Comment le Gl Ahmed Kogri dirige la police politique de Deby

Officier de gendarmerie, Ahmed Kogri, né « Serge » de confession agnostique, est né à Faya dans le BET, d’un père légionnaire et d’une mère tchadienne.  Devenu plus tard « Ahmed “, il fit sa carrière dans l’ANT. Il fut affecté à l’Ambassade du Tchad à Paris, attaché militaire mais en même temps honorable correspondant de la DGCSE (service secret français). Ayant la nationalité française de même que son épouse, l’homme fut ensuite recruté officiellement comme officier de la DGCSE. Ce n’était donc pas un hasard si Jean Ives Le Druan, le ministre français de la défense ayant la tutelle de la DGCSE, avait suggéré à Deby de le nommer à la tête de l’ANS, la police politique de Deby ; ce qui fut fait avec l’accord tacite de la 1ere Dame qui est la nièce directe de son épouse.

Chef d’entreprise prospère (immobiliers, sécurité privée), la soixantaine bien entamée, l’homme est considéré étant tyrannique, colérique et surtout sans scrupules selon ses collaborateurs, il arrive à son bureau avec des 4×4 aux vitres teintées, il frise la paranoïa, ne recevant personne, ne tenant jamais une réunion, sauf avec des partenaires étrangers. Ses principaux directeurs désirant le rencontrer moisissent dans sa salle d’attente sans jamais être reçus, ils doivent traiter avec le Dircab. Le DG est calfeutré dans son bureau, une source dit qu’il passe sa journée à jouer aux jeux vidéo « ice breaker » ou « zuma » ou à visionner de vieux films western des années 60 ; quelques fois il pousse la chansonnette sur les aires de Joe Dassin ou Mike Brand. Les parapheurs qui s’entassent sur le bureau du Dircab sont détruits et brulés dans la cour après avoir passé quelques semaines sans jamais avoir été lus par le DG.

Un seul collaborateur qui trouve grâce aux yeux de Mr Ahmed Kogri est Yadia Deka, le directeur de la lutte anti-terroriste et responsable des interrogations musclées des détenus, il est chargé de superviser les prisons et veiller à l’exécution des ordres du DG dans les locaux de l’ANS. Les prisonniers sont au nombre de 274 actuellement et repartis dans 3 sites de détention dissimulés à travers la ville de Ndjamena.

-Le 1er site est à la Direction générale où sont détenus en secret Tougout Abosoulo et Souleymane Mahamat Delio ; Tougout est placé dans une cellule de 2mx2m, à l’isolement total ; malade, il n’a jamais vu un médecin, l’audition musclée suivie de 2 séances de « high power treatement » (électrocution), l’ont fait perdre 20kg. Signalons que Tougout et S.M. Delio sont les menus fretins arrêtés dans le cadre des cargaisons de drogue saisies à Ngueli, mais récupérées et acheminées par les généraux commanditaires en Libye et Égypte via Faya. Les vrais commanditaires de la drogue sont libres, c’est la nomenklatura qui gravite autour de Deby, intouchables. Outre les deux précités il y a aussi d’autres anciens agents de l’ANS, à savoir Hussein Mahamat Hassan et Mahamat Sougui, alias Mahamat Nahar, Chef de service aux relations publiques de l’ANS
-La 2eme prison est réservée aux rebelles de l’UFR et du CCMSR. A leur arrivée sur le site, leurs geôliers auraient dit en ricanant « Bienvenu au camp Boiro” (le tristement célèbre camp de la police politique de Guinée au temps du feu président Ahmed Sékou Touré). C’est sans doute le pire des sites de détentions et n’a d’équivalent que la fameuse « piscine » de la DDS sous l’ancien président Hissene Habré : maladies (gale, variole, tuberculose), faim, menaces et brimades sont les plats quotidiens.

-Le 3e site est le plus mystérieux et le plus insoupçonné : il n’a qu’un seul locataire, il y est depuis 9 ans, attention, révélation exclusive, il s’agit du colonel Adouma Hassaballah Djadda-Alrahab vice-président de l’UFR, mystérieusement disparu à Addis Abeba en 2010. Considéré comme mort depuis plus 10 ans par sa famille et ses camarades de lutte, Adouma Hassaballah croupit donc dans une villa située en face de la CBLT, non loin de la place de la grande armée. Malade de diabète depuis toujours, Adouma est aujourd’hui méconnaissable, son maintien au secret est le secret le mieux gardé de l’ANS. Gardé par une section de 17 soldats, Adouma n’a pas vu le soleil depuis 9 ans. Mais Adouma résiste. Nous reviendrons ultérieurement sur le cas spécifique d’Adouma Hassaballah.

Quant aux autres détenus « ordinaires » ils sont assez hétéroclites : des clandoman, des agents de l’ANS, et le chef du service de surveillance de la ville de Ndjamena qui eut le tort d’être l’amant de Madame Kogri ; des employés de l’entreprise « Star Security, » l’entreprise de Mr Kogri ; un fabricant de nattes en plastique ; 2 aliénés mentaux, etc. le plus récemment arrêté à 2 ans de détention.

Le récent papier publie sur les réseaux sociaux qui fit des révélations sur les détenus de l’ANS n’a nullement ébranlé le générale Kogri. Au lendemain de la publication il aurait dit : « qu’est-ce que vous voulez que ça me foute, le président lui-même est venu 4 fois visiter mes prisonniers, il a vu comment ils sont et il ne m’a rien reproché, il a au contraire dit : « les gars de Timan là, il faut bien les serrer » ! j’ai la confiance de mon chef, les gens peuvent toujours beugler, je m’en fous ».

En février 2019, lorsque l’UFR de Timan Erdimi traversa la frontière dans l’intention de marcher sur Ndjamena, c’est Ahmed Kogri qui souffla à Deby l’idée de demander l’aide de « Barkane. »  Il fut remercié, pour cette lumineuse idée, en le gratifiant le grade de Gl de corps d’armée.

L’opinion nationale ne donne pas beaucoup d’importance à Mr Kogri qui est un homme complètement inconnu du grand public mais il est le principal centre de gravité du dispositif français au Tchad de concert avec tous les hauts responsables ayant la nationalité française. Il transmet donc régulièrement des rapports top secret concernant l’équilibre de forces des différents prétendants intérieurs et extérieurs au fauteuil présidentiel, directement à sa haute hiérarchie et reçoit en retour des instructions précises. Passant pour quelqu’un ayant la tête d’un idiot et ignorant des carcans de la société tchadienne, Mr Kogri passe à disséquer les dossiers sensibles avec ses deux principaux interlocuteurs : la 1ère Dame et le Gl Cdt de l’opération Barkane.

 Philby


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