La tête d’un chef rebelle mise à prix – Rfi

Le 10 mai dernier, les rebelles du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) avaient mené une attaque sans précédent sur Omdurman, la ville jumelle de Khartoum située de l’autre côté du Nil. L’attaque, qui avait pour but de marcher sur la capitale, avait été repoussée par les forces régulières.

Selon l’armée soudanaise, 220 personnes, dont 100 soldats et 34 civils, avaient été tuées dans les combats. Au lendemain de la défaite des rebelles, le gouvernement soudanais avait accusé le Tchad de les avoir financés et soutenus et avait rompu ses liens diplomatiques avec Ndjamena. Les autorités de Khartoum ont annoncé, la semaine dernière, l’arrestation d’un commandant du MJE qui, selon elles, avait participé à cette attaque. Khartoum a également offert une récompense de 250 000 dollars pour toute information pouvant conduire à la capture de Khalil Ibrahim, le leader de ce mouvement rebelle du Darfour. Dans un entretien à RFI, il s’est déclaré disposé à continuer son action pour mettre fin au régime du président Omar el-Béchir.

Depuis l’attaque du 10 mai qui a mené son mouvement armé aux portes de Khartoum, on n’avait pas entendu Khalil Ibrahim. Le leader du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) est aujourd’hui un homme traqué par le gouvernement de Khartoum qui a offert 250 000 dollars de récompense pour toute information pouvant conduire à son arrestation. Malgré cela, le chef d’une des deux rébellions du Darfour se dit confiant. Le raid surprise du MJE a été repoussé à Omdourman, aux portes de Khartoum, mais son chef n’admet pas que l’on parle de défaite. Selon lui, le « rezzou » éclair de ses hommes a été une victoire à plus d’un titre. « Vous ne pouvez pas dire que nous avons subi une défaite. Dites juste que le régime n’a pas encore été changé. Cette attaque a été un bon entraînement pour mon armée », a déclaré Khalil Ibrahim.

Selon le chef du MJE, ses soldats « ont découvert que l’armée et le gouvernement de Khartoum sont des tigres de papier. Nous avons détruit plus de 37 de leurs avions au sol, des dizaines de tanks près du pont alors que je n’ai pas perdu plus de 20 hommes et une dizaine de véhicules. Mais vous savez, nous avons récupéré des centaines de véhicules et de l’armement. Globalement, j’ai gagné et croyez moi, si demain je veux retourner à Khartoum, personne ne peut m’arrêter.»

Le bilan de Khalil Ibrahim: « Cette attaque a été un bon entraînement pour mon armée, nous avons découvert que l’armée et le gouvernement de Khartoum sont des tigres de papier…»

Toutes ces affirmations de Khalil Ibrahim ne sont pas vérifiables et, pour parfaire le tableau, le chef du Mouvement pour la justice et l’égalité affirme que, depuis l’attaque du 10 mai, ce sont chaque jour des centaines de volontaires au combat qui se présentent à lui. Une chose est sûre en revanche, Khalil Ibrahim a emporté une victoire symbolique. Pour la première fois, la guerre au Darfour s’est déplacée à Khartoum. Quant à son statut d’homme le plus recherché du Soudan, il semble le laisser perplexe.

La traque de Khalil Ibrahim: « C’est ridicule de proposer de l’argent pour me retrouver, je suis là au Soudan et je recherche aussi Béchir. Alors qui traque qui ? Béchir me traque et moi je traque Béchir.»

Pour renverser le gouvernement soudanais, Khalil Ibrahim a demandé l’aide de la communauté internationale. Les chancelleries occidentales, africaines et arabes, ainsi que le Conseil de sécurité de l’ONU, avaient pourtant dans leur ensemble condamné l’attaque du 10 mai. Les autorités soudanaises ont affirmé, jeudi dernier, avoir arrêté un des commandants du MJE, Abdel Aziz Acher, qui aurait participé à l’offensive du 10 mai contre la zone de Khartoum. Il serait, selon les autorités soudanaises, un demi-frère de Khalil Ibrahim.

Un quotidien officiel égyptien a affirmé ce mardi que l’Iran était derrière l’attaque du MJE contre la capitale soudanaise. « L’Iran a joué un rôle important dans la tentative de coup d’Etat orchestrée par le MJE », écrit en première page le journal cairote Al-Gourmhouria. Le Soudan, ainsi que les rebelles du Darfour, ont immédiatement démenti cette information. Les observateurs soulignent que le MJE est un mouvement d’inspiration islamiste, possédant la plus importante force militaire de tous les groupes rebelles de la région du Darfour qui luttent contre les forces gouvernementales soudanaises depuis 2003. Selon des organisations internationales, ce conflit aurait fait près de 200 000 morts et plus d’un million de déplacés. Ces chiffres sont contestés par le gouvernement soudanais qui affirme que le nombre de victimes est d’à peine 9 000.


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