d’un acharnement de la part de ceux qui veulent ternir l’image du président Idriss Déby et du pays. C’est pourquoi le Tchad a tenu à réaffirmer «sa totale souveraineté et reste serein dans la poursuite de son combat pour le développement et le bien-être de son peuple».

Soupçons de corruption internationale

C’est lundi dernier que l’affaire a éclaté au grand jour, à la suite de l’annonce faite par le bureau du Secrétaire adjoint américain à la justice, de l’inculpation de l’ex-chef de la diplomatie sénégalaise, Cheikh Tidiane Gadio, dans le cadre de l’instruction d’un dossier relatif à une affaire de corruption internationale et de blanchiment d’argent.

Le président tchadien ainsi que son homologue ougandais Yuweri Museveni, de même que le ministre des Affaires étrangères ougandais ont été cités par le responsable américain, qui n’a toutefois pas cité de nom, comme les bénéficiaires de pot-de-vin versés par des entreprises chinoises pour l’attribution de certains marchés sans appel d’offres.

L’ancien ministre des Affaires étrangères d’Abdoulaye Wade (2002-2009), ainsi que Chi Ping Patrick Ho, responsable d’une ONG basée à Hong-Kong et en Virginie (est des Etats-Unis), ont été interpellés respectivement vendredi et samedi derniers par la justice américaine. Présentés le 18 novembre devant un juge, celui-ci les a aussitôt inculpés pour soupçons de corruption, sur une longue période, de hauts responsables du Tchad et de l’Ouganda dans le but d’obtenir des avantages au profit d’une entreprise pétrolière chinoise.

«Des responsables au plus haut niveau des gouvernements des deux pays sont soupçonnés d’avoir reçu des pots-de-vin», a déclaré Kenneth Blanco, qui a fait cas de versement de pots-de-vin s’élevant à plusieurs millions de dollars. «Leurs pots-de-vin et leurs actes de corruption portent tort à notre économie et minent la confiance dans un marché libre», a indiqué le responsable américain qui a évoqué le transit par le système financier américain d’au moins un million de dollars par l’intermédiaire de comptes bancaires domiciliés à New-York.

Selon la justice américaine, en échange d’un pot-de-vin de deux millions de dollars, le président tchadien aurait accordé des droits pétroliers sans passer par la procédure réglementaire des appels d’offres internationaux. L’ancien ministre sénégalais converti dans le consulting aurait joué dans cette affaire un rôle central où il aurait perçu 400 000 dollars, virés en deux fois sur un compte à Dubaï, pour services rendus, selon la presse américaine.

Double démenti chinois

De son côté, Chi Ping Patrick Ho aurait distribué des cadeaux en nature et d’autres  avantages à des responsables ougandaises dans le cadre d’une passation de marché dans le secteur d’énergie où il aurait servi d’intermédiaire.

Même si son nom n’a pas été cité par la justice américaine, le holding CEFC China Energy, principal mécène du China Energy Fund Committee que préside Chi Ping Patrick Ho qui a été par ailleurs ancien Secrétaire aux Affaires intérieures de Hong-Kong de 2002 à 2007, a tenu également à apporter un démenti formel et des précisions. A travers un communiqué publié ce mercredi, CEFC China Energy a en effet rejeté les accusations de la justice américaine et a souligné que son fonds est une ONG légale et «n’est impliqué dans aucune des opérations commerciales de CEFC Energy China».

Avec cette nouvelle affaire, la méfiance entre le Tchad et les Etats-Unis risque de grandir davantage. En septembre dernier, les relations entre les deux pays se sont déjà envenimées à la suite du «Travel ban»,  le décret signé par le président Donald Trump interdisant l’entrée des ressortissants tchadiens sur le territoire américain.

Pour rappel, en août dernier, la justice américaine avait condamné l’ancien ministre guinéen Mahmoud Thiam à sept ans de prison pour une autre affaire de blanchiment d’argent et de versement de pots-de-vin. Une affaire dans laquelle une autre entreprise chinoise avait été également impliquée.


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