La saison de tous les dangers

La saison des pluies est terminée et tout le monde regarde vers l’Est, pas pour scruter le ciel s’il y aura de la pluie ou non, mais savoir quand est-ce le « contact » entre Deby et les rebelles aura lieu avec son cortège des malheurs pour tous les tchadiens. Ce « contact » aura lieu, et les deux cotés s’y préparent ardemment. Les rebelles ont affirmé qu’à la fin de la saison des pluies, ils vont chasser Deby et avaient même avancé une date : le mois d’octobre. Deby a répété à Am Djeress que son objectif est de chasser El Béchir du pouvoir et ainsi les rebelles disparaitront d’eux-mêmes.

De deux cotés, c’est la confiance et assurance. Deby affiche une sérénité qu’on ne lui connaissait pas. Sérénité de façade, rétorquent les rebelles. Certes Deby a accumulé une armada impressionnante : armes lourdes et légères, avions de transports, bombardiers, hélicos avec des installations de vision nocturne, etc. Il vient d’ailleurs d’évacuer tout son fond de guerre (matériel et humain) vers l’Est. Il a énormément investi aussi dans l’achat des consciences, individuellement et par groupes ethniques. Il ne lésine plus sur les moyens, et les moyens, il en a ! Deby s’est permis une promenade de santé à Amdjeress, zone d’influence du RFC. C’est sain d’aller à Amdjeress quand tous les ouadis sont infranchissables à cause de la saison, ironisent les rebelles. Dans ce tableau idyllique, il y a quelques zones d’ombres.

D’abord la tension au sein de la famille est perceptible, ainsi que diverses spéculations : Deby aurait échappé à un attentat, une révolution de palais serait en cours, etc. Ensuite l’allié MJE n’est pas très en forme, car saigné par des nombreuses désertions et surtout la grogne des combattants qui commencent en avoir assez d’être les mercenaires de Deby. Il y a eu des mouvements au sein du régiment mobile, le régiment choc de Deby. Tahir Erda, le Commandant de ce régime est rappelé à N’djaména et remplacé par un cousin de Deby. C’est une simple relève, informe l’entourage de Deby, car Tahir est resté longtemps au front. Tahir Erda est le cœur et le poumon du dispositif de défense de Deby, son rappel du Front au moment où on s’attendait à des opérations, n’est pas du tout innocente. N’est pas innocent ni non plus le limogeage de Houno Abeguer Gouni, un grand baroudeur bien connu au sein du clan. On apprend aussi qu’à Amdjeress l’entourage de Deby a demandé la tête de Younousmi. Le Gl Mahamat Saleh Brahim, le propriétaire de la GNNT, appuyé par Daoussa, est le plus décidé à obtenir cette tête, il accuse carrément Younousmi d’être le bailleur des fonds de la rébellion ! Bailleur des fonds de Deby, bailleur des fonds de la rébellion, sacré Younousmi ! Autre signe sombre, les désertions ont repris de plus belle, il n’y pas un jour où un groupe n’enregistre pas un rallié, véhiculé ou non. Pour fermer la parenthèse sur le coté sombre du dispositif de Deby, il faut signaler que la tranchée creusée tout autour de N’djamena est devenu un ouadi, bien ensablé. Même les pluies votent rebelles.

Contrairement à l’attente très grandissante de tous les sympathisants, les rebelles n’ont pas avancé d’un iota en matière d’unité. De réunions en réunions, de parlottes en parlottes, rien de concret n’est encore sorti. Contrairement à l’inquiétude des observateurs sympathisants, les rebelles affichent un optimisme démesuré et affirment qu’il y aura une unité d’action, qu’importe la forme. AMEN !

Mahamat Ahmat
N’djaména


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