Tchad: coup d’éclat des rebelles – France 3

Les rebelles tchadiens, qui ont brièvement occupé samedi la ville de Goz Beida, disent marcher sur N’Djamena

Les rebelles, qui sont sortis de Goz Beida (75 km du Soudan) quelques heures après l’avoir pris, « n’ont fait que passer », a indiqué samedi soir une source locale indépendante auprès de l’AFP.

« Ils ne sont pas loin », a ajouté cette source, pronostiquant pour dimanche un affrontement avec les troupes gouvernementales dépêchées en renfort.

« Nous contrôlons tout le secteur (de Goz Beida). Nous allons discuter de la stratégie », a
commenté Abdelwawid Aboud Makaye, un chef rebelle président de l’Union des Forces pour la Démocratie et le Développement-Fondamentale (UFDD-F).

« Nous sommes 500 pick-up bien armés. Notre objectif est N’Djamena. Nous voulons la prendre avant la fin du week-end. Inch’allah », avait-il déclaré plus tôt.

« Lors de la prise de Goz Beida, nous avons récupéré 20 véhicules de l’armée. Nous n’avons pas eu de blessés. Quant à l’armée, elle a subi quelques morts », a-t-il ajouté samedi soir.

L’armée tchadienne a dépêché samedi des « renforts » pour reprendre la ville et le gouvernement tchadien a expliqué qu’une « colonne de mercenaires à la solde du Soudan avait opéré un coup de main avant de s’enfuir vers l’est où ils sont poursuivis par les forces de défense et de sécurité ».

L’Eufor, la force européenne déployée au Tchad et en Centrafrique (Eufor), chargée de protéger les populations civiles et les réfugiés, a indiqué samedi soir que ses soldats ont « répliqué par le feu » samedi à des rebelles à Goz Beida.

La position de Kouchner
« La position de la France, (…) ce n’est pas de soutenir le gouvernement de M. Deby », a commenté Bernard Kouchner samedi depuis Abidjan. « Et de toute façon, il n’y a pas à le soutenir parce que, les dernières informations que j’ai, sont qu’au contraire les rebelles ont été repoussés d’Abéché et qu’à Goz Beida, où ils ont essayé de se replier ou d’attaquer, ils ont été repoussés aussi », a poursuivi M. Kouchner tout en précisant que ces informations restaient à vérifier.

A N’Djamena « même avec des jumelles, on ne les voit pas »
Depuis le début de l’offensive jeudi, les rebelles affirment rouler vers N’Djamena. Mais leurs affirmations sont contredites par les observations et N ‘Djamena a même ironisé: « On a beau avoir des jumelles, on ne les voit pas ».

Samedi matin, une source militaire tchadienne a indiqué qu' »avec la saison des pluies, les rebelles (cherchaient) à prendre pied à l’intérieur du Tchad . Ils sont tout au long de la frontière ». Une source gouvernementale tchadienne a estimé de son côté que les rebelles se contentaient de « va-et-vient » avec leurs bases arrière au Soudan.

En prenant Goz Beida, les rebelles n’ont guère avancé depuis mercredi mais ils signent malgré tout un coup d’éclat inquiétant pour les autorités.

Vendredi, les rebelles avaient demandé à la France, qui entretient depuis 1986 un dispositif militaire au Tchad, de cesser ses missions d’observation aérienne au profit de l’armée tchadienne, la menaçant de tirer sur les « Bréguet-Atlantique et Mirage ». Paris, qui a soutenu M. Deby en février, a mis en garde samedi les rebelles: « Toute action armée visant le Tchad et ses institutions ne peut qu’être condamnée par la France et la communauté internationale ».

Le Tchad et le Soudan s’accusent régulièrement de soutenir les rébellions en lutte contre leurs régimes respectifs. Ils ont rompu à la mi-mai leur relations diplomatiques après une attaque menée près de Khartoum par un groupe rebelle soudanais du Darfour, le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM). N’Djamena avait nié « toute implication ».

Les deux pays entretiennent depuis cinq ans des relations tendues.


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