Paris peine à obtenir des soldats d’autres pays de l’Union – Le monde

Paris souhaite que les troupes françaises ne constituent que la moitié des effectifs de la force européenne d’environ 3 000 soldats qui rejoindra l’est du Tchad à partir de début novembre, en complément de la force ONU-UA qui sera déployée au Darfour en 2008. Le quartier général de cette force européenne opérant sous mandat des Nations unies sera installé à Paris, au Mont-Valérien, mais le commandant de l’opération ne sera pas français.

Paris ne tient pas à ce que celle-ci apparaisse aussi marquée par la présence française qu’a pu l’être l’opération « Artémis » de l’Union européenne dans la province congolaise de l’Ituri, à l’été 2003. « Pas question, cette fois-ci, que cela apparaisse comme une opération française en Afrique peinte en bleu », résume un diplomate. Des négociations sont en cours pour inciter la Suède à en prendre le commandement. Alors que Stockholm a donné son accord pour envoyer un contingent militaire au Tchad, il est apparemment difficile de susciter d’autres contributions militaires européennes.

Les Britanniques ont indiqué qu’ils étaient très sollicités en Irak et en Afghanistan, alors que l’Italie et l’Espagne mettent en avant leur présence militaire au Liban dans le cadre de la Finul. L’Allemagne qui, comme les Pays-Bas, a un fort contingent en Afghanistan au titre de l’OTAN, connaît un débat politique difficile, les deux tiers de l’opinion publique demandant le rapatriement des 3 000 soldats allemands présents dans le nord de l’Afghanistan. Il est d’autant plus logique que la Suède soit l’un des principaux contributeurs puisqu’elle est le pays chef de file du « groupement tactique » (1 500 hommes) nordique qui exercera son tour d’astreinte de la force de réaction rapide européenne à partir du 1er janvier 2008. Les contingents français et suédois devraient être complétés par des éléments polonais, belges, italiens et espagnols, les Britanniques se contentant d’une présence symbolique au sein de l’état-major multinational.

ELÉMENTS PRÉCURSEURS

La « génération de forces » (les moyens militaires que chaque pays est prêt à engager), déjà lancée, pourrait se conclure à l’occasion de la réunion des ministres de la défense de l’Union européenne, vendredi 28 septembre à Evora (Portugal). Des éléments précurseurs (la force « Harpon ») devraient être déployés dès la mi-octobre, soit quinze jours après le vote de la résolution des Nations unies qui doit avoir lieu cette semaine à New York.

Contrairement aux souhaits de Paris, Londres s’est opposé à ce que le Centre d’opérations de l’UE, qui est une ébauche de quartier général installé à Bruxelles, prenne en charge l’opération au Tchad. Ce refus, explicable par le traditionnel souci britannique de ne pas faire concurrence au Shape, le quartier général de l’OTAN, augure mal de la volonté de la Grande-Bretagne de soutenir une relance de la défense européenne, souhaitée par la France.

Le ministère de la défense français indique que la mobilisation de plus d’un millier de soldats pour une nouvelle opération extérieure ne devrait pas poser de difficultés, ce qui signifie qu’il ne serait finalement pas nécessaire de prélever une partie des troupes sur le contingent de 2 600 soldats présents en Côte d’Ivoire.

Laurent Zecchini


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