Djibrine Assali a jeté l’éponge de la lutte syndicale pour celle de la lutte armée.

M. Assali a symbolisé la lutte syndicale, le syndicalisme au Tchad. Fondateur et premier secrétaire général de l’UST, la première confédération syndicale du Tchad, il est resté son dirigeant jusqu’à la semaine dernière. Pendant presque deux décennies, Assali et UST formaient une seule identité. Son courage et son refus de la compromission ont fait de lui la cible privilégiée du pouvoir.

Il est une des personnalités publiques la plus persécutée et la plus haïe par le pouvoir en place. Deby considère Assali comme un opposant politique. Il était à la bonne place sur la liste des personnes à liquider à la faveur de la confusion créée par les événements de février 2008, liste dressée par Deby lui-même et remis à l’ANS et au B2. Certes proche de Mosanat, Assali n’a jamais confondu lutte politique et lutte syndicale. Seul le harcèlement quotidien des sbires du pouvoir l’ont obligé de fuir le pays et continuer le combat sous d’autres formes. L’assassinat d’Ibni et la fuite d’Assali corroborent ce que les opposants armés ont toujours dit et répété : chez Deby aucune expression n’est possible, ni politique, ni syndicale ; aucune alternance par la voie démocratique n’est possible. Le pouvoir est définitivement confisqué. Avec Deby, soit on bouche les oreilles, ferme les yeux et boucle la bouche, la queue entre les pattes, soit on se rebelle. Il n’y a pas d’autres alternatives, et le recours à la lutte armée devient ainsi justifié et légitime. Le refrain « la France, l’EU, blabla, est contre la prise du pouvoir par les armes », est ainsi désuet, sans saveur, démentie par la réalité et la nature du pouvoir en place.

Au-delà de sa contribution positive certaine pour l’unité de l’opposition, la défection d’Assali est un signal très fort à l’adresse de tous ceux qui se font encore des illusions sur la nature réelle du pouvoir en place, au Tchad. C’est un signal à l’adresse de l’opinion nationale, surtout à l’adresse de ces pseudos opposants politiques qui accompagnent Deby dans son œuvre de destruction du Tchad ; à l’adresse aussi de l’opinion internationale passive face aux activités mafieuses de la francafrique au Tchad.

Le Gouvernement a perfidement accusé M. Assali d’avoir des rapports douteux avec l’instigateur des événements de Kouno. En réalité, M. Assali n’a aucune connivence politique avec ledit marabout. Comme la plupart des adeptes de la secte sont des ressortissants du même village, Assali avait constamment encouragé le Comité islamique de régler ce problème pacifique, dont d’ailleurs s’attelait inlassablement ledit Comité, quand le gouvernement est passé outre, sans attendre la médiation du Comité et fait assassiner 72 personnes. Froidement.

L’objectif du gouvernement n’a pas échappé à ceux qui connaissent les manières et les méthodes de Deby. Pour ce dernier, c’est une occasion en or pour montrer à ces protecteurs occidentaux qu’il est le seul rempart contre « l’islamisme » et que seul lui peut prendre des mesures extrêmes pour arrêter l’expansion du phénomène: en tuant froidement ses propres citoyens sans que cela émeuve outre mesure l’opinion nationale et internationale. 72 personnes, armées des gourdins, tuées par les forces de « l’ordre » ! Ni guerre civile, ni tremblement de terre ; juste un affrontement entre des excités et les forces de l’ordre : 72 morts d’un coté et zéro de l’autre. Ses propres citoyens. Du jamais vu ! Aucune enquête, aucune sanction. Et annoncer la nouvelle sans un brin de regret. C’est vraiment du Deby tout craché.

Beremadji Félix
N’djaména


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