Le Tchad, coupable idéal – Le Courrier

Comme dans toute fable, il y a les bons et les méchants. Au centre de l’histoire, un avion qui fait la fierté de Nidwald, petit canton au milieu des montagnes suisses. Ces vingt dernières années, la firme Pilatus a vendu des centaines d’appareils militaires dits d’entraînement mais qui ont été utilisés dans presque tous les conflits internes de la planète.

Quand la télévision alémanique a révélé en février dernier que le Tchad avait envoyé un avion PC-9 bombarder le Darfour, cela n’a étonné personne. Personne, sauf la Confédération à qui le gouvernement d’Idriss Déby avait promis de n’utiliser l’appareil que pour former ses pilotes. On sait ce que valent les assurances d’un dictateur, surtout s’il est acculé par une rébellion, mais passons.

Furieuse, la Suisse a ouvert une enquête. Comment se fait-il que des bombes se soient retrouvées sous les ailes du PC-9? Les investigations sont aujourd’hui achevées. Nul ne connaît leur teneur exacte mais leurs conclusions sont sans surprise: les ateliers Pilatus n’ont rien à se reprocher. Peu importe que l’entreprise de Stans vante la robustesse et la maniabilité de ses modèles auprès des armées du monde entier, pourvu qu’elle respecte la loi.

Quant au Tchad, il a trahi la confiance helvétique et la conseillère fédérale Doris Leuthard a annoncé, hier, des sanctions contre le pays africain. Les dignitaires du régime seront privés de visa et la coopération suisse ne bénéficiera plus qu’à la société civile.

Il est frappant de constater que ces mesures de rétorsion ont d’abord été annoncées au gouvernement nidwaldien, jeudi, avant même d’être rendues publiques. Mme Leuthard a aussi tenté de rassurer les autorités de Suisse centrale, inquiètes du maintien des places de travail dans leur canton. Elles n’ont pas trop de souci à se faire.

Car la législation suisse reste très perméable. Le Conseil fédéral se refuse toujours de considérer les Pilatus comme du matériel de guerre –cela rendrait plus difficile leur vente– et l’affaire tchadienne ne l’a pas fait changer d’avis. D’autant moins qu’une initiative du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) a été déposée en septembre dernier afin d’interdire toutes les exportations d’armes. Tout au plus, Berne annonce la révision des dispositions réglant l’exportation des fameux avions. Pas de quoi couper l’herbe sous le pied de la gauche et des antimilitaristes.

SIMON PETITE


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