Les fossiles de Sahelanthropus tchadensis – Alain Beauvilain

Sahelanthropus original En juillet 2001, une mission de quatre hommes en service au Centre National d’Appui à la Recherche de la République du Tchad s’engage dans la partie la plus chaude du Sahara tchadien, la cuvette du Djourab. Alain Beauvilain, docteur en géographie, n’a pas eu de mal à convaincre ses collaborateurs, Mahamat Adoum, Ahounta Djimdoumalbaye, Fanoné Gongdibé, de l’accompagner.

En effet, en juillet 2000, une mission comparable avait déjà mis au jour une mandibule d’hominidé sur des terrains contemporains d’Australopithecus bahrelghazali, Abel. C’est cette mission du CNAR qui, le 19 juillet 2001, met au jour la tête d’un nouvel hominidé, Sahelanthropus tchadensis ou Toumaï, nom donné à ce fossile par les autorités de la République du Tchad. Il s’agit des fossiles inventoriés TM 266-01-060-1, un crâne, et TM 266-01-060-2, un fragment de symphyse très usé portant les alvéoles et les racines des incisives et des canines.

Sahelanthropus tchadensis en juillet 2001

De juillet 2001 à mars 2002, sur cette zone fossilifère découverte au cours de cette exceptionnelle mission de juillet 2001, et appartenant à d’autres Sahelanthropus tchadensis, sont mis au jour :

– sur le lieu même de la découverte de Toumaï (site TM 266) :

  • une canine supérieure (en deux fragments) le 1er novembre par Fanoné Gongdibé lors du tamisage in situ des sédiments. Ces fragments seront collés en prolongement de la racine droite de la canine du crâne ;
  • une incisive supérieure, le 21 décembre 2001, à N’Djaména, par Laurent Viriot, lors du tri des sédiments prélevés courant décembre lors du balayage et du tamisage de ce même emplacement. Ce fossile comprend couronne et racine et ne peut donc appartenir au crâne qui possède les racines des incisives supérieures.

– sur ce même site de TM 266 :

  • à environ 105 mètres au nord-nord-est du lieu de la mise au jour du crâne, une demi-mandibule droite portant P4 à M2 et les racines de P3 et M3 (fossile TM 266-02-154-1)) le 20 janvier 2002 par Ahounta Djimdoumalbaye qui, au tri à N’Djaména le 30 janvier 2002, trouvera une canine inférieure (TM 266-02-154-2) dans les sédiments prélevés à cet endroit.;
  • ce 20 janvier, à faible distance de cette demi-mandibule droite et en direction d’une autre symphyse mandibulaire trouvée en mars, est mise au jour la couronne d’une troisième molaire inférieure gauche (fossile TM 266-02-154-3). Cette molaire sera collée ultérieurement sur la demi-mandibule trouvée le même jour ;
  • à une douzaine de mètres au sud-est des fossiles précédents, une symphyse mandibulaire très usée avec prémolaire, racines de canine et alvéole d’incisive (TM 266-02-203) par Ahounta Djimdoumalbaye le 12 mars 2002.

Enfin, sur le site de TM 292, situé à un kilomètre à l’ouest du lieu de la découverte de Toumaï, une mandibule sub-complète (TM 292-02-01) était mise au jour le 15 janvier 2002 par Alain Beauvilain pour le premier fragment, les 16 et 17 janvier par Fanoné Gongdibé et Mahamat Adoum pour les trois autres fragments.

Ces fossiles ont permis d’établir que la demi-mandibule droite, sans dent et très usée, mise au jour par Mahamat Adoum le 15 juillet 2001 sur le site de TM 247 (et donc cataloguée TM 247-01-02) était chronologiquement le premier fossile de Sahelanthropus tchadensis découvert au Tchad.

Dans un article de Nature du 7 avril 2005 intitulé « New material of the earliest hominid from the Upper Miocene of Chad » – ‘Nouveau matériel des premiers hominidés du Miocène supérieur du Tchad’ – il est mentionné une prémolaire supérieure (TM 266-01-462). Ce fossile, qui aurait donc été trouvé en 2001, ne figurait pas au 31 décembre 2002 dans la base de données du CNAR, qui s’arrêtait au fossile n° 461. La partie tchadienne n’était donc pas informée de son existence à cette date. En ce sens, mais uniquement pour celui-là, il s’agit bien de nouveau matériel ! Reste à savoir qui l’a trouvé et, plus important encore, précisément où ?

Au total, à fin mars 2002, ces restes fossiles appartiennent au minimum à six Sahelanthropus tchadensis, ce qui veut dire en réalité bien plus.


