Les Brèves de N’djaména : La panique de Deby

Très récemment, les chefs de rebelle de l’est s’étaient retrouvés au domicile de l’un d’eux, autour d’un repas à la tchadienne : relaxe et cordiale. Le repas a duré tard avant que l’hôte accompagne ses invités l’un après l’autre par des tapes sur le dos. Un informateur de Deby qui rodait autour du domicile du leader rebelle a cru avoir entendu des « mabrouk, mabrouk » à l’adresse de Timan et il conclu que les Chefs se sont réunis pour designer ce dernier comme Chef du futur organe unifié de la rébellion et informa immédiatement Deby du scoop.

Selon des témoins oculaires Deby a failli avoir un arrêt cardiaque. Dans la nuit même, il a appelé ses gardes rapprochés et leur a intimé l’ordre de désarmer immédiatement tous les zaghawa, à commencer par les récents ralliés et puis tous les ressortissants des communautés rebelles. « Si Timan est nommé chef, non seulement il y aura une insurrection générale des beri mais je serai exécuté dans ma propre chambre à coucher, mais le danger n’est pas moindre avec les autres ; si c’est Nouri, les goranes qui mangent et boivent avec moi vont passer à l’action, il sera de même pour les arabes si Mackaye passe, du même pour les ouaddaiens et hadjaraï si le tandem Hassaballah/Assali, alors il faut agir sans tarder » Deby n’a pas dormi toute la nuit, en train d’appeler tous ses agents au Soudan un à un. Au petit matin, Deby a informé son petit monde que l’information n’est pas confirmée mais il faut continuer le désarmement et même l’étendre sur tout le pays.

Tous les auteurs du coup manqué du 16 mai doivent passer devant la justice – C’est la dernière décision prise par Deby. Ces derniers temps, les ralliés de la bande des Issakha sont soumis à un harcèlement sans précédent : promotion, dégradation, désarmement, retrait des passeports, envoi des civils galonnés au Centre d’Instruction de Moussoro, menaces suivies des insultes à l’endroit de certains, etc. Les généraux qui ont fait mains et pieds pour exfiltrer le groupe des Issakha, sont repartis voir Deby pour se plaindre de la façon dont ces gens qui ont regagné la « légalité » et « affaibli » la rébellion sont traités.

Selon notre informateur, Deby a craché ses quatre vérités de la manière la plus virulente : « Vous- là, assez, assez et assez ! Pendant 3 ans, vous m’avez mené par le bout de mon nez, pour finir par faire venir mes pires ennemis. Ces vipères des Issakha, au lieu de les laisser empoisonner la vie de la rébellion, vous les avez faits venir, et vous me faites rire en disant que leur départ a affaibli la rébellion. Soit vous êtes de mauvaise foi, soit vous êtes aveugles. Pourquoi, moi Idriss, je dois être agréable, sympathique vis-à-vis de ces gens ? Pourquoi ? Qu’est-ce qu’ils n’ont pas fait contre moi? Ils ont tout essayé pour me tuer, pour me chasser du pouvoir. Tout essayé, tout fait, mais ils ont échoué platement, échoué physiquement et moralement, alors ils ont rallié. Et au lieu de rester tranquilles, bouches cousues, yeux fermés et oreilles bouchées, ils prétendent avoir des droits. Quels droits ? Et à défaut de les raisonner et de leur faire comprendre leur situation, vous venez me dire gna gna gna ! ca suffit, ce sont des gens que la justice a condamnés, elle doit faire son travail, et d’ailleurs je vais donner des instructions au ministère pour que tous les auteurs du 16 mai passent devant la justice. Ca suffit comme ça !! »

Tempérons un peu cette sortie chevaleresque de Deby. Quand il tonne de cette manière, narines gonflées et bavant, devant des interlocuteurs écrasés, le contraire de ce qu’il dit est déjà sous la chemise. Alors ne nous étonnons pas si dans les jours qui viennent, sans aucune référence à la justice, il publie un décret amnistiant d’un seul coup tous les condamnés avec réoctroi immédiat de leurs grades et hop, au front.

Beremadji Félix
N’djaména


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