Sanctions de l’UE contre le Soudan en cas de non-coopération avec le CPI – Afp

L’Union européenne pourrait décréter des sanctions contre le Soudan en cas de refus persistant de livrer deux suspects de crimes de guerre au Darfour, a affirmé mercredi à Khartoum un diplomate français de haut rang.

L’ambassadeur de France à l’ONU, Jean-Maurice Ripert, présent à Khartoum dans le cadre d’un mission du conseil de sécurité de l’ONU, a mis en cause le Soudan pour son refus de coopérer avec la Cour pénale Internationale (CPI).

« J’ai soulevé la question du CPI et du refus de coopérer du gouvernement soudanais », a dit M. Ripert à la presse à l’issue d’une rencontre avec Nafie Alie Nafie, un proche conseiller du président soudanais Omar el-Béchir.

« Cela crée un obstacle fondamental pour la communauté internationale », a affirmé M. Ripert. La France exercera à partir du mois prochain la présidence tournante, pour six mois, des 27 membres de l’Union européenne (UE).

Pour le diplomate français, « la France et l’Union européenne sont prêtes à considérer des mesures supplémentaires contre le gouvernement du Soudan s’il continue à refuser de coopérer ».

« Tous les Européens présents m’ont soutenu. C’est la première fois que six pays européens (ceux qui sont membres du Conseil de sécurité) disent clairement qu’il faut respecter cette résolution de l’ONU ».

Dans une résolution adoptée en avril 2005, le Conseil de sécurité a ordonné au procureur de la CPI d’ouvrir des investigations afin de poursuivre les responsables de meurtres, viols ou pillages dans la région soudanaise.

Il y a plus d’un an, le 27 avril 2007, la CPI avait émis des mandats d’arrêt contre le secrétaire d’Etat aux affaires humanitaires, Ahmed Haroun, et le chef des Janjawids, milices arabes alliées de Khartoum, Ali Kosheib.

Une trentaine d’ONG internationales de défense des droits de l’Homme avait exhorté la mission de l’ONU, arrivée au Soudan la veille, de faire pression sur Khartoum pour que ces suspects soit remis à la CPI.

Mais le Soudan a réaffirmé mercredi son refus de livrer les deux hommes, tout en estimant non compétentes la CPI.

L’ambassadeur soudanais aux Nations unies, Abdelmahoud Mohamad, a indiqué à la presse que Khartoum n’extraderait jamais aucun Soudanais à la CPI.

« Nous ne sommes pas membres du CPI. Ils n’ont aucune juridiction sur nous. Nous ne n’enverrons jamais de citoyens soudanais à la Haye », a-t-il dit.

Pour M. Mohamad, « notre système judiciaire est renommé dans le monde arabe et en Afrique. Il s’occupe de la question des crimes de guerre au Darfour. Des gens ont déjà été jugés et pendus, et nous continuerons », a-t-il dit.

Les deux suspects sont sous le coup de 51 chefs d’accusation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, à savoir des meurtres, des persécutions, des actes de torture, des viols et des déplacements forcés.

En tournée dans plusieurs pays africains, la délégation d’ambassadeurs du Conseil de sécurité de l’ONU a rencontré mercredi à Khartoum des responsables soudanais, notamment sur la crise du Darfour (ouest).

Jeudi, elle se rendra au Darfour, puis retournera à Khartoum pour rencontrer le président Béchir, avant de s’envoler pour le Tchad, troisième étape d’une tournée africaine.

Le même jour, le procureur général de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, doit révéler devant le Conseil de sécurité une seconde affaire contre des responsables présumés de crimes dans cette région ravagée depuis 2003 par une guerre civile.


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