À la même date, sur le site de TM 266, près de 700 fossiles ont été mis au jour, inventoriés et enregistrés dans la base de données tandis que 59 sites situés à proximité, présentant les mêmes caractéristiques géomorphologiques, étaient reconnus. Certains n’étaient séparés de TM 266 que par la présence momentanée d’une dune.

Au total, en l’espace de six mois, cette zone a permis l’inventaire de près de 1700 fossiles, auxquels il faudrait ajouter les micro-fossiles obtenus par le tri à la loupe des sédiments lavés et tamisés à N’Djaména et ceux trouvés à l’université de Poitiers par le tri d’autres sédiments. Le cinquième des fossiles inventoriés depuis le début du projet scientifique en janvier 1994 vient alors de la zone fossilifère découverte en juillet 2001. Le potentiel de cette zone est important, pas seulement en fossiles de petite taille, car à condition d’être très réactif le vent, en déplaçant le sable superficiel et les dunes, dégage de nouvelles surfaces fossilifères en même temps qu’il ensable celles qui sont connues.

L’existence de ces fossiles de Sahelanthropus est signalée dès mars 2003 dans le livre « Toumaï, l’aventure humaine » et dans le volume 100, livraison mars-avril 2004, du South african Journal of Science, qui va déclencher une polémique.

Dans le dossier de presse, chapitre « Chronique d’une polémique ordinaire« , qui accompagne en novembre 2004 la réponse de la MPFT à ce premier article du SAJS, seuls l’incisive et le fragment de mâchoire inférieure trouvés à l’emplacement du crâne sont signalés à deux reprises. A ce jour, ces deux pièces ne sont pas décrites. Aucune mention n’est alors faite des autres fossiles alors qu’une partie du débat porte sur leur existence réelle ou non. L’attention de la presse est notamment attirée en ce mois de novembre 2004 sur le fait qu’Alain Beauvilain accuserait la MPFT de dissimulation.

Pourtant, ces fossiles sont finalement décrits dans la revue Nature du 7 avril 2005 sous le titre ‘Nouveau matériel des premiers hominidés du Miocène supérieur du Tchad’… Cet article avait été soumis à cette revue le 17 septembre 2004 !

Cela fait maintenant plus de six ans que ces documents exceptionnels pour la connaissance des origines de l’homme ont été mis au jour et cinq ans que la découverte du crâne a été annoncée. Tous n’ont donc encore pas fait l’objet d’une publication, ni même d’une simple mention de leur existence. Il paraît donc utile de rappeler qu’Alain Beauvilain signalait dans le volume 100, livraison septembre/octobre 2004, du South african Journal of Science, la mise au jour en 2001 sur le site TM 266 de 52 pièces post-crâniennes, dont le groupe zoologique n’avait pu être déterminé sur le terrain mais qui avaient été cataloguées en espérant que quelques unes d’entre elles appartiendraient à des Sahelanthropus. Parmi ces pièces, 36 concernent des os longs (tibia, fémur, humérus et cubitus) sous forme soit de spécimens intacts, soit de diaphyses cassées.

Il suggérait, considérant l’excellent état de conservation du crâne de Toumaï, qu’un examen approfondi de ces os pourrait apporter d’intéressantes informations tant il était probable que des fossiles post-crâniens étaient présents sur le site. Or la diaphyse d’un fémur gauche de grand singe a été mise au jour en 2001 sur le lieu même de la découverte du crâne. L’intérêt de ce fossile paraît évident pour discuter du mode de locomotion des Sahelanthropus. Pourquoi ne pas en annoncer l’existence ? Quel problème nouveau soulève-t-il ? À quand un nouveau ‘Nouveau matériel des premiers hominidés du Miocène supérieur du Tchad’ établi à partir de spécimens mis au jour en 2001 ?

Enfin, six ans après leur mise au jour, cinq ans après leur publication, l’accès à ces fossiles, comme aux données obtenues des scanners, n’est toujours pas ouvert à l’ensemble de la communauté des paléontologues.

À quelle logique correspond cette gestion de documents scientifiques concernant l’ensemble de l’humanité ?

Une récente conférence de presse tenue au National Museum of Kenya à Nairobi donne des éléments de réponse :

http://www.jeuneafrique.com/fluxafp/fil_info.asp?art_cle=38584
http://www.udl-ci.org/udl_art/index.php?option=com_content&task=view&id=73&Itemid=1

Un Kenyan revendique la découverte d’un important fossile

NAIROBI, jeudi 9 août 2007, AFP

– Un scientifique kenyan a revendiqué jeudi la découverte d’un fossile important pour la compréhension des débuts de l’évolution humaine, estimant que ses compatriotes se font trop souvent voler la vedette dans leur travail.

