Déclaration commune de l’opposition démocratique

Suite aux événements survenus dans le pays au courant de la première semaine de février 2019, les Partis politiques de l’opposition démocratique rendent publique la Déclaration suivante :

1- Depuis le 11 août 2018, le Tchad a malheureusement renoué avec le cycle des affrontements dont sont victimes, principalement les jeunes soldats et combattants, c’est-à-dire l’avenir de la nation. Du fait d’une politique hasardeuse persistante, ces jeunes ont par ailleurs perdu tout espoir dans leur pays.

2- C’est dans ce contexte que sont intervenus les tristes événements de ce début du mois, avec l’intervention de l’armée française, à la demande du gouvernement tchadien. L’aviation française a effectué des bombardements sur une colonne de 50 véhicules de rebelles tchadiens de la faction UFR (Union des Forces de la Résistance), à 500 kms à l’intérieur du territoire tchadien, selon les informations de source Française.

3- L’aviation française a effectué plusieurs sorties, durant plusieurs jours, au début de ce mois de février et l’armée française a affirmé avoir anéanti la colonne des rebelles dont un grand nombre a ensuite été fait prisonnier par l’armée tchadienne. Le nombre de victimes n’a fait l’objet d’aucune communication française ou tchadienne.

4- De ce qui précède, il est surprenant que l’aviation française ait mis plusieurs jours pour anéantir une colonne de 50 véhicules. Plus surprenant encore, le gouvernement tchadien n’a pas été en mesure de mobiliser l’armée tchadienne, pourtant réputée forte et redoutable, pour affronter les rebelles, et a dû recourir à une force étrangère pour se maintenir au pouvoir.

5- L’intervention militaire française dans ce conflit tchado-tchadien est politiquement inopportune, juridiquement incertaine et militairement disproportionnée. Elle suscite donc plus qu’une réprobation, une condamnation, et elle place de fait le gouvernement tchadien dans une position d’illégitimité et de dépendance absolue à l’égard de la France.

6- Dès qu’il a repris le contrôle de la situation, le gouvernement tchadien s’est lancé dans une série de déclarations guerrières pour menacer les partis politiques et les associations de dissolution, pour n’avoir pas soutenu le gouvernement. Cette méthode anti-démocratique aux allures de parti-état relève d’un passé à jamais révolu que les Tchadiens avaient oublié.

7- Faut-il le souligner, les partis politiques ont usé de leur droit d’expression conformément aux lois de la République. Les tenants du pouvoir dévoilent une fois encore leur penchant maintes fois exprimé pour la dictature, la pensée unique et le parti-Etat. Le pouvoir-MPS et son chef, M. Idriss Déby Itno, ont raté une opportunité pour tenter d’unir et de rassembler les Tchadiens. Au lieu de cela, ils ont insulté le peuple en marquant leur préférence uniquement pour les militants du MPS et leurs alliés.

8- Les Partis politiques de l’opposition réitèrent leur attachement aux valeurs républicaines fondées sur un Etat de droit respectueux des droits et des libertés individuelles et collectives. Il est fondamental de rappeler les dispositions pertinentes de la Constitution qui condamnent aussi bien la conquête du pouvoir par les armes, que le maintien au pouvoir par la force des armes.

9- Enfin, les Partis politiques de l’opposition réitèrent leur appel sans cesse renouvelé pour un dialogue inclusif qui reste plus que jamais d’actualité. Dans cette perspective, le rôle attendu de la France est de convaincre son allié et protégé Idriss Déby Itno d’organiser ce dialogue, au lieu de le soutenir militairement.

10- Les Tchadiennes et les Tchadiens sont invités à toujours plus de vigilance et de responsabilité pour barrer la route aux pourfendeurs de la République et aux adeptes de la pensée unique qui ont un seul but : le renoncement à la démocratie et le retour à une dictature implacable.

Fait à N’Djaména, le 21 février 2019
Pour les Partis politiques de l’opposition
Saleh KEBZABO


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