L’hécatombe du Lac

Plus de 100 morts! Jamais, dans l’histoire récente du Tchad, au cours d’un seul combat, il n’y a eu autant des morts; même au Zaïre où il y avait eu plus de 400 morts, des morts dont le régime continue à nier. Certes les pertes humaines ont toujours eu lieu à toutes les batailles mais jamais à tel nombre.

Les moments d’intenses émotions passées, en dehors de toutes tendances complotistes, relevons quelques éléments troublants.

Ça devient redondant de dire que Boko Haram a été et demeure un fonds de commerce de Deby ; créé par les généraux nordistes nigérians mais lègué à Deby une fois que lesdits généraux étaient revenus au pouvoir. Le despote tchadien S’était servi donc largement , par l’intermédiaire des deux tchadiens et un nigérian de Boko Haram: trafic de drogue, trafic des armes, transfert des armes, téléphones satellitaires aux groupes terroristes de l’Afrique de l’Ouest; intermédiaire incontournable entre les bailleurs islamistes du Golf, le régime islamiste de Khartoum et les groupes terroristes de l’Afrique du nord, Deby a fait de N’Djamena un véritable hub pour les éléments de Boko Haram
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On se rappelle que pour réconcilier le secteur terroriste avec le Nigeria, Deby avait fait venir à N’djamena des éléments de Boko Haram dont les têtes avaient été mises à prix par le gouvernement fédéral. Ces éléments étaient logés, nourris et entretenus jusqu’à la lie avant de les accompagner sous bonne escorte dans leurs repères. Les terroristes avaient suffisamment du temps pour se familiariser avec les différents centres de décision qui pivotaient autour du Sultan.

Après les événements de la Libye, Deby semble avoir retourné de veste pour combattre le terrorisme international dans le cadre de G5 et l’opération Barkane. Mais c’est de la blufferie toute crue. Au contraire il s’est formé une nouvelle coalition dans le Lac pour la gestion de la nébuleuse terroriste : Deby, Barkane et les officiers nigérians.

Alors il est logique de se demander, pourquoi le déplacement d’un millier d’individus assaillants dans un rayon ne dépassant pas quelques dizaines de KM2 n’a pas été constaté, malgré les contacts tentaculaires que le régime a avec Boko Haram, avec des services des renseignements qui excellent dans les tractes des citoyens. 1er point troublant. S’agit-il vraiment du Boko Haram ou bien des éléments tchadiens qui dissimulent leur identité dans le BH?

La zone du Lac est une région des rebelles depuis 1990; même si une rébellion structurée n’est jamais annoncée depuis la fin du MDD, il y a toujours des hommes et femmes qui se sont extraits de l’ordre étatique et l’armée y est massivement présente. La cohabitation entre les locaux et l’armée a toujours posé problème et les plaintes sur le comportement des militaires qui agissent comme des mercenaires en zone d’occupation n’ont jamais attiré l’attention des responsables à tous les niveaux. En ce sens que tout ce qu’on peut imaginer de dérapage, d’humiliation, d’accaparement des terrains des locaux et de leurs biens domestiques etc…….sont restés souvent inaudibles au niveau de Ndjamena.

Les relations entre la population locale ont évolué en s’exaspérant d’autant plus que les chefs militaires nient, ignorent ou même piétinent les us et coutumes locaux. Une frustration généralisée est née et l’idée d’une structure d’auto défense a pris forme. Deby est au courant du phénomène mais comme le nom de Boko Haram est une source des revenus, de soutien, il a donné des instructions fermes pour qu’on ignore platement le mécontentement des locaux ni des jeunes qui pensent à d’autodéfense. Troublant!

Il y eut un temps où sous la responsabilité d’un ministre de La Défense originaire du Lac, un massif recrutement des jeunes ressortissants du Lac. Certains ont même suivi des formations spécialisées hors du Tchad; le ministre parti, les jeunes furent marginalisés et laissés sur les carreaux et ils disparurent dans la nature. En 2018, le régime a lancé un recrutement massif à l’endroit des ressortissants du Lac, la formation a eu lieu à Moussoro, les habitants de cette localité se rappellent bien du séjour de ces jeunes que la population s’amusait à les héler par « BH »! Que sont-ils devenus ces jeunes et pourquoi une formation destinée exclusivement aux ressortissants du Lac? Troublant!

Le carnage qui a eu lieu dans la nuit du dimanche 22/03 à lundi 23/03 est le plus troublant. Selon des témoignages recueillis, les militaires tchadiens ne se doutaient pratiquement pas des attaques de BH, tant celui-ci est réellement affaibli. Seules des attaques sporadiques de quelques dizaines personnes à l’intervalle de 2 à 3 mois se faisaient entendre de temps à autre. De ce fait, confiants, les militaires joueraient aux cartes (« arbatachare) jusqu’à 05h. Et ils sont partis dormir, et ce fut l’attaque : massive, coordonnée, professionnelle ( plus de 1000 hommes armés), le nombre des militaires tchadiens ne dépassant pas 200 ; donc Rien à voir avec des individus à bord de quelques motos ou des pneumatiques et qui tirent à l’aveuglette et s’enfuient aussitôt.

Selon des sources concordantes, les combats ont duré plus de 8h chrono; or ni les blindés lourds, ni les légers, n’ont aucune batterie en marche, ni des pneus en bon état, il en est de même pour les véhicules troupes aucune munition. Mais le plus troublant encore c’est l’absence de secours, ni renforts de la part des gouvernementaux moins encore du côté de « Barkane ».

Les tchadiens ont donc seuls résisté vaillamment jusqu’au bout. En rupture des munitions, des moyens de transport adéquat, épuisés, blessés, et point des portes de sorti, les survivants tchadiens se sont faits attraper et liquider. Les assaillants qui parlent correctement l’arabe tchadien et d’autres langues tchadiennes, ont pris leur temps de démonter toutes les armes sur les véhicules avant d’incendier tous les véhicules, surtout les automitrailleuses.

Le Gl Deby, mis au courant de l’attaque dès les premières heures à mis 24h pour informer l’opinion, faire un déplacement, verser des larmes de crocodiles et organiser la riposte, selon lui. Face à un BH ou tel, ragaillardi par sa victoire du 23 mars, avec des armes lourdes, Deby a choisi d’envoyer des centaines des militaires tchadiens dans des hors-bords, munis uniquement des armes légères. Bravo mon Gal de corps d’armée !!

Troublant !

Gloire éternelle aux braves tchadiens sacrifiés sur l’autel des intérêts égoïstes.

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad


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