Les grandes manœuvres de Paris : Moussa Faki ou Succès Masra ?

Identifiés et gérés, le premier par la françafrique c’est-à-dire par le Foccart des temps présents, M. Le Truand, pardon, Le Drian, à savoir le guide spirituel de de Deby ; le second certainement par les lobbys des finances et des universitaires, Moussa Faki et Succès Masra semblent être les deux fers que les français ont mis au feu pour l’après Deby. Leur adoubement ne sont plus un secret pour tous ceux qui s’intéressent et suivent la politique française au Tchad. L’adoubement de Faki a été fait presque en public ce qui a jeté une ombre épaisse entre lui et son mentor Deby. Faki était obligé d’aller à N’Djamena pour « attraper les pieds » du général-président-sultan !

Un petit coup d’œil comparatif sur les parcours académiques, professionnels et politiques des deux heureux élus des français.
1. Succès Masra – Un parcours académique solide : PhD en sciences économiques à la Sorbonne, diplômé en finances et stratégie à Sciences Po, diplômé aussi en Leadership à Oxford et enfin à Desmond Tutu Leadership Fellow. En plus Succès Masra a à son actif plusieurs ouvrages dont le plus connu est celui coécrit avec le Député Béral M. Le GRAND: « Tchad, l’éloge des lumières obscures: du sacre des cancres à la dynastie des pillards psychopathes ». Succès Masra est le président de « Génération ABCD (Any Body Can Dream) », fondateur et Secrétaire Général du parti politique « les Transformateurs ».
2. Moussa Faki est détenteur d’un DES en droit publique et a travaillé au ministère de l’agriculture comme chef de service ; Il a été également chargé des cours à l’université du Tchad. Sur le plan académique, il n’y a pas match entre les deux. Sur la connaissance des rouages de l’État, de l’administration et des cadres tchadiens des 30 dernières années, Moussa Faki a une longueur d’avance avérée. Succès Masra n’a jamais travaillé dans l’administration publique tchadienne, il a fait sa carrière professionnelle à l’internationale, tandis que Faki a franchi toutes les étapes de l’administration tchadienne, allant du chef de service jusqu’au Premier Ministre et président de la Commission de l’Union Africaine.

Comment les deux chouchous des français se vendent à ceux-là?

Masra brandit le fait qu’il n’est mêlé ni de loin ni de près à la gestion du pays, il serait étranger aux crimes économiques et humains du régime MPS, il est au-dessus des clans, des tribus, des régions, son parti ratisserait large sur tout le Tchad. Masra aurait un projet de société et qu’il serait capable de remettre le pays sur ses pieds. Son projet est très alléchant et attrayant pour la jeunesse.

Les français se posent la question, et à juste titre, de savoir quelle serait sa capacité de se faire accepter par la partie septentrionale du pays. Serait-il capable de passer outre ces considérations en vigueur dans le pays ? Sa réponse à ses mentors : « j’ai un programme politique qui transcende les considérations géopolitiques, géo-ethniques, etc. » Chrétien, Masra enfant de N’Djamena, s’exprime bien en arabe local. Malgré tout, les français auraient beaucoup d’interrogations sur lui: sa capacité de faire l’unité du pays, de régler le problème des rébellions et surtout son manque d’expérience dans la gestion de l’État et le fait qu’il soit un parfait inconnu des tchadiens jusqu’à la création de son parti. Pour se calmer et s’assurer lui-même, il a déclaré à plusieurs reprises qu’il n’est pas l’homme des français. On aurait bien aimé le croire!

Quant à Faki, ce que beaucoup d’observateurs considèrent comme son handicap majeur, lui-même trouve cela comme atout principal que d’être l’homme des français et aussi une pure création du système MPS, le parti dont il est membre.

Recruté, en qualité de chargé de cours, par un ancien recteur de l’Université de N’Djaména pour assurer des TD à la Faculté de Droit et de gestion, il a présenté Faki à Deby et son entourage. Comme on dit, dès que son pied a été posé sur l’étrier, il a fait le reste. Faki est éloquent en arabe et en français, l’homme est cultivé, connaît la classe politique tchadien pour avoir été un membre actif du CDR ; il est un grand parleur, plaisant et un as en anecdotes qui font rire à gorge déployée jusqu’aux larmes le Boss ; Deby plongé dans sa sinistrose et ses ennuis légendaires a beaucoup aimé ses manières et tout de suite adoubé Faki. Il l’a nommé à tous les postes administratifs et politiques. Introduit dans la famille et proches de Deby, Faki s’est révélé malheureusement être un grand délateur et spécialiste des coups bas surtout vis à vis de ses ex-camarades du CDR mais aussi vis-à-vis de ses camarades de ce qui était la mouvance présidentielle des années 90. Il a procédé, par la délation, à nettoyer tout autour de Deby pour être aujourd’hui le seul de l’équipe des années 1990, exceptés quelques rares rescapés.

Moussa Faki aurait affirmé aux français qu’il est capable de faire rallier les rébellions et qu’il connaît personnellement tous les chefs des différents mouvements rebelles. En effet, Faki, une fois débarqué de la primature s’est exilé aux USA et s’est rapproché des rebelles du Darfour. Il a été même question qu’il les rejoigne, mais Deby, ayant appris cela par des informations savamment distillées par Faki lui-même, il l’a donc rapidement rappelé et depuis lors, ils sont devenus des bons alliés et confidents. Certainement pour se racheter, Moussa Faki a livré une guerre féroce, sur le plan diplomatique, contre la rébellion. Selon un témoin qui l’a accompagné à Khartoum lors des négociations entre les deux pays, Faki aurait fait des mains et des pieds pour que les soudanais extradent les chefs rebelles au Tchad et non au Qatar. Les soudanais auraient refusé net.

Comme autre atout, que brandit Moussa auprès de la françafrique, le fait qu’il aurait une proximité avec les cadres tchadiens de la zone méridionale. Il aurait vécu avec eux à Brazzaville et en Côte d’ivoire. Qui sont-ils, combien sont-ils, sont-ils vivants et en état de jouer un rôle politique ? Selon les spécialistes de la françafrique, les français s’interrogent sur les liens entre Moussa Faki et le chef soudanais des djandjawids. Contrairement aux spéculations sur la proximité entre Bichara Issa Djadallah avec ce djandjawid, c’est plutôt, du point de vue parental, Moussa Faki qui serait beaucoup plus proche de lui. Il a été observé beaucoup de contacts entre ce chef et les envoyés de Moussa Faki. Il ne faut pas non plus oublier que c’est ce Moussa Faki qui a opéré le rapprochement entre Deby et les djandjawids. Certains français se demandent carrément si Moussa Faki ne se prépare pas à vouloir prendre, par la violence, le pouvoir au cas où les français ne lui donnent pas la possibilité d’accéder au trône.

Pour sauvegarder leurs multiples intérêts au Tchad et perpétuer leur mainmise sur le pays depuis 120 ans, les Français peuvent continuer à spéculer sur X, Y, Z qui serait capable de faire le job. Et comme d’habitude, aveuglés par la protection de leurs intérêts, ils oublient ceux du Tchad et des Tchadiens qui feront sans nul doute capoter toutes leurs recettes concoctées dans les cuisines de l’État-major français et son appendice la DGSCE.

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad


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