Mounira, une nouvelle griffe africaine – Libération

Surnommée «la Panthère douce», la Tchadienne, lauréate du prix Découvertes RFI, chante ce soir au New Morning

Mounira Mitchala a une chance de faire sortir le Tchad de l’anonymat culturel. Elle vient de remporter le prix Découvertes RFI, une récompense importante pour les jeunes talents africains, avec plusieurs milliers d’euros destinés à financer une tournée et une campagne de promotion – dont ont déjà bénéficié les Maliens Amadou et Mariam, Rokia Traoré, ou l’Ivoirien Tiken Jah Fakoly.

Le jury, présidé par Salif Keita, a été conquis en vingt minutes, ainsi que le stade de Conakry, où elle se produisait, par cette voix douce qui raconte les drames et maux sociaux d’un pays musicalement méconnu. Mounira, 28 ans, a d’autres atouts : allure princière, coiffure peule recherchée, tatouages au henné sophistiqués.

Mounira veut dire «illuminée, radieuse», en arabe. Elle s’est fait remarquer dans un rôle de muette dans Aboun Una, film de Mahamat Saleh Haroun, présenté à la quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2002. Elle a aussi fait du théâtre en 1996 («C’était pour vaincre ma timidité») et participé au projet international African Divas, du DJ electro-world Fred Galliano. «Cela m’a permis de connaître d’autres styles, la musique électronique bien sûr, le rap. Mais je préfère la tradition avec un peu de modernisme», note-t-elle.

Son chant mélodieux, lancinant, la rapproche davantage des voix arabes, que de celles du Sahel, plus vigoureuses. La presse tchadienne la surnomme «la Panthère douce». Mounira Mitchala, «panthère», en langue bidia, appartient à cette ethnie, aux confins du Guéra, région située au centre d’un pays où elle a peu vécu. Née dans la capitale N’Djamena en 1979, année d’une guerre civile sanglante, Mounira a quitté le Tchad à 1 an, suivant son père parti étudier en Allemagne, où elle a grandi. Elle va ensuite au Nigeria, où s’est exilé son père durant le régime de Hissène Habré, jusqu’au début des années 90.

Dans son premier album, Mounira chante des ballades claires sur l’unité de son pays, la paix. Dans la chanson Talou Lena, qui donne son titre au disque, elle évoque le Darfour. «J’y fais un rêve d’enfants qui s’amusent, de gens qui se saluent respectueusement, des choses normales ailleurs.» Elle chante aussi l’amour, celui d’«une femme qui a réussi à épouser l’homme qu’elle aime, parce que chez nous, les mariages restent encore le plus souvent forcés».


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