Tchad: au moins deux morts dans une tentative d’arrestation d’un opposant – TV5

Deux personnes ont été tuées et cinq blessées dimanche à N’Djamena, lors d’une tentative d’arrestation d’un opposant, candidat déclaré à la présidentielle du 11 avril au Tchad face au président Idriss Deby Itno, au pouvoir depuis 30 ans, a annoncé le gouvernement.

« Il y a eu deux morts et cinq blessés, dont trois parmi les forces de l’ordre », lors d’une tentative d’interpeller l’opposant Yaya Dillo Djerou à son domicile de la capitale tchadienne, a indiqué dans un communiqué Chérif Mahamat Zene, porte-parole du gouvernement.

Ancien chef rebelle, Yaya Dillo Djerou avait rallié en 2007 le président Déby, dont il est devenu ministre avant d’occuper plusieurs postes de conseiller à la présidence de la République. Il fut ensuite représentant du Tchad à la Commission des Etats de l’Afrique centrale (Cémac) jusqu’en 2020.

Il est sous le coup de deux mandats d’arrêt, délivrés après une plainte en 2020 pour diffamation et injures envers la Première dame Hinda Déby Itno. M. Dillo avait notamment dénoncé une convention signée entre celle-ci et le gouvernement dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de coronavirus.

Il a déposé vendredi sa candidature à la présidentielle du 11 avril, à laquelle le président Deby brigue un nouveau mandat, et réclame désormais un changement de régime.

« Suite à un refus systématique depuis 48 heures de M. Yaya Dillo, appuyé d’un groupe de personnes armées, de répondre à deux mandats judiciaires », celui-ci « a vertement défié l’autorité de l’Etat en opposant une résistance armée », a expliqué le porte-parole du gouvernement.

« Les forces de défense et de sécurité (…) ayant essuyé des tirs d’armes » venant du domicile de l’opposant, elles « n’ont pas eu d’autres choix que de riposter en légitime défense », a-t-il affirmé.

« Le gouvernement condamne avec la dernière énergie cette rébellion armée au cœur de la capitale, qui n’est qu’une tentative de déstabilisation des institutions de l’Etat fomentée de longue date », a-t-il poursuivi.

– Coupure d’internet –

Dans la nuit, Yaya Dillo, qui est également le neveu du président Deby et appartient à la même ethnie, les Zaghawas, avait indiqué sur sa page Facebook que son domicile était encerclée par l’armée et la police.

« Ils viennent de tuer ma mère et plusieurs de mes parents », a-t-il écrit quelques minutes plus tard. « Un blindé a enfoncé ma porte principale. La lutte pour la justice doit continuer pour sauver notre pays. (…) Mes chers compatriotes, levons nous! », a-t-il conclu dans un dernier post publié au lever du jour.

Ces informations n’ont pu être confirmées de source indépendante et les autorités n’ont pour l’heure pas donné suite aux sollicitations de l’AFP. Dimanche après-midi, on ne savait pas si M. Dillo avait effectivement été arrêté.

Internet et les réseaux téléphoniques étaient très perturbés à N’Djamena.

Des blindés et militaires quadrillaient les axes menant au domicile de Yaya Dillo, dans le quartier Karkandjie, interdisant le périmètre aux piétons, a constaté un journaliste de l’AFP.

Trois chars étaient également positionnés autour de la maison de M. Dillo. Mais, dans le reste de la ville, la vie suivait son cours.

– Manifestations interdites –

Depuis plusieurs semaines, le gouvernement interdit systématiquement, car « susceptibles d’occasionner des troubles à l’ordre public », toute manifestation de l’opposition et de la société civile qui réclament l’alternance et plus de justice sociale.

Les interdictions « depuis trois mois » des manifestations « sur le territoire entier (…) sont des restrictions non nécessaires et disproportionnées du droit à la liberté de réunion pacifique », a estimé début février Abdoulaye Diarra, chercheur Afrique centrale à Amnesty International, dénonçant également des « arrestations arbitraires ».

« Tout cela confirme un rétrécissement de l’espace civique au Tchad à l’approche des élections », a-t-il ajouté.

« Chaque Tchadien et Tchadienne est tenu de respecter les lois du pays. Quand vous vous mettez en travers de la loi, ne vous étonnez pas. Vous n’êtes pas au-dessus de la loi », a pour sa part averti jeudi M. Déby: « Je n’accepte pas le désordre ».

Yaya Dillo « paie un prix lourd, mais chacun de nous va continuer à payer ce prix lourd. Ceci est révélateur du fait que ce pays est totalement malade », a réagi sur Facebook l’opposant Succès Masra, leader du parti Les Transformateurs, resté près d’une semaine réfugié dans le périmètre de l’ambassade des Etats-Unis pour échapper à la police lors d’une marche le 6 février, jour de l’investiture par son parti de la candidature de M. Déby à un sixième mandat.


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