Deby persiste

Lors de sa rencontre avec les partis membres de la CDPC, Deby répétait invariablement que le Tchad est victime d’une agression des arabes, des islamistes, de la ligue arabe, de l’arabisme, etc. Aucun des participants n’a repris ces termes, moins encore en fait les siens ; mais personne non plus n’a objecté. Deby a monologué. Sur ce terrain, Deby joue vraiment en solo : aucun tchadien, même ses plus proches collaborateurs, ne répercute cette campagne, même pas le perroquet national (Min intérieur), qui ne pipe mot.

Il n’est trouvé personne, dans l’entourage de Deby pour lui dire que ce thème n’est pas du tout porteur, au contraire, il est indécent en soi-même, ridicule pour sa personne (son protecteur principal est arabe !), frustrant pour la communauté arabe tchadienne et sans réel impact pour la communauté internationale, particulièrement les pays et la Ligue arabes qui en rigolent éperdument.

Le Tchad est arabe, arabophone et arabisant majoritairement ; en tout cas très loin devant le Soudan. L’islam est rentré au Tchad vers le 9ème siècle, les arabes sont venus au Tchad avant la plupart des communautés qui peuplent aujourd’hui le Tchad. Ni l’expansion de l’arabisme, ni celle de l’islam n’ont jamais été la préoccupation majeure des tchadiens. Seuls les gens de l’église avaient timidement exprimé leur préoccupation devant l’activité débordante des mafieux et arnaqueurs venus dans le sillage du MPS et qui ont construit des camps de torture des enfants à travers tout le Tchad au nom de l’apprentissage du Coran, mais c’est de la bonne guerre. Dans tous les cas, la campagne de Deby ne suscite aucune adhésion des tchadiens de tous les bords. Mais Deby s’en fiche de l’opinion des tchadiens, la campagne n’étant pas adressée à eux.

A travers cette agitation anti arabe frénétique, Deby espère à raison avoir l’appui des milieux à qui ce genre des campagnes est bien reçu et apprécié, au détriment des intérêts du Tchad. Quitte à se mettre toute une composante importante de la population tchadienne sur le dos. Deby s’adresse particulièrement au duo arabophobe et islamophobe Sarkozy-Kouchner, ensuite à Israël et enfin à l’administration américaine. Pour les deux premiers, Deby a bien visé : il reçoit toutes sortes d’appui : matériel, humain, militaire, technologie, conseils, lobbying etc. On espère vivement de faire de Deby la tête de pont de l’anti islam et l’anti arabe dans la région, même sans les tchadiens. L’administration américaine a une haine viscérale de la personne de Deby pour ses turpitudes, ses activités mafieuses et ses relents dictatoriaux. C’est avec plaisir qu’on laisse les Français s’occuper de lui et lui faire faire le sale boulot. Outre d’autres intérêts collatéraux, la déstabilisation du régime soudanais figure au premier plan et Deby est prêt à jouer à fond le jeu, pourvu que les récompenses obtenues puissent faire perdurer son pouvoir.

Il est clair et évident qu’à travers cette campagne, Deby vise également la communauté arabe tchadienne et particulièrement les cadres civiles et militaires. En effet, depuis un certain temps, ces derniers sont complètement exclus des affaires de l’Etat, humiliés, marginalisés. Ceux qui ont contribué à la consolidation du pouvoir Deby, sont aujourd’hui pestiférés, renvoyés de leurs postes de responsabilités par diverses manières. Ceux qui sont fraichement ralliés n’ont qu’un seul nom : djandjawids. Deby le répète à haute voix. Son secrétaire d’Etat est indexé en tant qu’officier des renseignements des services soudanais. Mais malgré cela, les cadres arabes tchadiens ne voient rien, n’entendent rien et ne disent rien ! Point de signe de désapprobation, ni de révolte. Exclus et humiliés, ils rasent les murs. Mais pourquoi cette déchéances des cadres arabes ? Et depuis quand ? Honte d’avoir collaboré avec Deby ? Et les Erdimi, les Nouri, Guinassou, Tolli n’ont-ils pas collaboré et fait plus qu’eux. Honte d’être arabes ? Ah, bon ! Arabe n’était il pas synonyme de fierté et de générosité ? La généalogie de la plupart des communautés tchadiennes ne se termine t-elle pas par un grand père arabe ?

La situation de ces cadres est tout simplement désolant et piteux: Certains se terrent dans leurs maisons rongés par le regret d’avoir servi fidèlement et de bonne foi ce type; d’autres se sont accrochés à des petit postes à l’extérieur du Tchad et font le mort, tandis que son Conseiller très personnel (arabe pur jus) continue à le servir comme un valet. Pendant ce temps Deby continue à piétiner, brader, narguer et humilier les tchadiens dans sa composante arabe.

Mahamat Ahmat
N’djaména


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