TCHAD : On prend les mêmes et on recommence – Camer

Les affrontements en cours dans ce pays d’Afrique centrale n’ont rien de nouveau. Les acteurs de cette tragédie, qui dure depuis plus de vingt ans, sont les mêmes, explique le Daily Nation de Nairobi.

L’histoire récente du Tchad ressemble à un remake permanent d’un vieux film, toujours le même, où l’on voit des autocrates aux prises avec des opposants armés dans une lutte à mort pour le pouvoir, avec la complicité d’interventions étrangères qui en accroissent la complexité, sans oublier des scènes de civils fuyant les zones de combat.

Cette fois encore, « l’opposition armée », comme elle se définit, ou les « rebelles », selon N’Djamena, a déclenché une série d’attaques dans plusieurs villes de l’est du pays. Quelle que soit la conclusion de cette nouvelle flambée de violence, tout cela doit sembler presque banal au président tchadien Idriss Déby, acteur de ce conflit sans fin et présent au cœur du système depuis plus de vingt ans (dans un camp ou dans l’autre). Mais peut-on vraiment s’habituer à la violence et à la guerre ?

« Une fois encore, la nation fait face à des temps difficiles dus aux attaques permanentes menées par le Soudan contre notre peuple », a déclaré un Déby soucieux dans un message diffusé par la télévision d’Etat lundi dernier. Or ses accusations contre le Soudan n’ont rien de nouveau.

Il y a quatre mois à peine, le président Déby disait la même chose, quand les mêmes groupes armés avaient failli s’emparer de N’Djamena avant que leur offensive ne soit arrêtée par une intervention française qui a sauvé le régime. A vrai dire, les deux pays jouent à ce jeu des accusations et des contre-accusations depuis des années, et le dernier accord de paix, conclu le 13 mars entre leurs dirigeants, n’y a rien changé.

Mais la trêve a été de courte durée. Dès le début du mois de mai, le gouvernement soudanais a accusé le Tchad d’être derrière l’attaque de « rebelles » du Darfour sur Khartoum. Le Soudan, qui, selon Déby, aurait commencé à intervenir dans son pays à partir de 2003, à l’époque où la crise du Darfour atteignait son paroxysme, n’est que l’une des nombreuses forces extérieures qui contribuent à faire du conflit tchadien un imbroglio indémêlable.

La France, l’ancienne puissance coloniale, a également toujours été impliquée dans la politique à N’Djamena. Paris a été le principal moteur du déploiement d’une force européenne (EUFOR) dans le pays, probablement dans l’espoir de parer ses propres interventions, parfois sévèrement critiquées, d’un vernis plus « neutre ».

La neutralité de l’EUFOR et son efficacité sont désormais remises en cause par le président Déby en personne, qui, à l’origine, l’avait bien accueillie. Cette force, déployée au Tchad et en République centrafricaine par l’Union européenne, se retrouve dans une zone de conflit où toute intervention ou action cohérente est d’autant plus difficile que les frontières sont poreuses, que des groupes ethniques de différents pays sont associés dans des alliances locales et que des milliers de réfugiés et de déplacés sont éparpillés dans la région.

« Nous sommes effectivement surpris de constater que, dès les premiers signes d’hostilité, cette force coopère avec les envahisseurs, leur prête des véhicules humanitaires, les laisse incendier les vivres et les réserves de carburant et ferme les yeux sur le massacre planifié de civils et de réfugiés », a lancé Idriss Déby, sans cacher sa déception, dans son message du 16 juin adressé à la nation tchadienne. Puis il a remis en question « l’efficacité et l’utilité de la présence de la force européenne au Tchad ».

Peut-être que le président Déby a d’autres raisons de s’inquiéter. Car dans l’intervalle, bouclant une visite à Abidjan, le ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner, a affirmé que, cette fois, les troupes françaises n’interviendraient pas en faveur du régime de N’Djamena. « La France n’est pas intervenue (dans les dernières attaques) et n’interviendra plus » au Tchad, a déclaré Kouchner à des journalistes lors d’une conférence de presse. Pour dire les choses plus clairement, il a ajouté qu' »il n’y a pas de positions françaises à défendre et que l’EUFOR est commandée par un général irlandais ».

Par ailleurs, l’Alliance nationale, responsable de la nouvelle offensive, a appelé les autorités françaises à « respecter » la déclaration de Kouchner. L’Alliance nationale, dirigée par le général Mahamat Nouri, ancien ministre de Déby, est une organisation rassemblant quatre groupes armés.

Pour tous ces mouvements armés, la neutralité de la France est plus qu’essentielle. C’est avant tout pour cette raison qu’ils ont exprimé l’espoir que la position officiellement proclamée de Kouchner soit le reflet d’un changement dans la politique française.

© Daily Nation : Hamadou Tidiane Sy


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