Tchad : activités du CICR de janvier à mars 2008 – CICR

Avec l’arrêt des combats dans l’est du Tchad, les personnes déplacées commencent timidement à rentrer chez elles. Le CICR continue son action en faveur des populations vulnérables, dans un climat d’insécurité pesant, notamment en raison du nombre important d’actes de banditisme.

Situation humanitaire

L’évolution vers des affrontements armés plus fréquents entre les groupes d’opposition armée et l’armée régulière constatée fin 2007 s’est confirmée début 2008, atteignant son point culminant en février dernier avec l’assaut mené contre la capitale tchadienne et les violents combats qui ont secoué N’Djaména les 2 et 3 février 2008.

Depuis l’arrêt des combats, la situation est redevenue progressivement plus calme, même si l’avenir demeure incertain.

Le retour des organisations humanitaires à l’est du Tchad devrait permettre de répondre de manière adéquate aux besoins des personnes déplacées. Cette région est régulièrement la proie de conflits intercommunautaires très localisés (notamment dans la zone située au nord d’ Adré), mais qui provoquent de nombreuses victimes civiles, car l’absence des autorités et la faible présence des organisations humanitaires font qu’il est difficile de prévenir les violences et de faire face à leurs conséquences.

Comme les mois précédents, la criminalité et le banditisme de grand chemin sont un facteur qui a pesé plus lourd sur la sécurité du personnel humanitaire que le comportement des parties au conflit.

Malgré cette situation volatile, des civils commencent à revenir dans certaines localités, soit pour y séjourner de manière temporaire (va-et-vient entre les sites pour déplacés et les villages d’origine), soit dans l’espoir de pouvoir effectivement se réinstaller chez eux. En même temps, il est à prévoir que de nombreuses personnes déplacées ne souhaiteront pas ou ne pourront pas rentrer chez elles en raison du climat d’insécurité, et qu’elles se poseront la question de leur intégration socio-économique sur les sites d’accueil.

Enfin, les restes explosifs de guerre continuent de représenter un danger pour les populations civiles, particulièrement pour les enfants, et des cas de blessures dues à une explosion continuent d’être régulièrement rapportés.

Distribution de vivres et d’articles ménagers essentiels


La volonté de soutenir les initiatives prises par les victimes des conflits pour subvenir elles-mêmes à leurs besoins est au cœur de l’approche du CICR en matière d’assistance. L’institution prête une attention toute particulière aux mécanismes de survie et au mode de vie des communautés afin de trouver avec celles-ci les solutions les plus à même de répondre à leurs besoins.

En janvier 2008, 60 familles du village d’Abou Goulem, dont les maisons avaient été détruites lors des affrontements entre des groupes armés d’opposition et l’armée tchadienne en novembre 2007, ont reçu une assistance sous forme de bâches, couvertures, ustensiles de cuisine et nattes, qui leur permet de disposer d’articles de base pour se réinstaller.

En février 2008, à la suite d’un afflux de réfugiés en provenance des villages soudanais de Seleia, Abu Suruj et Sirba, le CICR a procédé à une distribution d’urgence d’articles et d’ustensiles de ménage en faveur de quelque 5 120 personnes qui avaient trouvé refuge à Birak, dans la région du Dar Tama. Cette distribution a permis aux nouveaux arrivants de pouvoir s’organiser en attendant d’être pris en charge et transférés vers les zones d’assistance par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR).

Afin de soutenir la production agricole, non seulement des familles déplacées, mais également des familles locales et des personnes rentrées dans leurs villages, le CICR a remis, en mars, du matériel d’irrigation et des outils agricoles à quatre groupements maraîchers de Dogdoré, un site abritant près de 30 000 personnes déplacées. Cette assistance a pour but d’améliorer l’irrigation des parcelles agricoles.

En février et mars 2008, 29 auxiliaires vétérinaires ont été formés à Goz Beida et Iriba. À la fin de leur formation, ils ont reçu un assortiment de médicaments et du matériel pour le traitement du bétail, afin de pouvoir faire face aux besoins de près de 1 450 familles dépendant de l’élevage pour leur survie. Le CICR a par ailleurs soutenu les vaccinations de bétail réalisées par les services vétérinaires tchadiens et distribué du matériel nécessaire au traitement des pathologies animales (médicaments, bistouris etc.)

Approvisionnement en eau potable

Le CICR a poursuivi ses activités pour que la population des zones urbaines et rurales touchées par le conflit ait un meilleur accès à de l’eau de qualité, en quantité suffisante. Ces activités sont menées en étroite collaboration avec les autorités tchadiennes.

Ainsi, le CICR a achevé la réhabilitation de 12 puits à ciel ouvert dans la région de l’Assoungha (Arkoum, Goz Baggar, Todoma et Alacha) et à Adré, permettant à près de 24 000 personnes de disposer de suffisamment d’eau pour couvrir leurs besoins quotidiens.

Le deuxième générateur du forage d’Adé a été réparé afin d’en augmenter le débit. Les huit bornes fontaines attenantes, utilisées par près de 13 000 personnes (déplacés internes et population locale) ont également été réhabilitées.

Amélioration de l’approvisionnement en eau des structures sanitaires

À Adré, où l’établissement d’un relevé topographique du système d’alimentation en eau potable a débuté, le CICR a donné du matériel de plomberie et de raccordement hydraulique au comité qui assure la gestion du réseau hydraulique.

