Tchad, Capitale : Am Djaress – Lettre du continent

Comme certains de ses homologues, le président Idriss Déby a décidé d’embellir son village natal! Enquête.

Am Djaress est un lieu-dit situé à l’extrême nord du pays, dans une région qui jouxte le Darfour. C’est le village natal du président Idriss Déby qui compte y célébrer, le 1er décembre, la fête nationale. De nombreux chefs d’Etat étrangers seront invités. Il s’agit donc de sacrément embellir le lieu-dit!

Des travaux pharaoniques sont en cours: construction d’un palais présidentiel, d’une grande mosquée, de villas pour les présidents et d’une piste d’atterrissage bitumée de 3 000 m pour accueillir – au moins – des Boeing 747. Tous les barons zagawas du régime ont été vivement invités à construire leur « datcha » à Am Djaress pour que ce lieu-dit passe de la catégorie « hameau » à celle de « village« .

Le grand maître d’œuvre du projet est « monsieur frère« , Daoussa Déby, qui est justement le président de la Société nationale d’entretien routier (SNER). C’est l’une de ses sociétés qui a, par ailleurs, obtenu le marché de l’aéroport d’Am Djaress.

Ce n’est en tout cas pas avec l’argent du coton (secteur sinistré) que l’Etat va pouvoir payer ces travaux. Ce sont plutôt les recettes attendues cette année du gisement de Doba (même si le rythme de production est tombé à 180 000 b/j contre les 250 000 b/j, avec 50% d’eau mélangée au pétrole) et, surtout, les bonus des concessions pétrolières des Chinois qui devront financer Am Djaress.

Soudan/Tchad : Force européenne à la frontière?

La France mobilise ses partenaires européens pour le débarquement de troupes européennes dans l’Est du Tchad dès le mois d’octobre. Analyse.

Tout l’été, Paris a fait le forcing à Bruxelles pour le lancement, dès le mois d’octobre (fin de la saison des pluies), d’une « opération de sécurisation » de 2 000 à 3 000 hommes à la frontière Est du Tchad. Une opération placée sous le drapeau européen en attendant la grosse cavalerie des Nations unies dans un an.

Selon nos informations, Paris a proposé à ses partenaires européens d’être la « nation-cadre » de l’opération en accueillant le QG au Mont Valérien et en mobilisant la moitié des effectifs (sans doute prélevés sur l’opération Licorne en Côte d’ivoire). Plutôt réticente jusqu’à présent à une opération européenne- et plutôt favorable à une opération de l’OTAN avec Washington -, la Grande-Bretagne aurait récemment donné son feu vert. Londres serait même prêt à intégrer la Centrafrique dans la zone de sécurité comme le souhaite Paris. Berlin et Lisbonne se font encore tirer l’oreille … Dans le même temps devrait se déployer au Darfour même, la « force hybride » de paix Union africaine/Nations unies. Enfin, des policiers et gendarmes tchadiens devraient être formés à l’Ecole de maintien de la paix de Bamako avant d’être basés dans les camps de réfugiés. C’est Eric Chevallier, directeur de la cellule de crise du Quai d’Orsay et conseiller spécial de Bernard Kouchner au Kosovo, qui est le chef d’orchestre de ce dossier.


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