Les Brèves de Ndjamena – L’Or du sang

Plus que le pétrole, l’Or au Tchad est devenu une malédiction, une arme de destruction massive.

Depuis que des gisements d’Or ont été découverts dans le Tibesti et le Batha, le malheur s’est abattu sur les tchadiens : assassinats, dépouillements et confiscation des biens d’autrui, conflits ouverts entre l’Etat et les orpailleurs, conflits inter-orpailleurs, conflits intercommunautaires, etc. Et toujours il se solde par la mort d’hommes. Le dernier conflit en date est celui de Miski dans le Tibesti, entre l’armée tchadienne et les habitants. Le conflit entre les locaux et l’armée était déjà latente, et il vient d’éclater au grand jour ; les raisons ? Les locaux acceptent mal que la région soit envahie par des milliers des orpailleurs, y compris des soudanais, centrafricains, sans aucune organisation administrative, ni retombées économiques ou financières et pire les « envahisseurs » occupent les oasis, les lieux de pâturage, les points d’eau et dégradent substantiellement l’environnement. En sus de cela, l’armée empêche même les locaux de s’occuper de l’orpaillage.

Le dernier conflit a occasionné des dégâts humains et matériels importants et toutes les garnisons de la région ont bougé vers Miski, en renfort, tandis que les locaux ont regagné les grottes. Le monarque de N’djamena serait dans tous ses états et se consumerait de tremblote car une révolte des Toubou ferait tomber le ciel sur sa tête, alors il aurait instamment demandé aux militaires d’éviter tout affrontement en attendant de trouver une solution.

Mais pourquoi l’Or du Tchad est devenu synonyme de mort et des conflits permanents ?
Parce que le pays est dirigé par une famille des brigands, la famille des Itno, pour qui toute ressource minière est la propriété exclusive des membres de cette famille. Une société informelle, hors cadre légal appartenant à cette famille est créée et dirigée par un neveu et beau fils, Kessou Oumé Dindima, ex DG des Douanes, qui a l’exclusivité d’exploiter l’Or dans les deux régions qui sont encadrées, surveillées et protégée par l’armée nationale, en dehors de tout cadre légal.

Le refus d’organiser et d’institutionnaliser l’exploitation de l’Or, à l’instar des pays de la bande sahélo-saharienne (Mali, Burkina, Soudan, etc.) est dû tout simplement au comportement anti national, apatride, prédateur, à l’envi pantagruélique de s’approprier les biens communs et le refus obstiné, sans honte ni pudeur, du partage de ces mêmes biens par la famille qui dirige le pays.

L’embrasement de la région est à craindre, car les orpailleurs et les locaux refusent d’obtempérer aux injonctions de l’armée, tant que des sociétés qui n’ont aucune existence légale et qui appartiennent à la famille au pouvoir, opèrent sans aucune restriction.

Les incidents de la semaine écoulée ont fait des victimes de deux cotés (militaires et habitants) ; pour les habitant c’est la goutte d’eau qui a fait débordée le vase. En effet la population locale vivait une situation quasi-occupation proche du nazisme, elle ne sait à qui s’adresser et où mettre la tête. Le mécontentement et les rancœurs couvaient depuis des mois ; aujourd’hui, c’est l’explosion générale et généralisée dans toute la région de Tibesti. Avant l’arrivée de l’armée tchadienne plus de 150 véhicules Toyota étaient amassés dans tous les ouadis et grottes de Miski ; les notables Toubou à MOURZOU (sud Libye) ont convié ce matin du 30/12/17 tous les ressortissants de la région à une grande réunion aux fins de secourir les frères encerclés par l’armée de DEBY à Miski.

D’autre part une délégation des cadres et des notables nigériens vient d’arriver au Tibesti ; elle a assisté aux premières réunions de concertation pour faire face à la situation nouvellement créée par l’amateurisme et l’appétit immodéré des biens matériels, de Deby.

Correspondance particulière
Bardaï – Tchad

 


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