Tchad : pourquoi la France est intervenue avec ses Mirage 2000 pour défendre Idriss Déby – publicsenat

La ministre des Armées, Florence Parly, sera auditionnée mercredi 20 février par les sénateurs de la commission des affaires étrangères. Elle expliquera l’intervention de la France, qui a volé au secours du régime autocrate d’Idriss Déby. Intervention justifiée, selon le sénateur Christian Cambon, par la présence militaire française et la lutte contre le terrorisme.

C’est un sérieux coup de main au Président du Tchad, Idriss Déby. L’armée française est intervenue entre le 3 et le 6 février contre une colonne de rebelles dans ce pays d’Afrique. Une intervention réalisée à la demande du pouvoir tchadien, menacé par des combattants de L’Union des forces de la résistance.

« Il s’agissait d’une colonne d’une cinquantaine de pick-up venus de Libye pour prendre le pouvoir à N’Djamena par la force », a expliqué mercredi devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian. Il a aussi évoqué une tentative de « coup d’Etat ».

La menace de « coup d’Etat » justifiait l’intervention, selon Jean-Yves Le Drian

La France a envoyé ses Mirage 2000. Les sept avions étaient épaulés d’un drone espion Reaper et de deux appareils de ravitaillement en vol C-135, selon le Canard enchaîné. Les avions de Dassault ont ouvert le feu. Une « vingtaine de frappe » a eu lieu, selon Le Monde. Pour rappel, la France dispose d’une base militaire depuis longtemps au Tchad. Son emplacement est d’intérêt stratégique pour Paris. Le commandement de l’opération de lutte contre le terrorisme Barkhane est situé à N’Djamena, la capitale tchadienne. Depuis 2014, la France a déployé quelque 4.500 hommes au Sahel dans le cadre de cette opération Barkhane.

« L’opération de déstabilisation du Tchad était engagée et nous avons répondu à la demande (d’intervention) du président Idriss Déby et empêché cette cinquantaine de pick-up du groupe armé UFR de pénétrer jusqu’à N’Djamena », a justifié Jean-Yves Le Drian, qui a fait le parallèle avec l’intervention française au Mali en janvier 2013 pour stopper une colonne de groupes jihadistes. « Il y a une demande écrite d’un chef d’Etat qui dit : je suis menacé par une intervention extérieure, ce qui est le cas, cela vient de Libye, ça traverse la frontière, ça rentre au Tchad. Et la volonté des acteurs, qui le disent publiquement, de faire un coup d’Etat, une intervention armée », a-t-il insisté. Autrement dit, l’intervention française a permis de maintenir le président tchadien, Idriss Déby, dont le pouvoir aurait été menacé par l’action des rebelles.

Entre la France et Idriss Déby, une vieille histoire

Ce n’est pas la première fois que la France intervient au Tchad. Elle l’a fait en 2006 et 2008, mais sans directement attaquer les rebelles. Cette fois, ce sont les forces armées françaises qui ont fait le boulot.

Pour le président LR de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, Christian Cambon, l’intervention de Paris est « totalement » justifiée et s’appuie sur un accord de 1976. « Le Tchad est soumis à de très nombreuses menaces. Il y a eu une colonne d’une cinquantaine de pick-up qui arrivait de Libye avec des représentants des partis d’opposition qui avaient manifestement la volonté de déstabiliser le régime d’Idriss Déby » souligne le sénateur du Val-de-Marne. Christian Cambon ne cache pas que la présence française est aussi un enjeu :

« Je n’oublie pas qu’à N’Djamena, nous avons une des bases françaises les plus importantes dans la région qui permet d’agir au Sahel et au Mali ».

Entre la France et Idriss Déby, c’est une vieille histoire. Comme le souligne, dans une tribune publiée par Libération, Marielle Debos, maître de conférences en sciences politiques à l’université Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense, le président tchadien a « lui-même (pris) le pouvoir par les armes en 1990 avec le soutien de la France ! »…

« Le jour où on aura le Califat, on dira « si on avait su » »
La France défend donc – et cherche à maintenir en place – un pouvoir non démocratique. Comme à chaque fois, la question se pose : la stabilité de la région et la défense des intérêts français justifient-ils une intervention française, qui plus est militaire ? Pour Christian Cambon, ça ne fait pas de doute. Il faut assumer cette realpolitik. « Je n’analyse pas la situation sous cet angle » dit-il, « on ne peut pas mesurer l’appui qu’on apporte à ces pays sous cet angle systématique qui consiste à regarder s’ils sont arrivés dans des conditions démocratiques ou pas ». Le président de la commission des affaires étrangères et de la défense ajoute :

« Je mets en garde quand on dit que ce n’est pas un régime démocratique. On parle à tout le monde. Sont-ils tous des parangons de démocratie ? Si on ne parle qu’aux régimes parlementaires, on ne parle qu’à l’Allemagne ou l’Angleterre… »

L’enjeu de la lutte antiterroriste justifie aussi l’intervention, ajoute le président de commission. « Nos troupes sont stationnées au Tchad pour assurer une mission sous mandat de l’ONU. J’y étais en décembre. Tout ce qui ressemble à une déstabilisation du pays met en danger nos propres forces » insiste le sénateur LR, qui craint que les jihadistes prennent le contrôle, si le pouvoir en place tombe. « Le jour où on aura le Califat, on dira « si on avait su, on serait intervenu » » lance le sénateur, « le Tchad est un de nos alliés dans la lutte contre le terrorisme et subit des pertes considérables dans le cadre du G5 Sahel, qui remplacera un jour notre présence ». Mais cette guerre pas comme les autres est encore partie pour durer quelques années…


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