La fuite en avant suicidaire de Deby

Ainsi, Deby a fait capoter les négociations de Tripoli. Il est apparu dès le début des négociations que les positions de la rébellion et celles des médiateurs soudanais et libyens sont très éloignés : La demande des rebelles est sans ambigüité : le départ de Deby ou à la limite le partage de pouvoir pour arrêter la mise à mort politique, économique et sociale du pays.

Kadhafi veut être celui qui a réconcilié les rebelles et Deby, être au centre d’une photo de famille, à droite Deby, à gauche les rebelles, tout le monde avec des larges sourires. Ce qui fait que le médiateur libyen trouvait tout négociable tant qu’on ne demande pas le départ de Deby. Le Soudan veut se séparer des rebelles de manière « soft », voudrait bien voir les rebelles à l’intérieur du Tchad, loin de ses frontières. Quant à la délégation de N’djaména, personne en réalité n’a demandé son avis. Composé des zélés opportunistes, des figurants et quelques rares partisans sincères de la paix, elle n’a pas eu droit à la parole. Les rares sorties d’un Adoum Younousmi ou d’un Bachir, c’est de la poudre. Les libyens traitaient directement avec Deby. Dès le début, il a été constaté la partialité criante du médiateur libyen. La position de la Libye a été constante : « c’est aux rebelles de faire des concessions, c’est aux rebelles de lâcher, rentrez au Tchad pour participer au développement du pays, etc. », telle a demeuré la ligne de conduite du « médiateur » libyen. Pire, le « médiateur » transmet directement certains propos de Deby aux rebelles, sans les filtrer à son niveau en tant que médiateur. Drôle de médiation ! Malgré les concessions et le lâchage de la part des rebelles, Deby est resté de marbre : Après presque trois mois de va-et-vient, Deby est revenu à ses premières positions : « le Soudan n’a qu’à récupérer ses armes et chasser les mercenaires de son territoire. » Exaspérés, les chefs rebelles ont claqué la porte au nez des libyens en signe de protestation et regagné leur base sans dire au revoir au médiateur, laissant derrière leurs délégations respectives. La porte n’est pas définitivement fermée, mais l’exaspération est là, d’autant plus que le moral des troupes est plus que jamais au beau fixe.

Les diplomates qui suivaient de manière très discrète mais très intéressée, ont été désagréablement surpris du fiasco final. La question est sur toutes les lèvres : « pourquoi Deby rate une occasion en or pour faire la paix ? » Certains sont même partis loin, en se posant la question, sur qui ou quoi, Deby compte pour exprimer un tel refus catégorique du dialogue ?

Il a été beaucoup spéculé sur les atouts actuels de Deby et sa position de force. Avec l’argent du pétrole, il a amassé une impressionnante quincaillerie de guerre, un trésor financier de guerre, autant impressionnant, il a le soutien agissant politique et militaire de la françafrique ; sous l’injonction de l’Union européenne, la cdpc a déposé les armes. Alors pourquoi Deby doit-il négocier avec des rebelles, de surcroit, divisés.

En vérité, rien de tout cela ne peut sauver le régime Deby. Tous les ingrédients politiques, économiques, sociaux, subjectifs et objectifs, sont réunis pour que ce régime ne survive plus longtemps. La Contradiction entre « le sommet qui ne peut plus continuer à diriger comme il l’a fait jusqu’à maintenant et la base qui ne peut plus continuer à vivre comme il le fait maintenant », est telle que, avec ou sans la rébellion armée, le régime ne peut plus continuer à survivre. Tous les mentors, à commencer par l’UE, sont fortement conscients de cet état des choses. Le concerné lui-même, malgré l’apparence, en est très conscient de la précarité de sa situation. D’ailleurs, quelque part, Deby, en refusant la paix à Tripoli, aura précipité la fin de son régime. D’abord, les chefs militaires des rebelles qui soupçonnaient « les politiques » de vouloir partager le gâteaux avec Deby sans vouloir résoudre les problèmes fondamentaux pour lesquels ils se sont rebellés, ont été soulagés de constater leurs positions et raisonnements confortés ; le moral est monté brusquement d’un cran dans tous les groupes ; de plus, la position de Deby sera un élément déterminant dans la stratégie d’unification de la rébellion. D’autre part, les Chefs militaires de Deby ont été fortement contrariés par la position extrême de leur Chef. Déjà le moral était au plus bas et le besoin de la paix très pressant. Avec l’échec des négociations, les désertions et le refus de mourir pour un individu au crépuscule de sa vie, seront désormais plus nombreux.
La fuite en avant de Deby est celle d’un homme qui se connaît malade, mal aimé, mal élu, entouré des vautours qui le croquent tel un cadavre, à chaque instant. Cette fuite en avant est surtout celle d’un homme foncièrement anti national, qui n’a jamais eu ni de l’ambition ni de la grandeur pour son pays et pour son peuple, égoïste dans l’âme et borné de l’esprit et qui a toujours considéré l’Etat comme un tremplin pour satisfaire tous les caprices matériels et immatériels dont il a été privé pendant son enfance.

Lors des premières élections plurielles, en 1996, un diplomate proche de Deby a posé la question suivante à ce dernier : « M. le Président, il y a un grand engouement populaire pour ces premières élections plurielles, il y a beaucoup des candidats de grosses pointures, au sud comme au nord ; quelle sera votre attitude s’il vous arrive de perdre ses éléctions ? » La réponse a pétrifié le diplomate, qui la répète jusqu’aujourd’hui à toutes les occasions, pourtant, il est proche de Deby : «Je vais déclencher une guerre civile », a-t-il répondu sèchement au diplomate. Ceci dénote la nature foncièrement inhumaine de l’individu et de son dédain pour la vie humaine. Deby est capable de sacrifier tous les tchadiens, pourvu qu’il reste Président et pour lui, chaque jour passé au perchoir est un jour de plus.

La position de fermeté et le refus d’un dialogue sain et salvateur pour le Tchad, sont des attitudes factices, qui ne se basent sur aucun élément objectif. Deby sait son pouvoir chancelant, au bout du souffle. Il sait aussi, contrairement à sa propagande, que les rebelles, débarrassés des éléments hésitants, sont plus que jamais décidés à en découdre. Selon des sources bien informées, jusqu’à fin 2004, Deby ne possédait ni un mettre carré, ni un franc en dehors du Tchad. Actuellement, selon les mêmes sources il a amassé pour lui et pour sa famille, une fortune financière et immobilière digne d’un Mobutu ou Marcos. D’ailleurs, il est en train de faire des démarches discrètes mais très actives pour récupérer les fonds déposés dans des comptes étrangers par et au nom de son fils assassiné à Paris. Avec le pactole qu’il possède, il animera la guerre jusqu’au souffle du dernier tchadien, avant d’aller s’installer, avec toute sa cohorte, tranquillement ailleurs, laissant un pays exsangue.

Malgré les agissements frénétiques de la françafrique et de l’EU pour sauver le soldat Deby, les tchadiens doivent se mobiliser pour sauver le Tchad, ils doivent empêcher par tous les moyens Deby de précipiter le pays dans le chaos et désolation pour uniquement assoupir ses folies de grandeur. Le peuple tchadien est capable de cet exploit, il suffit d’oser. Et il est temps d’oser pour le Tchad.

Mahamat Ahmat
N’djaména


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