Les Brèves de N’djaména – Deby : A Paris comme en Libye, même atmosphère

Un fin connaisseur du comportement de Deby avait lâché « Si Deby fait une escale en Libye au retour de Paris, c’est qu’il a été mal reçu chez les français ». Bien vu. Mal reçu, c’est le moins qu’on puisse dire ; c’était plutôt un fiasco, médicalement comme politiquement. Médicalement, Les différents médecins sont unanimes : il faut revenir absolument avant trois mois pour une grande opération. Politiquement, Deby a dû constater l’importance et le poids de son ex-conseiller personnel rétrogradé depuis en simple chargé de mission.

Ce dernier a disparu de la circulation, injoignable sur ses nombreux téléphones lors du passage de son Chef et a laissé celui-ci s’égarer dans les rues haussmanniennes de la capitale française, tel « un nègre à Paris ». L’arabophobie de Deby a-t-elle atteint le seul arabe qu’il laissait s’approcher de lui ? Toujours est-il que sans celui-là, Deby est un aveugle sans bâton chez les français. Programmé pour deux à trois semaines, le séjour de Deby a été écourté pour mauvaise atmosphère. La seule personnalité qui l’a reçu, lui a dit crument : « vous avez régné 20 ans, plus que n’importe quel autre Président tchadien, et ramené votre pays 20 ans en arrière (c’est plutôt 48 ans !), alors trouvez une porte de sortie par une grande réconciliation ». Aux dires de la troupe qui l’accompagnait, jamais le patron n’a été si mal accueilli. Fou furieux, Deby monologuait constamment dans l’avion qui le ramenait à Tripoli, « ils vont m’entendre parler ».

Même atmosphère à Tripoli. Certes, la Libye continue à armer Deby, la dernière cargaison a été réceptionnée à l’aéroport de Faya et acheminée sur Abéché par voie terrestre. Une dizaine des AML transportés par des porte-chars sont passés par Kalaït en direction d’Abéché, le lundi 21 juillet 2008, mais la rencontre de Tripoli n’a pas été chaleureuse comme d’habitude. Fait rare, le Guide a évité de recevoir Deby en tête à tête, pire en présence d’un des farouches ennemis de Deby : Ali Abdel Salam Triki. Devenu subitement muet, Deby n’a pas pu expliquer l’objet de son escale et le guide lui a administré une bonne dose morale : comment gérer son pays et son peuple. Pour les observateurs c’est un signal qui ne trompe pas : vis-à-vis de Deby, Paris et Tripoli sont sur la même longueur d’onde.

EUFOR, MJE, même objectif ? Ce n’est un secret pour personne, l’EUFOR est une manœuvre orchestrée par le duo Kouchner /Sarkozy pour non seulement protéger Deby, mais aussi déstabiliser le régime soudanais. Si les relations entre Deby et l’Eufor sont en baisse, il n’en est pas de même entre MJE et l’EUFOR. Selon nos informations, les relations entre les deux sont désormais directs et sans intermédiaire. Quand Deby arme massivement le MJE et le pousse de nouveau à l’assaut de Khartoum, l’Eufor temporise. « Attendez un peu, dans deux semaines, il y aura des bonnes nouvelles qui vont affaiblir d’avantage le régime» (soudanais bien sûr) avait conseillé un haut gradé de l’Eufor. Et comme on le sait deux semaines après ce conseil, la nouvelle de l’inculpation par le CPI du président soudanais est tombé. Selon des témoins, les contacts entre les officiers des renseignements de l’Eufor et les responsables du MJE sont quasi quotidiens, les va-et-vient, incessants. Un système d’écoute et de guidage super sophistiqué aurait été remis au MJE par l’Eufor. A défaut de pouvoir aller jusqu’à Khartoum, le MJE se prépare à frapper un grand coup après la fin de la saison des pluies et il bénéficiera à coup sûr des appuis multiformes de l’Eufor.

Beremadji Felix
N’djaména


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