"Frères en guerre" au Tchad et au Soudan – BBC

La région frontalière entre le Tchad et le Soudan est devenu le théâtre de nombreux conflits et est le cadre de l’une des plus sérieuses crises humanitaires du monde.

Les affrontements transfrontaliers et les guerres civiles internes au deux pays, ont force quelque 2,4 millions à fuir leurs maisons au cours des dernières années.

Les deux pays sont devenus des « frères ennemis » alors qu’ils sont voisins et ont de nombreux points communs.


Des millions de personnes ont été déplacées par les hostilités

Les deux régimes ont accédé au pouvoir à l’issue de coups d’Etat militaires; ils oppressent leurs opposants et ils ont récemment découvert et exploite des quantités importantes le pétrole.

Environ deux millions de personnes sont déplacées les opérations rebelles et la répression menée par le gouvernement soudanais dans la région du Darfour et un demi million de réfugiés tchadiens et soudanais sont sans-abris dans l’est du Tchad.

Une mission d’évaluation du Conseil de sécurité de l’ONU a récemment visité Fasher, l’une des principales villes du Darfour, et Abéché, dans l’est du Tchad.

Les diplomates se sont également rendu dans les camps de réfugiés et déplacés dans les deux pays.

Il y avait partout un paysage associant une présence militaire et des populations démunies, caractérisant les zones de guerre.

A Fasher, l’avion blanc de l’ONU a partagé la piste avec de puissants hélicoptères de combat et des Antonov, de fabrication russe, utilisé par l’aviation soudanaise.

A Abéché, la mission a vu la nouvelle base de la Force européenne chargée de protéger les refugies, l’Eufor, et a eu une série de réunions avec des soldats, la police et des miliciens tchadiens.

Fuir

Il y a partout des abris de personnes déplacées par guerre et des réfugiés qui ont victimes des activités des armées et rebellions de la région.

Les derniers affrontements dans la région frontalière ont aggravé la situation humanitaire, entrainant la fuite de plus en plus de personnes et limitant les déplacements du personnel humanitaire.

L’Eufor est composée en majorité de soldats français mais elle est aussi constituée de contingents d’Irlande ainsi que d’autres pays européens.

Elle a pour mandat, depuis le début de cette année, d’assurer la protection des sans-abris tchadiens et soudanais vivant dans les camps, de chaque côté de la frontière.

C’est une mission extrêmement sensible parce que le Tchad et le Soudan s’accusent régulièrement de soutenir leurs rebellions respectives.

Selon des observateurs indépendants, ces accusations mutuelles sont probablement vraies.

Des analystes (dont certains sont proches du gouvernement de Khartoum) ont accuse l’Eufor, de prendre partie et de protéger le gouvernement tchadien.

Ils dénoncent notamment la présence dans la force européenne de soldats de la France qui a un accord de défense avec N’Djamena.

Mais l’Eufor affirme être neutre, et d’autres indiquent que les Français sont majoritaires dans la force parce qu’aucun autre pays européen n’a fourni suffisamment de troupes et de matériels pour protéger les refugies soudanais et les déplacés tchadiens.

Ripostes

Les guerres au Tchad et au Soudan sont très liées.

Les rebelles tchadiens ont tenté de prendre le contrôle de N’Djamena en février avant d’être repoussé par les forces fideles au Président Idriss Deby.

Le chef de l’Etat tchadien a accusé le Soudan d’être derrière l’attaque.


La Force européenne est accusées par certains de prendre partie

Ironie de l’histoire, le Président Deby aurait bénéficié du soutien soudanais lors de son coup d’Etat contre son prédécesseur Hissène Habré en 1990.

Les auteurs Alex de Waal et Julie Flint ont récemment écrit dans leur livre – intitulé Darfur: A New History of a Long War Darfour: une nouvelle guerre d’une longue guerre – que Khartoum avait plusieurs raisons de soutenir Idriss Deby, y compris l’espoir d’avoir un gouvernement ami et redevable à sa frontière occidentale.

Une attente satisfaite au début des années 1990 mais, au fil des années, au fur et à mesure le pouvoir d’Idriss Deby a enregistré des défections au profit des rebellions, il a accusé le Soudan de soutenir ces mouvements rebelles. Les relations entre N’Djamena et Khartoum sont au plus bas.

Quelques mois après l’offensive rebelles contre N’Djamena, des événements similaires ont eu lieu.

Des rebelles soudanais sont arrives aux abords de Khartoum, traversant presque le pont la ville jumelle d’Omdurman qui mène au centre de la capitale.

Khartoum a par la suite montré des objets militaires qu’il affirmait avoir auprès des rebelles.

Les véhicules et uniformes saisis sont, selon le gouvernement soudanais, la preuve de l’implication du Tchad dans l’attaque.

Contradictions

Les groupes ethniques d’origines africaines et arabes sont à cheval sur la frontière entre le Tchad et le Soudan, qui a été tracée en fonction des humeurs des puissances coloniales française et britannique sans tenir compte des préoccupations à long terme des populations locales.

Cette situation a donné lieu à plusieurs contradictions apparentes.

Des soldats tchadiens célébrant une victoire sur les rebelles

Les affiliations ethniques et tribales sont encore très fortes aussi bien au Tchad qu’au Soudan.

De façon historique, l’une des tribus les plus puissantes au plan militaire dans cette région frontalière est les Zagawa.

Idriss Deby est Zagawa tout comme nombreux de ses opposants qui ont fait défection pour rejoindre les rangs de la rébellion.

Les Zagawa jouent aussi un rôle important dans les mouvements rebelles du Darfour hostile au gouvernement soudanais.

Pour ajouter à la complexité de la situation, récemment un seigneur de guerre Zagawa, Minni Minnawi, a été débauché de la rébellion soudanaise pour être nommé conseillé du président.


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