Pocès d’Hissene Habré mise en branle de la machine judiciaire avant le 7 juin – L’Observateur

C’est peut-être la fin de l’incertitude. Le Sénégal s’est résolument engagé à relever le défi de faire juger l’ancien chef d’État du Tchad. Sur les 18 milliards qu’exige le procès, l’Etat du Sénégal a déjà casqué un pactole d’un milliard de Fcfa. En attendant de dérouler la machine judiciaire avant le 7 juin prochain.

Après avoir levé tous les obstacles juridiques, le Sénégal vient, encore, de franchir un palier dans l’affaire Hissène Habré. Sur les 18 milliards qu’exige le procès, l’Etat a déjà prévu, dans son budget 2008 le montant d’un milliard de Fcfa dans le cadre de la préparation du jugement. Devant la presse hier, le ministre d’État, ministre de la Justice, Me Madické Niang a annoncé la nomination, avant le 7 juin prochain, de trois juges d’instruction du tribunal hors classe de Dakar qui auront à charge d’étoffer le réquisitoire. Une autre mission dirigée et orientée par le procureur général entouré de substituts se rendra dans les tout prochains mois à Ndjaména (Tchad) puis à Bruxelles (Belgique) pour recueillir des témoignages de victimes. Un coordonnateur a été désigné, en l’occurrence l’ancien premier président de Chambre à la Cour de Cassation, Ibrahima Guèye, pour piloter l’organisation du procès.

Doutes sur un procès juste et équitable

Des procédures qui visent à étoffer le réquisitoire introductif avant de déclencher le procès. Pour le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Me Madické Niang, le jugement de l’ancien chef d’État tchadien est devenue une affaire de toute l’Afrique. Ancien avocat du tombeur de l’ancien Président Tchadien, Me Niang demande à être jugé sur pièces. «Certes, j’ai été l’avocat de M. Habré. Mais je ne le suis plus. Cela ne doit nullement susciter des suspicions. Le devoir m’impose de prendre en compte les phases de préparation de ce procès. Je m’engage à faire juger Habré dans des conditions d’un procès juste et équitable. Quant à moi, je demande à être jugé sur pièces», a notamment répété le ministre d’Etat Madické Niang. À partir du moment où la justice est saisie, cette affaire ne concernera plus ni l’Exécutif ni le Législatif, a ajouté le Garde des Sceaux. «Pour le déroulement du procès, ni le Parlement, ni l’Exécutif, encore moins les experts, n’auront plus voix au chapitre. Il reviendra exclusivement à la justice de faire son travail en toute indépendance», rassure le ministre d’Etat.

La Raddho émet des réserves

C’est avec des pincettes que la Rencontre africaine de défense des droits de l’Homme (Raddho), par la voix de son secrétaire général, Alioune Tine, prend les propos du ministre d’État, ministre de la justice. Depuis 2000, rappelle M. Tine, on traîne le pas au lieu d’entrer dans le vif du sujet. «Pour nous, on est encore loin de l’essentiel qui n’est autre que l’enclenchement de la procédure judiciaire et l’inculpation d’Hissène Habré», laisse entendre le Secrétaire général de la Raddho. Le défenseur des droits de l’Homme estime que le choix d’une mission qui se rendra au Tchad puis en Belgique ne fera que retarder les choses. «S’agira-t-il d’une commission rogatoire ou d’une commission que l’on pourrait considérer dans certains pays comme des touristes?», s’interroge Alioune Tine, non sans remarquer : «La phase préparatoire est trop longue. C’est inquiétant. Il est temps de passer à l’essentiel : juger et inculper Hissène Habré».


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