IDRISS DEBY : le monarque en devenir – Ledjely

Il y a ceci de dangereux dans la gestion opaque et le pillage des ressources d’un pays que le fil qui sépare une crise économique et l’autoritarisme politique, est très tenu. La meilleure illustration de cette proximité se joue aujourd’hui sous nos yeux, à travers la fameuse quatrième république qu’annonce Idriss Deby Itno. Acculé par une crise consécutive à la chute du prix du pétrole, le président tchadien est dans l’obligation de réduire les dépenses de l’Etat. Et la meilleure idée qu’il trouve est de ramener tous les pouvoirs à son seul niveau, sans oublier bien sûr, de s’aménager deux nouveaux mandats lui permettant certainement de finir ses vieux jours sur le trône. Bref, en réponse à une crise économique dont il est grande partie responsable, le président tchadien se rêve en monarque. Mais des instances africaines aux chancelleries occidentales, on se borne à constater la dérive en perspective, comme si le sort du Tchad et des Tchadiens, tout le monde s’en foutait.

A l’issue du Forum national inclusif qui a pris fin le mardi 27 mars, il est préconisé que le Tchad s’oriente vers un régime sans premier ministre et sans vice-président. De même, il est envisagé que la Médiature de la République et le Collège de Contrôle et de Surveillance des Revenus Pétroliers soient supprimés. Par ailleurs, la Haute cour de justice, la Cour des comptes et le Conseil constitutionnel seront dorénavant de simples chambres de la Cour suprême. Mais il y en a qui trouvent que le nouvel attelage institutionnel ainsi dessiné est une innovation. Idriss Deby Itno lui-même, se moquant de l’intelligence collective, se borne à faire croire que la limitation à deux du mandat présidentiel qui passe de 5 à 6 ans, est un progrès. En fait, c’est une illusion et un gros mensonge. Si elle est entérinée, la mesure n’étant pas rétroactive, elle laisse la possibilité au président tchadien de se faire réélire respectivement en 2021 et 2027. A la tête du pays depuis le 28 février 1991, il pourrait donc être en place jusqu’en 2033 ! Le pouvoir à vie, c’est cela le premier objectif de cette pseudo-réforme.

Monarque ou empéreur?

L’autre objectif très lié à celui-ci, c’est la concentration de tous les pouvoirs entre les mains du seul président actuel. D’où l’idée de la suppression d’un chef de gouvernement et d’un vice-président. Cette tendance à tout ramener à sa personne est si manifeste ici qu’on se demande si le président tchadien ne se rêve pas en monarque ou empereur. Malheureusement, en dépit de l’évidence de la dérive en perspective et des risques sous-jacents, on en a qui sont résolus à l’accompagner dans mésaventure. Quant à lui, il justifie tout cela par la conjoncture économique et feint ainsi de se préoccuper du sort de ses compatriotes. Alors qu’il est en grande partie à la base de la misère qui tenaillent aujourd’hui les Tchadiens. En effet, si personne ne peut nier l’impact de la baisse du prix du pétrole et plus largement des matières premières, c’est néanmoins Idriss Deby qui, manquant de clairvoyance et d’anticipation, n’a pas su prévoir ce qui arrive aujourd’hui. Autrement, les excédents que le pays a pu dégager durant toutes les années où le pétrole rapportait des devises, auraient pu, s’ils avaient été judicieusement investis dans d’autres secteurs porteurs, soutenir l’économie en cette période de crise. Mais au lieu de cela, en quête d’une aura internationale que sa gouvernance ne pouvait lui offrir, il s’est érigé en gendarme sous-régional, prompt à déployer les troupes tchadiennes partout où il était nécessaire.

Et maintenant qu’il est coincé, il nous offre l’autoritarisme et le pouvoir à vie comme alternatives. Ce n’est pas acceptable !


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