Les Brèves des N’djamena : Les rebelles chez le Guide

Le Soudan a mis tout son poids dans la balance pour conduire les rebelles tchadiens à Tripoli. La pression du Soudan a pu venir, difficilement il est vrai, à bout de la résistance de Timan et de Nouri de faire le déplacement.

Mais selon les premiers échos parvenus, mêmes les hésitants du début, ne regrettent plus le déplacement. Tout au contraire. Ainsi depuis le mardi 19 juin, une délégation d’une centaine de personnes, dirigée par les quatre chefs, Timan, Nouri, Eldjineidi et Aboud, se trouve chez le Guide. Au cours de la réunion plénière, le Guide a beaucoup parlé : de l’Afrique, du monde, de la révolution planétaire, du développement de l’Afrique, de sa libération du joug colonialiste et surtout de son apport personnel pour la libération du Continent africain, pour conclure qu’il faut faire la paix, reconnaître Debbè comme Président légitime et rentrer tous au Tchad pour la construction du Tchad. L’accueil a été cordial, chaleureux. C’était en direct à la télévision.
En indirect. Le Guide a reçu en aparté les quatre chefs, tête à tête, « Kassim bè Kassim ». Bon je vous écoute, ne me parlez pas de Debbè et ne me dites pourquoi vous vous êtes rebellés, tout ça je connais. Dites-moi tout simplement comment vous réconciliez et faire la paix, la parole est à vous. Alors les Chefs n’ont pas raté l’occasion ; chacun d’eux a minutieusement développé ses arguments. Tous ont abordé dans le même sens, mais avec des expressions différentes. Le Guide a attentivement écouté chacun d’eux, sans jamais interrompre quelqu’un, comme aurait fait l’autre. Tous ont conclu : jamais avec Deby il n’y aura pas de paix définitive au Tchad. Après la dernière intervention, un long silence s’en est suivi, et le Guide de dire : « peut être que vous avez raison ». Ah bon, ah bon !! Une brèche. Mais le Guide reprend : « mais pas avec les armes, j’ai pris devant l’Afrique l’engagement solennel de bannir la prise du pouvoir par les armes, de bannir les coups d’état, de ne pas déstabiliser les pays africains en aidant les rebelles. Je dois apporter de la paix en Afrique et ailleurs. » Mais, notre Guide, les armes, c’était notre dernière et ultime voie de recours, obligés, répétèrent en chœur les 4 chefs des rebelles. « Peut-être que vous avez raison ». Et après un long silence : « mais il n’y aucune raison que vous ne vous entendiez pas, chacun de vous doit faire un effort, lâcher quelque chose. Parlez entre vous d’abord ».

La délégation gouvernementale qui ressemble à un troupeau des moutons emmenés au pâturage par une hyène, a été reçue par le Guide. La rencontre officielle entre les deux délégations a eu lieu ce jeudi matin. Dr Eldjineidi, au nom de l’opposition armée, a fait une déclaration. Les vraies consultations techniques débuteront à partir de vendredi. Les Chefs des rebelles qui vont regagner leurs bases, auraient demandé la participation de l’opposition démocratique de N’djamena.

Entre la françafrique et Kadhafi, Deby choisi Kadhafi – Deby a pris Kadhafi dans la main droite et Bongo dans la main gauche, il les a soupesés, encore soupesés et a trouvé que Bongo est trop léger ; alors il l’a jeté au fin fond de la forêt équatoriale. En effet, Deby ne veut plus donner l’occasion à Kadhafi de le savonner encore une fois. Le Guide a fait savoir à Deby qu’il n’apprécie pas les gesticulations d’El hadj Oumar avec son Goukouni ; surtout que ce même Goukouni a refusé de répondre à une invitation du Guide après la première rencontre de Libreville. « Mais pour qui se prend ce berger toubou pour refuser une invitation du Guide ? », avait protesté un bouffon de Deby. Depuis, Deby fait tout pour marginaliser les efforts d‘El hadj. Le Guide qui est le Président des Présidents africains, a refusé le visa d’entrée du Président Goukouni au Soudan, l’empêchant ainsi de rencontrer les rebelles ; alors le Président Goukouni est obligé d’élire domicile à Libreville et a demandé à tous les opposants de venir le trouver. C’est ainsi que le Ministre Ping du Gabon est venu à N’djamena chercher l’opposition démocratique pour une rencontre avec le Président Goukouni. Deby a dit « non ! ». Personne ne bouge, les problèmes du Tchad se règlent à Tripoli. Ping est reparti bredouille. On verra si Deby va aussi empêcher l’opposition démocratique de se rendre à Tripoli.

Les plaisirs de Deby – Les déplacements de Deby à l’intérieur du Pays créent un climat de psychose généralisée chez tous les responsables. Car Deby, véritable inculte en matière de l’administration et de la gestion des ressources humaines, profite de ses déplacements pour sévir. Il démet celui-là, responsabilise celui-ci, calomnie un autre publiquement, ou le plus souvent, il fait arrêter des individus qui n’ont commis aucune faute selon leur chef hiérarchique. C’est son jeu favori, une fois hors de N’djamena. Il tire un grand plaisir d’humilier, de calomnier les responsables devant leurs collaborateurs.

Dans chaque ville du Tchad, il y a toujours un proche de Deby : commerçant, douanier, eaux et forêts, BNF ou simple épicier. Une fois sur place, il demande à son aide de camp, « parmi les nôtres, qui est ici ? » et on lui trouvera toujours quelqu’un et c’est à ce « nôtre » qu’il va prendre les pouls de la ville. Ni du Gouverneur, ni du Préfet, ni des services des renseignements mais uniquement de ce « nôtre » et le lendemain, il va distribuer les sanctions au grand étonnement des responsables administratifs. Depuis une semaine que Deby séjourne au sud du Pays, c’est le traumatisme généralisé : Cotontchad, l’administration territoriale, les délégations départementales, etc., le feu de brousse n’épargne personne.

Beremadji Félix
N’djaména


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