En outre, les ingénieurs du CICR ont poursuivi leur évaluation des systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement des structures sanitaires soutenues par l’institution, tels l’hôpital de la Liberté de N’Djaména et l’hôpital d’Abéché. Pour rappel : un système temporaire d’approvisionnement en eau avait été mis en place à l’hôpital d’Abéché pour pouvoir prendre en charge les blessés de guerre, à la suite des combats de novembre 2007. Afin que l’approvisionnement en eau soit suffisant en cas d’afflux importants de blessés, de même qu’en cas de coupures prolongées, le CICR est en train de mettre en place un système alternatif d’alimentation en eau, avec une pompe submersible et un générateur.

Les travaux de réhabilitation des latrines et des douches du centre de santé de Borota (Assoungha) ont été achevés. Ce centre assure la couverture en soins de santé primaires d’environ 20 000 personnes : familles déplacées, population locale, mais également personnes rentrées dans leur région d’origine.

Assistance aux blessés de guerre

Les combats ayant perturbé le fonctionnement des principales structures sanitaires de N’Djaména, le CICR a mobilisé deux équipes chirurgicales pour assurer la prise en charge adéquate des personnes civiles et des combattants blessés. Le CICR a également fourni du matériel chirurgical et des kits de pansements à six structures médicales qui portaient assistance aux blessés dans toute la ville. Selon les estimations du CICR, un millier de personnes ont été blessées lors de ces combats.

Amélioration de la santé maternelle et infantile

L’équipe médicale du CICR apporte un appui structurel (constructions etc.) et matériel (médicaments, pansements etc.) à quatre centres de santé situés dans l’Assoungha. La santé maternelle et infantile étant l’un des domaines où des besoins pressants ont été constatés et où l’accès limité à des spécialistes semble présenter le plus de risques pour la santé, le CICR offre une formation de base aux matrones et accoucheuses traditionnelles. Cette formation a pour but de limiter les risques encourus par la mère et l’enfant lorsqu’ils sont pris en charge et de permettre à celles qui sont directement en contact avec les femmes et les communautés de reconnaître les situations où leurs patientes doivent être envoyées dans un centre de santé.

Le CICR a formé 78 accoucheuses traditionnelles dont 33 sont à présent aptes à assumer leur tâche. Ces femmes ont reçu un kit de prise en charge pour les accouchements ; elles bénéficieront d’un suivi et recevront des formations complémentaires.

Protéger la dignité et l’intégrité des populations civiles

En l’espace de trois mois, le gouvernement et les groupes armés d’opposition se sont affrontés à deux reprises, ce qui a entraîné un grand nombre de détentions et de captures de combattants.

Au Tchad, les équipes du CICR ont poursuivi leurs visites dans 71 lieux de détention : près de 4 000 détenus ont ainsi reçu la visite de délégués du CICR, qui se sont entretenus en privé avec eux et ont assuré le suivi individuel de plus de 500 d’entre eux. Le but est d’évaluer la situation et de formuler des recommandations aux autorités pour améliorer les conditions de détention et le traitement réservés aux personnes privées de liberté.

Les combats de novembre 2007 et février 2008, malgré leur intensité, ont causé relativement peu de victimes civiles. Le CICR poursuit néanmoins son dialogue avec les parties au conflit au sujet de la situation des civils et des mesures à prendre pour les préserver du conflit. La sécurité et les mécanismes de prise en charge des populations vivant à l’est du Tchad sont également des sujets abordés dans le cadre de ces entretiens bilatéraux.

Aide aux familles dispersées pour rétablir ou garder le contact

La recherche de personnes et la distribution de messages Croix-Rouge se sont poursuivies dans les douze camps de réfugiés soudanais situés à l’est du Tchad. Ces services permettent aux familles dispersées de maintenir ou de rétablir le contact et, lorsque c’est nécessaire, de réunir avec leur famille des enfants séparés de leurs proches ou non accompagnés. Le CICR continue d’assurer le suivi de 417 cas d’enfants séparés ou non accompagnés.

Après l’interruption des communications téléphoniques lors des combats de février 2008, le CICR et la Croix-Rouge du Tchad ont mis en place un service permettant aux habitants de N’Djaména de contacter leurs proches résidant à l’étranger, afin d’échanger des nouvelles à caractère strictement familial. Plus de deux cent personnes ont ainsi pu communiquer avec leurs familles auxquelles elles n’avaient pas pu parler depuis près d’une semaine.

Prévenir les violations du droit international humanitaire

Des équipes du CICR ont poursuivi leurs efforts visant à faire connaître l’institution ainsi que les règles du droit international humanitaire qui protègent les civils en temps de conflits armés. Des séances d’information destinées à des soldats, gendarmes, policiers, chefs traditionnels, étudiants, autorités politiques etc. ont été régulièrement organisées tant à N’Djaména et Koundoul que dans diverses localités de l’est du Tchad.

D’autre part, le CICR a continué à soutenir les efforts des autorités tchadiennes visant à intégrer le droit international humanitaire dans la législation nationale, la pratique et les procédures des forces armées et de sécurité.

Avec le concours du ministère de la Défense, le CICR a ainsi pu former en droit international humanitaire 27 instructeurs de l’armée nationale, de la gendarmerie et de divers services de sécurité tchadiens.

Coopération avec la Croix Rouge du Tchad

Le CICR a continué à soutenir la Croix-Rouge du Tchad dans ses activités de préparation à la gestion des catastrophes, de diffusion des principes fondamentaux et de rétablissement des liens familiaux.

La Croix-Rouge du Tchad a joué un rôle déterminant dans la récupération et l’inhumation des dépouilles mortelles lors des combats de février, permettant ainsi d’éviter la propagation de maladies. Comme lors des affrontements armés de novembre et décembre 2007, les volontaires de la Croix-Rouge du Tchad sont intervenus de manière efficace pour secourir les personnes blessées en toute impartialité et les acheminer vers les structures sanitaires qui fonctionnaient encore dans la capitale.


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