Lors d’un point de presse au siège du Musée national du Kenya (NMK), à Nairobi, Fredrick Manthi Kyalo a présenté sa trouvaille: un crâne d’Homo erectus, vieux de 1,55 million d’années.

« J’ai découvert ce fossile le jour de mon anniversaire, le 5 août 2000 (…), c’était un cadeau d’anniversaire« , a raconté Manthi Kyalo, entouré des responsables du musée.

« On m’a attribué peu de mérite pour ça (…). Ca fait longtemps que les Kenyans se voient attribuer très peu de crédit » pour leurs découvertes, a-t-il critiqué. « Nous sommes ici pour que cela change (…), c’est un combat que nous entamons » avec le NMK.

La découverte, révélée le même jour par la revue Nature, est principalement associée à Louise et Meave Leakey, qui appartiennent à une célèbre famille de paléontologues installée au Kenya. Elles dirigeaient la mission en 2000 mais ne sont pas les auteurs des découvertes, ont précisé les autorités du musée.

Manthi Kyalo a également présenté des restes d’Homo habilis de 1,44 million d’années, découverts par l’un de ses collègues.

Ces deux fossiles prouvent qu’Homo habilis, le plus ancien représentant connu de la lignée humaine considéré jusqu’ici comme ancêtre d’Homo erectus, a en fait longuement cohabité avec ce dernier en Afrique orientale, pendant peut-être un demi million d’années.

Ce n’est pas la première fois qu’un problème de paternité de fossile important est soulevé. La mise au jour et la description scientifique des ossements ont lieu dans le cadre d’un travail collectif, mais au terme duquel les « chefs » sont parfois accusés de tirer un peu trop la couverture vers eux.

Dernier exemple en date, la découverte en 2001, au Tchad, du « doyen » de l’humanité, le Sahelanthropus (ou Toumaï), habituellement attribuée à Michel Brunet, de l’université de Poitiers. Or, le professeur se trouvait en France au moment des faits: le premier à mettre la main sur le crâne fut un Tchadien, Ahounta Djimdoumalbaye, lors d’une mission dirigée par un géographe français, Alain Beauvilain, de l’université de Nanterre, dans la banlieue de Paris.

Quant à l’australopithèque Lucy, sa découverte en 1974, en Ethiopie, est attribuée dans les publications françaises au Français Yves Coppens, tandis que les ouvrages américains parlent de Donald Johanson. Les deux scientifiques codirigèrent bien la mission, mais le premier à apercevoir le fossile fut un étudiant américain resté quasi inconnu, Tom Gray.

http://sciencetrack.blogspot.com/2007/08/low-credit-for-kenyan-scientist.html
Thursday, August 9, 2007
Low Credit for Kenyan Scientist

A Kenyan scientist claimed he was the discoverer of two fossils raising key questions on human evolution and said locals rarely received the credit they deserve for their finds.

Fredrick Manthi Kyalo displayed his discovery, the well-preserved 1.55 million-year-old top of a skull from a Homo erectus, during a press conference at the National Museum of Kenya in Nairobi.

« I found this particular specimen the day of my birthday, » on August 5 2000, he told reporters.

The discovery revealed by the journal Nature yesterday challenges some widely accepted evolutionary theories by suggesting that Homo habilis and Homo erectus coexisted rather than coming one after the other.

« What I want to say is that for a long time, this has been the case (…) that Kenyans are given very low credit. We are here to begin to change that, » said Manthi Kyalo.

« This is a row that we are beginning, » he added.

The Nature journal said the fossils were discovered by Fred Spoor of University College London and his colleagues.

The discovery in Kenya’s Lake Turkana region was also widely credited to Meave and Louise Leakey, two white Kenyan anthropologists of British origin who headed the paleontological research project.

Manthi Kyalo, who also displayed the other half of the discovery, a 1.44 million-year-old upper jawbone from a Homo habilis much younger than most fossils of this species, cried foul.

« Yes, I’ve been given a low credit for that, » he said. « We are here to make the Kenyans aware » that one of them « has found this very important fossil. »

The find was described as very significant by the Nature magazine.

« They (the fossils) show that two ancestral human species seem to have lived cheek-by-jowl in the same area, much as gorillas and chimpanzees do today, » it said.

Other scientists have contested Nature’s interpretation of the discovery.

Alain Beauvilain


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