« Quand on a le Pouvoir, on s’en sert » – dixit Daoussa Deby

Même si l’auteur de cette théorie n’est plus en odeur de sainteté avec son frère, il est clair que la théorie elle-même a été solidement et durablement ancrée, sans honte ni pudeur dans les mœurs du régime MPS et dans la politique de la gestion de la chose publique. Ainsi tous les postes « juteux « , c’est le terme utilisé pour désigner les régies qui font des recettes, sont systématiquement identifiés, classés et octroyés aux membres de la famille, de la belle-famille et aux griots. Une fois le poste identifié et octroyé, l’heureux bénéficiaire n’a des comptes à rendre qu’à sa propre personne, n’a aucun supérieur, ni de tutelle; et comme souvent les heureux bénéficiaires sont des semi-analphabètes, la gestion est à l’image de leur personnage: détournements, gabegies, népotisme, etc.

Les biens publics sont utilisés comme des biens privés ou personnels: multiples voyages qui n’ont rien à voir avec la fonction, séjour dans des palaces étrangères accompagnées des filles des mœurs douteuses, gaspillage dans les soirées dansantes, « chekittines, » etc. Et le plus ahurissant c’est que, grâce à cette manne frauduleusement acquise et avec la complicité des affidés nommés au cadastre et aux domaines, ces nouveaux enfants gâtés, se sont faits octroyer des immeubles et domaines de l’Etat, des sociétés publiques, des maisons appartenant à des citoyens ou étrangers ayant quitté le Tchad lors des événements de 1979, etc.
Conséquences logiques de cet état des choses, deux situations apparaissent :

1 – certaines sociétés déposent le bilan, en faillite mais personne ne demandera les causes de la faillite, ni un état des lieux. Le responsable de la société en question s’approprie ce qui reste de la société et quitte les lieux en attendant d’être nommé à un autre poste; c’est le cas de Toumaï Air Tchad, géré par le fils de Deby, celui des cimenteries de Baore géré pendant 9 ans par le fils de Timan Deby. Les cimenteries de Baore sont en cessation de paiement, et le directeur, premier responsable de cette situation, vient d’être remplacé, sans lui demander aucun compte! C’est le cas aussi de la direction des travaux présidentiels; personne ne connaissait ni la structure de cette direction, ni ses compétences, moins encore son domaine d’action ; tout ce qu’on savait, est que cette direction, dirigée par un des fils de Deby gérait toute la manne pétrolière. On a appris que la direction a été supprimée et le fiston nommé à un autre poste.
2 – Certaines sociétés ou établissements résistent à la faillite face à la gestion peu orthodoxe des membres du clan, alors elles deviennent du coup les vaches à lait de la nomenclature, propriétés de celle-ci. Les membres du clan se succèdent à tour de rôle, la durée du temps de séjour est inversement proportionnelle à l’accumulation des biens détournés. Personne ne demande des comptes ou du bilan au sortant, ni le rentrant ni d’autres services de l’Etat. Souvent il est intimé l’ordre au nouveau rentrant de fermer les yeux sur la gestion de son prédécesseur. Il en est ainsi aux douanes dont les 7 derniers sont tous sans aucune exception membres de la famille Deby ; du TPG ; de la fiscalité pétrolière ; du BNF ; de l’Onape, de la STH, de la Raffinerie, de la Cnps, de la réserve stratégique, du dirsaf (militaire), du Dir- Essence (militaire), de la Dafm (présidence), Direction générale des Impôts, du service « handling » de l’aéroport etc., et des nombreux autres postes des recettes à N’Djamna ou dans les provinces. Il en est ainsi depuis 30 ans. Dans cette course acharnée à l’enrichissement illicite par la privatisation des régies financière de l’Etat, la branche Mahamat Itno, très présente au début du règne et dont certains membres ont joué un grand rôle dans « l’Itnonisation » du pouvoir, est un peu marginalisée, seuls les rejetons des victimes directes de la DDS, sont toujours dans la mangeoire, tandis que deux ou trois éléments du clan Mahamat gèrent les sociétés appartenant aux Deby.
L’accaparement des postes « juteux « par le clan Deby et alliés n’a pas pour but d’enrichir uniquement les titulaires mais aussi et surtout de satisfaire l’appétit pantagruélique en argent du monarque Deby: ainsi par semaine les douanes, le BNF, le Handling et le trésor, remettent des sacs remplis des grosses sommes d’argent au Palais, aux mains propres du monarque.

Qu’en est-il de l’auteur même de la théorie de la privatisation de l’Etat au profit du clan? Daoussa Deby est en froid avec son frère de président certes, mais cela ne l’empêche pas de continuer à gérer paisiblement son vaste empire acquis par des traîtrises suivies des assassinats, des détournements, etc

La gestion calamiteuse de Deby est sans commune mesure dans les annales de la République même peut-être dans toute l’Afrique y compris dans les sinistres républiques bananière à l’image du Tchad. Comme dit un proverbe local , « il faut bien nourrir l’unique vache laitière du village sinon affamée elle va trépasser. » A quand la mort subite du Tchad aux mains des brigands atteint de cécité ?

Que le Seigneur sauve et protège le Tchad et les tchadiens.

Mahamat Ahmat
N’djaména -Tchad


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