Approximations – MT

La puissance militaire n’est jamais aussi efficace que quand on ne s’en sert pas. Ce principe, que doivent méditer amèrement les faucons du Pentagone, risque fort de perturber l’influence française en Afrique. L’incertitude qui règne au Tchad, couplée à l’ambiguïté de la position de la France, pourrait rapidement ébranler la légitimité française sur le terrain.

L’intervention de l’armée française de début février, qui a permis de sauver le régime du président Déby, n’a pas convaincu. Certes, les rebelles ont été repoussés. Mais les tergiversations initiales, qui ont vu le gouvernement en appeler d’abord aux accords de coopération militaire pour finalement se tourner vers le Conseil de sécurité de l’Onu, ont surpris. Il y avait certes un souci de parer toute initiative du blanc seing de la légalité, mais comment ignorer les tentatives préalables de négociations avec les rebelles ? Parallèlement, le traitement musclé accordé aux leaders de l’opposition tchadienne dès la retraite rebelle, et la timidité de la réaction du gouvernement français sur la question, ont choqué. Il ressort de ces signaux contradictoires une impression de dilettantisme, que l’efficacité de l’action sur le terrain peine à dissiper.

À cela s’ajoute le positionnement tricolore au cœur de l’Eufor, la force d’intervention européenne dont l’objectif est la pacification de la zone et la protection des civils. L’implication ambiguë de la France dans les combats fragilise considérablement l’action et la légitimité de la force conjointe, comme s’en est émue l’Allemagne. La France se retrouve en position de juge et partie, malgré tous les moyens employés pour justifier ses actes.

Les rebelles, renforcés et réarmés, annoncent une offensive imminente. Quelle conduite tenir pour la France ? Ne pas repousser l’assaut reviendrait à manquer de consistance et à réduire à néant les efforts passés. Mais intervenir à nouveau ne ferait que souligner la vanité de la tâche, difficile à justifier devant une opinion internationale échaudée. Le conflit n’est pas qu’une simple histoire de politique intérieure. L’implication soudanaise, et chinoise en toile de fond, lui apporte une toute autre dimension. Malgré l’accord de paix signé à Dakar le 13 mars entre les chefs d’État tchadien et soudanais, la guerre d’usure ne semble pas près de s’achever. La position d’Idriss Déby en resterait alors fragilisée pour longtemps. C’est plus que le Tchad qui est en jeu pour la diplomatie française. En cette époque de remise à plat des relations entre la France et l’Afrique, chaque erreur, chaque hésitation, peut être interprétée comme un signe de faiblesse. Des choix plus affirmés, et une communication plus claire, suffiraient pourtant à remettre de l’ordre dans ces approximations. Les événements à venir en offriront l’occasion.

Lucas Patriat


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