L’un des principaux chefs rebelles refuse le dialogue prévu avec Khartoum en Libye – Le monde

« Je refuserai de participer à des négociations politiques tant que mon peuple continuera, sur le terrain, d’être massacré, violé, colonisé« .

La voix est forte, les mots articulés pour signifier que la sentence est définitive : Abdel Wahid Al-Nour, fondateur (en 1992) et président du Mouvement de libération du Soudan (SLM), l’une des principales composantes de la rébellion du Darfour, refuse de participer aux nouveaux pourparlers de paix qui doivent s’ouvrir, le 27 octobre, en Libye, avec les représentants du gouvernement de Khartoum.

Dans un entretien au Monde, mardi 18 septembre, l’ancien avocat, exilé à Paris, considéré comme une pièce maîtresse de toute solution au conflit du Darfour, assure que les pressions exercées sur lui, tant par le gouvernement français que par les Nations unies et l’Union africaine, ne le feront pas revenir sur son refus de participer à une « répétition d’Abuja« .

En mai 2006, dans la capitale nigériane, un « accord de paix » avait été signé par Khartoum et par une faction du SLM dirigée par un rival de M. Nour, Minni Minawi. Non seulement ce texte, mort-né, n’a jamais été mis en oeuvre, mais il a abouti à un extrême fractionnement de la rébellion darfourienne qui fait le jeu du régime soudanais et complique terriblement la recherche d’une solution. « Que s’est-il passé depuis cet « accord » de 2006 ?, accuse Abdel Wahid Al-Nour : des dizaines de milliers de civils innocents ont été tués, d’autres ont grossi le flot des réfugiés et des personnes déplacées, des femmes ont été violées. En outre, des centaines de milliers de colons venus du Niger, du Tchad ou du Mali ont été installés par le gouvernement islamique fondamentaliste de Khartoum pour occuper nos terres. Comment pourrais-je respecter des interlocuteurs qui continuent de nous massacrer ? »

PAS DE « PAIX DE PAPIER« 

« Nous demandons une chose et une seule à la communauté internationale : la sécurité« , poursuit-il, en posant pour préalable à toute négociation de paix l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu, un arrêt des massacres, des viols et de la colonisation grâce à une intervention de l’ONU. Selon M. Nour, les multiples factions créées depuis 2006 et parfois manipulées par Khartoum doivent choisir leur camp avant le début des pourparlers. « Nous avons besoin d’une paix réelle, et non pas, une nouvelle fois, d’une « paix de papier«  », insiste-t-il. Une fois la sécurité assurée, la paix durable se construira, espère-t-il, en « réunifiant la nation sur la base d’une égale citoyenneté de tous ».

La position du président du SLM n’est-elle pas affaiblie par le prochain déploiement de la « force hybride » précisément destinée à assurer la sécurité ? « Nous avons besoin de cette force sur le terrain, pas seulement dans les discours, rétorque M. Nour : mais si son mandat n’est pas extrêmement clair, ce ne sera rien d’autre qu’un pique-nique.« 

Le choix de la Libye comme pays d’accueil des négociations est, d’autre part, vivement rejeté. « C’est notre droit de choisir le lieu, la date et le type de médiation. Le pays retenu ne doit pas être affecté par le conflit, comme c’est le cas de la Libye, estime M. Nour : les autres possibilités ne manquent pas en Afrique.« 

Vivant loin du Darfour depuis 2004, affaibli par le fractionnement de la rébellion, Abdel Wahid Al-Nour assure cependant, geste à l’appui, qu’il lui suffit d’utiliser l’un de ses trois téléphones portables pour donner des ordres aux commandants de camps ou de villages « dans toutes les régions« . Il se dit convaincu que  » (son) peuple n’acceptera jamais une paix qu'(il) n’aurait pas signée« . Et que lui « ne le trahira pas« .

Quant à la menace, évoquée par certains, d’une expulsion de France s’il persévère dans son intransigeance, le chef rebelle n’y croit pas : en mars, Bernard Kouchner et le collectif Urgence Darfour l’ont fait ovationner à la Mutualité, à Paris. « M. Kouchner était un bon ami avant d’être ministre, glisse prudemment M. Nour : aujourd’hui, je le respecte, lui et le rôle de la France.« 

Philippe Bernard


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