Les Brèves de N’djaména : Du rififi au sein de l’armée de Deby

La nomination d’Abderahim Bahar à la tête de l’armée a été vue par certains comme l’ultime accaparation de toutes les structures de l’Etat par la famille Itno, tandis que d’autres voyaient comme une nième manœuvre de Deby destinée à humilier et marginaliser le troublant neveu. Il faut dire que le Tchad est dans les poches des Itno depuis 19 ans et la nomination d’Abderahim ne change à rien à la situation.

Par contre ce qui se passe à l’heure actuelle au sein de l’armée tend à corroborer la seconde thèse. En effet un bon matin de novembre, Deby convoqua son neveu de CEMAG et lui demanda de mettre un peu de l’ordre en matière des dépenses liées à l’alimentation des militaires. Aussitôt dit aussitôt fait et les effets furent immédiats : famine généralisée au sein de la muette, suivie des grognes, désertions et démissions en cascades. Au moment où nous écrivons ces lignes, plus de 3 Com régions et 8 Com régiments, parmi lesquels des Itno, ont quitté leurs zones et descendus à N’djamena sans aucune autorisation. Les thuriféraires de Deby ,c onnus pour leur farouche opposition à Abderahim Bahar, se sont empressés pour faire passer le message selon lequel les mesures prises sont à l’initiative exclusive du CEMGA et que le Président n’est même pas au courant. C’est dans cette atmosphère délétère que Deby a regagné N’djamena de retour de Doha.

Pourquoi Deby n’a pas rencontré El Béchir ? Deby a longuement hésité avant de faire le déplacement pour Doha. Ces tergiversations s’expliquent d’une part, conscient de son image fortement dégradée dans les pays arabes, il a eu une peur bleue de se faire humilié sur place ; d’autre part, et c’est le plus important, son mentor principal, le Guide, l’a sèchement mis en garde : « Toute réconciliation avec le Soudan ou avec les rebelles, doit passer par la Libye », un point, un trait. Mais les mentors de Deby sont nombreux, divers et chacun à une importance. « Je me rends à Doha, je dois te retrouver la bas », ordonne sèchement un autre mentor. Alors, à son corps défendant, Deby se rend à Doha où les autorités ont presque perdu l’espoir de le voir. Les autorités de Doha envoient un petit Secrétaire d’Etat (non membre de la famille royale – détail très important) le chercher à l’aéroport. Deby s’en ferme dans sa chambre d’hôtel et ne reçoit personne, surtout pas le Président Soudanais et passe tout son temps à téléphoner ou recevoir des coups de fil de Tripoli. Cela indisposa plus d’un, particulièrement son autre mentor qui refusa net et de manière très ostensible, de le recevoir. Deby, boycotté par tous les medias arabes, à l’exception d’Al Djazira, accusé de pan arabiste par Deby, accusation qui n’est pas du tout passée inaperçue, a boycotté à son tour Doha. Ignoré et marginalisé, il a quitté précipitamment le Pays avant la fin de la réunion. Par contre les Présidents français et soudanais ont eu une longue tête à tète, au cours de laquelle le Président français aurait demandé au soudanais de ramener la paix au Tchad et en RCA en sacrifiant les différents mouvements rebelles ; mais les mauvaises langues ajoutent que Sarkozy et El Béchir ont plutôt scellé le sort de Deby !

Beremadji Félix
N’djaména


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